4 mythes sur l’usage du pouvoir et de l’autorité à l’école

4 mythes sur l’usage du pouvoir et de l’autorité à l’école

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Thomas Gordon écrit que plusieurs mythes persistent au sujet de l’autorité : des arguments superficiels servent à justifier l’usage du pouvoir pour contrôler les élèves.

Mythe n°1 : Les élèves souhaitent qu’on leur fixe des limites

Les enfants ont besoin de savoir jusqu’où ils peuvent aller sans qu’on les rejette. Ils veulent savoir ce qu’ils peuvent faire sans déranger. Sans aucune limite, les jeunes éprouvent de l’insécurité : ce sont l’ambiguïté et l’incohérence qui les déroutent.

Les élèves désirent connaître clairement les limites de l’enseignant. Cela ne signifie pas qu’ils aient besoin et qu’ils veuillent que l’enseignant détermine ces limites d’une façon arbitraire et unilatérale sans les consulter et sans les inciter à participer à la décision.

En effet, les élèves ont besoin et désirent que l’enseignant les informe des émotions qu’il éprouve face à leurs comportements et leur fasse part de ses besoins. Ainsi les élèves peuvent décider par eux-mêmes de modifier leurs comportements. Cela nécessite par ailleurs un climat de confiance et de respect mutuel que l’adulte a la charge d’initier en montrer l’exemple (sinon, à quoi ça sert d’être adulte 🙂 ?).

Les élèves ne veulent pas que l’enseignant les menace et recoure à son pouvoir pour limiter ou modifier leurs comportements. Les enfants et les adolescents désirent s’imposer des  limites de leur plein gré quand ils se rendent compte que leur comportement gagne à être modifié (encore faut-il leur laisser cette opportunité…).

Deuxième mythe : Nous devons leur apprendre à vivre en société.

Evidemment, un des buts de l’école est de socialiser les enfants. Mais quel fonctionnement en société voulons-nous transmettre ?

Les enseignants qui ont recours au chantage, au système punition/ récompense, aux menaces transmettent la loi du plus fort. Et alors les jeunes ont hâte d’être grands pour imposer à leur tour leur volonté sur autrui.

C’est quand on manque de pouvoir sur soi et d’autonomie qu’on cherche à prendre le pouvoir sur l’autre.

On prend souvent l’exemple de la police qui distribue des contraventions pour justifier l’usage des punitions. Or la plupart des automobilistes n’appliquent la loi que lorsqu’ils craignent de se faire prendre.

Le pouvoir exercé sur autrui n’influence jamais constructivement.

De plus, les ministères concernés se rendent bien compte que la répression ne suffit pas et ils entreprennent des campagnes d’information et de sensibilisation.

La vie en société (professionnelle, sociale, familiale, associative) requiert plus la participation et la collaboration que la domination et la soumission. Les enseignants assument leurs responsabilités de former des citoyens éclairés quand ils renoncent à la contrainte et à la coercition.

Lire aussi : La société est simultanément la mère et l’enfant de son propre système éducatif : pourquoi et comment les écoles démocratiques fonctionnent-elles ?

 

Troisième mythe : On doit recourir au pouvoir avec certains enfants difficiles.

Un adulte qui exerce son pouvoir sur les jeunes leur donne en même temps le pouvoir de rébellion et de provocation. Beaucoup d’adultes pensent qu’ils doivent user de pouvoir avec les jeunes qui résistent à leur pouvoir… ce qui ne fait qu’envenimer le problème. Face à la contrainte, les enfants vont en général se replier sur eux-mêmes, s’opposer encore plus, se cacher ou trouver un système pour ne « pas se faire prendre ». Pa ailleurs, ils devinent que personne ne les aime et nourrissent de la rancune (envers la personne dépositaire de l’autorité, puis contre toutes les personnes qui représentent cette autorité, puis contre tout un système, une société, un pays…).

Il sera alors encore plus difficile d’influencer positivement ces enfants.

Les élèves incontrôlables n’ont pas besoin qu’on les contrôle, mais qu’on développe leur contrôle intérieur, ce qui requiert des relations où les besoins de chacun sont respectés. – Thomas Gordon


En lisant cette phrase, je ne peux m’empêcher de repenser à cet enseignant en zone d’éducation prioritaire qui pratique la pédagogie Freinet filmé dans le fil Ecole en vie… Je repense également à un reportage que j’avais vu sur la police : des jeunes de cité témoignaient sur la différence entre police nationale et police municipale. Ils disaient qu’ils préféraient la police municipale parce que ces policiers leur disaient au moins bonjour, connaissaient leurs prénoms et discutaient de temps en temps avec eux.

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Quatrième mythe : Etre ferme mais juste passe par des punitions mais aussi des récompenses.

Les jeunes ne veulent pas subir le contrôle du pouvoir et de l’autorité mal placée. Ils veulent être considérés et participer à la résolution du conflit.

On peut concilier chaleur et structure, fermeté et bienveillance sans passer ni par des punitions ni par des récompenses. C’est tout l’enjeu de l’auto discipline.

L’usage du « pouvoir sur » diminue l’influence des enseignants car ce pouvoir contraint seulement à se comporter selon des règles imposées. Le « pouvoir sur » ne les éduque pas, il imposer ou interdit certains comportements. C’est la raison pour laquelle les élèves reprennent leurs anciennes habitudes quand l’autorité disparaît (ne dit-on pas « quand le chat n’est pas là, les souris dansent » fort à propos ?).

Des ressources pour faire autrement :

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Source : Enseignants efficaces de Thomas Gordon (Les éditions de L’Homme)

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1 réponse

  1. LNBL dit :

    Absolument d’accord avec cet article ! L’autorite ne fait que rendre les enfants plus resistants (a cette meme autorite) ou plus introvertis. Nous avons tous a gagner a une relation gagnant – gagnant. Et les enfants les plus difficiles sont souvent ceux qui ont le plus besoin d’amour, de lien, ce sont ceux qui souffrent le plus.
    Chaque tentative pour dominer un enfant brise quelque chose en lui qui ne sera pas facilement reconstruit par la suite.
    Les enfants ont besoin de liberte et de responsabilites pour s’epanouir de facon constructive. Ils respectent d’autant plus les limites obligatoires (securite, limites des autres) qu’ils sont libres pour beaucoup d’autre choses (ne pas finir son assiette, se salir, dormir en habits, dire « pipi caca prout », toucher a tout ou presque, sauter sur le canape etc).

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