Repenser la discipline avec la parentalité ludique (renforcer les liens entre parents et enfants, au lieu d’élever des murs de plus entre eux)

Repenser la discipline avec la parentalité ludique

parentalité ludique

Lawrence Cohen propose dans son livre « Qui veut jouer avec moi ? » 9 pistes pour un regard neuf sur la discipline. La discipline telle que le conçoit la parentalité ludique est une occasion de renforcer les liens entre parents et enfants, au lieu d’élever des murs de plus entre eux.

 

1. Prendre le temps de souffler

Lawrence Cohen écrit : « Discuter avec d’autres parents reste l’un des meilleurs moyens de se calmer ». D’autres parents comprendront que nous vienne parfois l’envie de hurler, de nous fâcher ou que nous soyons exaspérés par le comportement de nos enfants.

Le simple fait de parler peut libérer du poids de nos fureurs et de nos frustrations.

Pourtant, certains parents ne sont pas dans la même approche éducative que nous : certains prétendent que la fessée ne fait pas de mal, voire qu’elle est utile pour « bien éduquer ». Pour trouver des oreilles bienveillantes, je vous propose plusieurs groupes privés Facebook dans-lesquels les parents échangent sur leurs soucis, partagent leurs conseils et se soutiennent mutuellement :

Parents positifs et bienveillants en découverte

Parentalité positive ou l’art d’élever son enfant différemment

Dans son livre Il me cherche, Isabelle Filliozat propose plusieurs techniques pour conserver son calme ou le retrouver. En voici quelques-unes :

  • prendre quelques respirations profondes en commençant par expirer
  • boire un grand verre d’eau
  • s’étirer comme un chat
  • sucer un carré de chocolat noir
  • sortir marcher dans la forêt ou au moins dans la rue, voire même sur le balcon ou dans le jardin. Chercher le contact avec la verdure, respirer et regarder la nature.
  • faire rouler une balle de tennis sous le pied
  • sourire : le sourire donne des informations en retour au cerveau (je souris donc tout va bien donc je suis content)
  • chercher un contact physique (câlins, bisous, massages)
  • sortir de soi-même, se voir de l’extérieur, se dissocier dans le temps ou dans l’espace
  • appeler un(e) ami(e)
  • s’isoler (dans les toilettes par exemple) et respirer profondément 10 fois (10 inspirs/ expirs)
  • accueillir les sensations de la colère (voir ici en détails)

On pourrait aussi afficher des citations positives et inspirantes dans la maison et les regarder quand on se sent au bord de l’explosion. Ou alors repenser à l’enfant quand il était tout bébé (penser à son odeur, à nos sensations de bien-être à ses côtés, se souvenir des premiers pas, regarder une photo de sa naissance…).

 

2. Établir un contact

Lawrence Cohen considère la plupart des comportements inappropriés comme des symptômes de problèmes d’attachement. C’est la base de son concept de parentalité ludique.

Au lieu de punir un enfant, au risque de créer une plus grande rupture encore, il est préférable de réfléchir à un moyen de restaurer l’attachement.

Face un comportement qui nous exaspère, on pourra alors de demander : à quand remonte la dernière séance de jeu ensemble, les derniers câlins, les derniers moments que nous avons passé en compagnie l’un de l’autre ? le réservoir d’amour de l’enfant est-il vide ? est-ce la raison pour laquelle il fait des siennes ? que lui manque-t-il pour le remplir ? et nôtre réservoir à nous, à quel niveau en est-il ? comment le remplir ?

Le contact peut alors passer par des petites choses comme serrer l’enfant pour un câlin, lui consacrer un peu de temps, jouer avec lui à un jeu de chahut, goûter ensemble, parler ensemble…

Chacun de nous a envie de se sentir proche de quelqu’un, aussi absurde que soit notre façon de le montrer !

Voir en complément mon article : Accompagner les crises des enfants en raisonnant en termes de besoin et d’attachement

 

3. Opter pour une « réunion sur le canapé » plutôt que d’envoyer l’enfant se calmer

Ce que Lawrence Cohen appelle « réunion sur le canapé » est une occasion de reconnexion entre parents et enfants. Cette réunion sur le canapé est un outil de la parentalité ludique.

