Comprendre les mécanismes de l’empathie : c’est quoi ? à quoi ça sert ? comment la développer ?

Comprendre les mécanismes de l’empathie : c’est quoi ? à quoi ça sert ? comment développer l’empathie chez les adultes et les enfants ?

empathie

 

L’empathie : c’est quoi ?

L’image du funambule a servi à définir le concept d’empathie : ressentir ce que l’autre ressent tout en restant soi-même.

L’empathie, c’est le fil qui nous relie au sein d’une même humanité. La racine grecque de « empathie » signifie ressentir de l’intérieur ou éprouver dans l’autre. On ressent les mêmes émotions, on entre en relation et on vibre à l’unisson. Le corps est toujours là dans le mécanisme d’empathie.

Les sensations physiques d’un bébé l’aide à faire la différence entre son propre corps et celui de sa maman. La dimension affective de l’empathie est en place dès la naissance et c’est ainsi que les liens se tissent.

La meilleure manière de développer la capacité d’empathie d’un enfant, c’est de lui démontrer de l’empathie. Serge Tisseron

Empathie et étapes du développement humain

L’empathie envers les siens est commune à tous les mammifères. Mais entre 9 et 11 mois, les enfants font un pas vers l’autre qui se produit uniquement dans notre espèce. Le montré du doigt est un grand progrès qui marque le désir de communiquer pour le simple plaisir de l’échange.

Le langage et la capacité à prendre en compte le point de vue de l’autre sont fondamentaux pour la construction de l’empathie.

Partager un plaisir juste pour le plaisir du partage semble être une particularité des humains. A 18 mois, les enfants offrent spontanément leur aide.

Un véritable tournant autour de 2 ans : les enfants accèdent à la conscience de soi. Ayant pris conscience de soi, l’enfant devient conscient des autres.

Pouvoir déduire d’une situation ce que l’autre ressent ou devrait ressentir est une autre étape clé de la construction de l’empathie.

Vers 5 ans, les enfants ont le sens de l’équité. Ils ont acquis un certain sens moral et l’injustice est devenue désagréable, même pour celui qui en a le plus.

En grandissant, l’empathie évolue et notre capacité à collaborer aussi. Lire les émotions et comprendre les besoins permet autant d’aider que de manipuler.

Ce qui fait la différence, c’est le sens moral et l’éducation.

 

Les 3 dimensions de l’empathie

1. L’empathie émotionnelle

C’est la capacité de pouvoir reconnaitre les émotions de l’autre.

2. L’empathie cognitive

C’est le fait de comprendre les raisons pour lesquelles l’autre ressent ce qu’il ressent.

3. Le changement de perspective émotionnelle

A ta place, moi aussi j’éprouverais la même chose que toi.

Ces 3 dimensions sont élaborées au cours des premières années de vie dans le cadre d’un développement normal.

Quand on éprouve de l’empathie, on comprend ce dont l’autre a besoin et on est enclin à l’aider.

La motivation à aider n’est pas de se faire valoir, ce n’est pas un motif égoïste mais une préoccupation sincère pour le bien-être d’autrui.

 

Empathie et neurones miroirs

Quel est le mécanisme cérébral qui sous tend la contagion émotionnelle ?

La réponse est peut-être du côté des neurones miroirs : les neurones miroirs s’activent aussi bien quand on exécute une action que lorsqu’on regarde quelqu’un exécuter cette même action. Le même réseau de neurones s’activent chez les personnes qui activent une action et chez celles qui les observent.

Nous avons une tendance naturelle à être en sympathie (forme de fusion entre soi et autrui ) plutôt qu’en empathie (ressentir ce que ressent l’autre tout en gardant une perspective propre). Les neurones miroirs s’activent quand on est en sympathie mais un autre réseau de neurones prend le relais quand on est en empathie : c’est le réseau de la mentalisation qui permet de ressentir ce que l’autre ressent sans se laisser envahir par nos propres émotions.


 

Empathie, traumatisme et autisme

C’est en imitant inconsciemment les émotions des autres qu’on les comprend. Un visage passif ne permet pas de rentrer en résonance avec les autres au niveau moteur. Un traumatisme peut entrainer une perte de la reconnaissance des différentes émotions sur le visage des autres et une baisse du mimétisme facial, qui rend encore plus difficile l’empathie.

Le manque d’amour dans l’enfance et la violence au quotidien inhibent la capacité à reconnaître les émotions. L’empathie est une aptitude au départ mais c’est l’éducation qui va permettre à l’enfant de la cultiver. C’est l’accompagnement à l’empathie qui va développer l’empathie.

Les personne touchées par l’autisme ont du mal à reconnaître les émotions sur le visages des autres. Or il a été montré que les personnes souffrant d’autisme ont un déficit chronique d’ocytocine, l’hormone du bien être et de l’empathie. Inhaler cet hormone pourrait peut-être les aider à sortir de leur isolement.

 

Empathie et comportements sociaux : à quoi ça sert ?

C’est notre capacité à coopérer à grande échelle qui est à l’origine du développement de nos civilisations humaines. Pour bien coopérer, encore faut-il tenir compte des émotions et des besoins, des intentions d’autrui. Ces capacités sont liées à l’empathie.

Coopérer en tenant compte des autres demande une forme complexe d’empathie qu’on acquière avec l’expérience.

Chez les êtres humains, la coopération est orientée sur la tâche à accomplir mais elle peut aussi prendre en compte les émotions de l’autre. Nous accomplissons quelque chose ensemble en tenant compte de tous les participants : nous sommes capables de tenir compte des besoins de nos congénères.

 

La collaboration dépend de façon cruciale de notre capacité à être empathique.

La préférence pour ceux de notre famille, de notre groupe, peut inhiber notre empathie. C’est à la base une question de survie mais cela explique aussi le rejet de ceux qui ne sont pas comme nous.

De tous temps, se soucier de ses petits et protéger les siens a permis la survie des espèces. Aujourd’hui, étendre notre empathie à tous les occupants de notre planète est sans doute la meilleure façon de la préserver.

L’empathie est notre origine, elle doit être notre destination.

 

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Source : Entre toi et moi l’empathie, documentaire de Valeria Lumbroso (diffusé sur France 5 le mardi 12 janvier 2016 et produit par Flair Production).

Le documentaire est disponible en DVD (achat possible ici pour aller plus loin que mon résumé).

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2 réponses

  1. Magali dit :

    Merci Caroline pour ce passionnant panorama de l’empathie !

    Il est intéressant de voir comme les dernières recherches en psychologie et en neurosciences vont à l’encontre de la vision « traditionnelle » de l’enfant : on a longtemps vu le jeune enfant comme un être fondamentalement égoïste à qui il fallait inculquer toutes les règles de morale… pour découvrir récemment l’inverse, à savoir que l’empathie est là très tôt, qu’elle est comme vous le dites très justement à « cultiver » et non à « inculquer ».

    Magali.

  1. 1 janvier 2017

    […] L’empathie ne suffit pas car nous risquons l’épuisement émotionnel. On a besoin d’une dimension supplémentaire : la chaleur humaine, la bienveillance, l’amour. […]

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