Quand un adulte fait preuve de violence éducative ordinaire sur notre enfant (fessée, tape…)

Quand un adulte fait preuve de violence éducative ordinaire sur notre enfant (fessée, tape…)

Quand un adulte fait preuve de violence éducative ordinaire sur notre enfant (fessée, punition...)

Quand nous sommes parents et que nous avons décidé de nous engager sur le chemin de l’éducation positive/ non violente, nous serons tôt ou tard confrontés à des personnes qui utiliseront des méthodes d’éducation traditionnelle avec nos enfants (fessée, tirage d’oreilles, punition, répression émotionnelle, forçage à finir l’assiette, humiliation, chantage, menace…).

Il peut être difficile de réagir sereinement face à ce type de comportement et de réaffirmer nos valeurs sans braquer les personnes en face au risque qu’elles campent sur leurs positions et que ce soit l’enfant qui en souffre encore plus.

On peu envisager 3 plans pour aborder ce type de situations :

  1. parler avec l’enfant,
  2. parler avec l’adulte,
  3. s’accorder de l’auto empathie.

Parler avec l’enfant

Avant tout, il s’agit de faire parler l’enfant de son vécu : ce que ça lui a fait d’être tapé/ puni/ humilié, ce qu’il a ressenti, ce qu’il s’est dit dans sa tête.

Cette attitude consiste à être un « témoin secourable » au sens de Alice Miller. Alice Miller définit les témoins secourables comme des personnes qui prêtent assistance à un enfant maltraité, lui offrent un appui. Ce rôle peut être assumé par n’importe quelle personne de son entourage proche ou même par une personne inconnue qui va s’interposer sur le parking d’un magasin quand un parent s’apprête à frapper son enfant par exemple. Un témoin secourable apporte à l’enfant maltraité un peu d’empathie et l’enfant apprend, à travers lui, qu’il existe au monde quelque chose comme l’amour inconditionnel et non violent, que l’adulte violent n’est pas dans son droit et que ses souffrances et son incompréhension d’enfant sont légitimes.

Une fois que l’enfant a parlé de son vécu, il est possible de l’amener à réfléchir à ce qui a pu déclencher cette réaction chez l’adulte, à se demander ce que la personne s’est dit dans sa tête. L’idée ici est que l’enfant ne porte pas la responsabilité de cette maltraitance. Ce n’est pas parce que l’enfant a fait une bêtise qu’il a reçu une fessée mais parce que la personne qui a donné cette fessée n’a pas su réagir avec respect pour son intégrité physique. C’est bel et bien l’adulte qui a un problème de violence parce qu’il aurait été possible de réagir autrement, sans passer par la force physique ou le rapport de force.

Il est important de bien rappeler que les adultes n’ont pas le droit de frapper les enfants et de faire comprendre à l’enfant qu’il n’est pas mauvais par nature, qu’il aurait eu besoin d’explication et de soutien plutôt que de fessée ou de punition.

 

Parler avec la personne adulte

Parler avec la personne adulte qui a commis un acte de violence éducative ordinaire nécessite un travail préalable :

  • Envisager le système de pensée de l’autre

De nombreuses personnes sont réellement convaincues qu’un adulte a le droit (et même le devoir) de faire du mal à un enfant parce que c’est pour son bien (pour ne pas qu’il devienne un tyran domestique, pour qu’il comprenne les règles de la vie en société, pour qu’il apprenne le respect, pour qu’il ne vire pas délinquant à l’adolescence…).

Il est nécessaire de comprendre que les adultes ayant recours à la violence éducative ont une motivation positive et qu’ils sont souvent inconscients du mal qu’ils peuvent faire aux enfants à travers ces gestes qu’ils trouvent eux-mêmes anodins (lire à ce sujet l’effet de la mémoire traumatique :Adopter une éducation bientraitante : impossible (ou presque) sans travail sur la mémoire traumatique).

  • Reconnaître le vécu émotionnel de l’adulte 

On va dire « oui » au vécu émotionnel de l’adulte : « Oui, ça peut être difficile de garder son calme face à un enfant qui ne fait pas ce qu’on lui demande. On peut être tenté de faire ce qu’on a toujours fait, ce qu’on a toujours vu faire, ce que les autres disent de faire : taper/ punir l’enfant en question. »

  • Se reconnecter avec ses propres valeurs pour pouvoir les affirmer haut et fort mais sans violence

« C’est important pour moi de savoir que l’intégrité physique et morale de mes enfants est respectée, où qu’ils aillent.