Dès qu’un problème surgit, le parent ou l’enfant doit se sentir libre de réclamer une réunion sur le canapé (ou ailleurs dans la maison). L’objectif est de restaurer l’attachement car la plupart des problèmes sont le fruit d’une rupture des liens.

Pour Lawrence Cohen, la règle veut que, dès qu’un membre de la famille (parents ou enfants) réclame une réunion sur le canapé, tous les autres s’y présentent. Une autre règle est qu’aucun rapport de force ne doit s’installer. Une réunion comme celle-là se fait ensemble, pas contre le gré de l’enfant.

Plusieurs possibilités s’ouvrent pour mener à bien une « réunion sur le canapé » :

  • on peut discuter de ce qui vient de se passer ou ne pas en parler du tout
  • l’enfant se met à pleurer et a besoin de câlin
  • on peut exposer son problème et ses besoins (le désordre dans le salon entrave mon besoin d’ordre, le bruit m’empêche de vous reposer…), puis au tour de l’enfant
  • on peut en profiter pour rappeler les règles de la vie de famille ou le contrat que nous avions passé s’il y en a un
  • on peut convoquer une réunion sur le canapé quand on constate qu’un membre de la famille n’a pas le moral
  • on peut en profiter pour prendre une décision commune (la destination des prochaines vacances par exemple)

Lawrence Cohen recommande de rester sur le canapé jusqu’à ce que tous les membres de la famille se sentent bien.

La réunion sur le canapé sera toujours plus efficace que l’isolement ou le coin car l’important est le contact humain. Lawrence Cohen écrit :

Compte tenu de mon insistance sur l’attachement et l’attention à porter aux enfants, cela ne vous étonnera pas que j’aie horreur d’entendre : « Il n’a fait ça que pour attirer l’attention ». Pendant des années, il a été conseillé d’ignorer alors les enfants. Je ne comprends pas ! On ne dit pourtant pas : « Il n’arrête pas de réclamer à manger mais il ne faut pas en tenir compte : il ne réagit ainsi que parce qu’il a faim. » De même, on ne dira pas : « Ton réservoir est vide; je vais m’assurer qu’il ne se remplira pas. » Je pars du principe qu’un enfant qui réclame à tout prix de l’attention en a besoin.

 

4. Jouer : principe de base de la parentalité ludique

Lawrence Cohen propose de réagir par le jeu et l’humour pour sortir des conflits et des jeux de pouvoir :

  • camper une marâtre qui prive son enfant de dessert ou une maman qui propose de la glace en plat principal provoque le rire et dédramatise les conflits autour du repas
  • animer des poupées dont l’une ne laisse jamais le dernier mot à l’autre pour permettre à l’enfant qui tient tête de jouer
  • inventer une règle absurde pour désamorcer les tensions autour d’une règle de base : « il n’y a qu’une seule chose que je t’impose : interdiction de mettre deux chaussures de la même couleur ! » face à un enfant qui rechigne à s’habiller
  • proférer des menaces farfelues : « si tu recommences, je danse des claquettes ! », « tu as encore renversé le lait… il va falloir que j’exécute la chanson du lait renversé ! »
  • faire semblant de se mettre en colère de manière théâtrale

A mon sens, les parents renoncent à l’humour et au jeu dans les situations critiques, de craintes d’encourager une mauvaise attitude. Je dois rester sévère et glacial pour qu’il comprenne qu’il a mal agi. Mais l’humour ne constitue pas une récompense. Il restaure en revanche l’élément manquant :  le lien dont la rupture a justement causé le problème.

citation parentalité ludique

5. Faire appel au discernement de l’enfant

Il vaut mieux développer la faculté de jugement d’un enfant que de lui demander d’obéir. Le but de la plupart des punitions est d’inciter à obéir mais il serait plus efficace d’aider les enfants à développer leur discernement. Cette capacité à discerner s’acquiert à force de réfléchir à la manière de gérer différentes situations et de discuter de dilemmes moraux. Apprendre à un enfant à s’organiser, c’est lui apprendre à traiter des informations et à réagir en fonction.

Cela peut se faire sur le coup d’un événement ou d’une situation donnée (savoir ce que l’enfant a ressenti et pour quelle raison il a agi ainsi puis exposer ce que nous-même éprouvons), mais aussi à travers des livres (à ton avis ,qu’est-ce que ce personnage a pensé/ a senti ? comment cet autre personnage aurait pu réagir différemment ?) ou des ateliers philo (à l’école ou à la maison).

Les tentatives de reprogrammation du comportement (par les promesses, les menaces, les récompenses, les punitions) court-circuitent la réflexion pour se focaliser sur la réaction aux incitations et aux punitions.

6. Gratter la surface : examiner ce que ressent l’enfant et ce dont il a besoin

Prendre pour point de départ ce qu’éprouve l’enfant et ce dont il a besoin changera du tout au tout notre approche de la discipline. Il suffit d’imaginer que son comportement équivaut à un message codé. Pour casser le code, il convient de le traduire par une formule du type : « il me faudrait… » ou « je ressens… », de la compléter et de réagir au besoin ou à l’émotion ainsi identifié, plutôt qu’à l’attitude de l’enfant.

Lawrence Cohen propose quelques clés pour décoder certains problèmes fréquents :

  • Tu as essayé toute la journée d’attirer mon attention. Je vais poser mon livre et ne m’occuper que de toi pendant  minutes.
  • Tu parais trop énervé pour rester sagement assis. Si nous dansions ?
  • Tu as l’air dépassé par les événements. Je vais t’aider à te calmer. Inspire à fond en même temps que moi.

Je vous invite à approfondir ce point avec cet article : Quand une émotion en cache une autre : comment décoder les comportement de nos enfants ?

7. Prévenir en amont au lieu de punir

Prévenir ou interrompre un geste destructeur ne revient pas à châtier mais à poser une limite. Or les limites aident les enfants à se contrôler, exprimer ce qu’ils ressentent et revenir sur leur attitude.

Une discipline valable renforce le contact et ouvre la discussion, alors qu’une discipline inopérante développe la honte et l’isolement. – Lawrence Cohen

Plus de ressources pour éduquer sans punir : 8 réactions non punitives face au comportement inapproprié des enfants.

8. Connaître l’enfant

Connaître son enfant, c’est connaître les besoins d’un enfant de son âge, c’est connaître son tempérament.

Isabelle Filliozat en parle très bien dans 2 de ses livres :

  •  « J’ai tout essayé » pour les enfants de 1 à 5 ans

étapes développement enfant 1 à 5 ans

  •  « Il me cherche » pour les enfants de 6 à 11 ans

étapes développement enfant 6 à 11 ans

9. Etablir des règles claires

Il faut aux enfants des limites, un cadre structuré. Or il convient de les imposer avec amour, dans un contexte de détente, et non sous le coup de la colère ou par soif de vengeance.

Ni l’autoritarisme ni le laxisme n’assurent aux enfants les liens interpersonnels indispensables à une attitude responsable et morale et au bien-être au sein d’une communauté.

Lawrence Cohen écrit qu’il est impératif de dire ne dire non que lorsqu’on le pense vraiment et de veiller à ce qu’il soit suivi d’effet – en empêchant par exemple physiquement un enfant d’en taper un autre. La parentalité ludique consiste alors à trouver une 3° voie entre laxisme et autoritarisme.

Pour compléter ce 9ème et dernier point, je vous invite à lire cet article : Concilier fermeté et bienveillance, c’est possible : la preuve !

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Pour aller plus loin sur le concept de parentalité ludique et découvrir de nombreux outils pour repenser la discipline, je vous recommande chaudement la lecture du livre de Lawrence Cohen « Qui veut jouer avec moi ? Jouer pour mieux communiquer avec nos enfants« .

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