Dans notre famille, on ne tape pas, les enfants ne tapent pas les adultes et les adultes ne tapent pas les enfants.


J’ai besoin de confiance et de respect pour mes propres valeurs. »

  • Proposer des alternatives à la violence éducative ordinaire

« Voici que je fais quand mon enfant réagit comme ci ou comme ça… Je sais que cela peut être compliqué quand… donc je te propose trois options pour y faire face : tu peux…ou… ou alors..  »

Des ressources dans cet article : 12 outils d’éducation bienveillante

On peut également faire réfléchir la personne adulte : « A froid, maintenant, comment referais-tu le scénario ? Tu aurais pu faire quoi d’autre ? »

C’est après avoir fait ce travail de préparation de l’entretien qu’il est possible d’avoir une discussion sereine et constructive. L’objectif est d’amener l’adulte à reconnaître la violence inhérente à son geste et lui fournir des ressources pour éviter la violence éducative ordinaire à l’avenir.

  • Explorer les mécanismes de reproduction de la violence éducative ordinaire

Si la personne est réceptive et qu’on sent qu’il est possible daller plus loin, il est possible de lui glisser quelques mots sur les mécanismes émotionnels et le rôle de la mémoire traumatique dans la reproduction de la violence éducative ordinaire.

En effet, il est utile de garder en tête que ce sont nos émotions propres, notre niveau de stress et de fatigue, notre inconscient lié à notre histoire personnelle, nos attentes et nos peurs qui causent nos débordements, et non pas les comportements des enfants.

Tous les adultes en contact avec des enfants gagneraient à se demander pourquoi ils sont ce point chamboulés par tel ou tel comportement, pourquoi ses réactions sont parfois excessives.

Cette exploration de nos propres « détonateurs » permet de ne plus laisser l’inconscient et les émotions nous voler notre libre arbitre, de repasser dans un mode conscient pour guider nos actions éducatives.

Être un adulte conscient est vraiment une lourde tâche !

  • Encourager l’adulte à présenter des excuses à l’enfant

S’excuser permet de recréer la connexion, de rétablir la relation entre l’adulte et l’enfant. S’excuser et se réconcilier peut passer par des mots comme :

Je suis désolé(e)

Je te demande pardon

Je suis allé(e) trop loin 

Je m’excuse (plutôt que « excuse-moi » qui est un ordre et n’engage pas puisque le pronom Je est absent),

Je te demande de m’excuser,

Serais-tu prêt à m’excuser ?

 

S’accorder de l’auto empathie

Dans ce type de situations, nous pouvons être traversés par de nombreuses émotions et pensées douloureuses : la peur pour notre enfant, la tristesse de voir le lien avec la personne autrice de violence éducative se distendre, l’incompréhension, la peur d’être jugé comme parent laxiste… Pourtant, le problème est du côté des personnes qui violentent les enfants, pas des personnes qui respectent l’intégrité physique et morale des enfants. Nous pouvons nous rappeler nous-mêmes que nous avons cheminé personnellement et intellectuellement et que ce chemin est long, difficile.

Accueillir nos propres émotions et besoins avec bienveillance, auto compassion et gentillesse nous permettra de retrouver un équilibre émotionnel propice à une discussion non violente.

Si la personne nous juge comme « laxiste », « manipulée pour les gourous de la bienveillance », « bisounours » ou encore « trop à l’écoute », nous pouvons le regarder avec tendresse en cherchant le besoin inassouvis derrière ces jugement et valider son vécu émotionnel: « Oui, c’est vrai que toi, tu en as reçu des fessées dans ta vie. Avant, on croyait qu’on ne pouvait pas faire autrement pour faire obéir les enfants. Oui, c’est vrai, avant, on pensait sincèrement qu’il fallait faire du mal aux enfants pour leur bien. Heureusement, on sait aujourd’hui que l’amour est plus efficace et qu’on peut faire autrement ».

Pour aller plus loin : Les conséquences des Violences Educatives Ordinaires (VEO)

Derrière ce type de reproche, on trouve souvent chez les personnes qui les tiennent la peur d’avoir été un mauvais parent soi-même, la peur de se rendre compte que leurs propres parents ne les ont pas aimés de manière inconditionnelle, la peur de perdre le respect des jeunes générations (eux qui ont enfin accédé à la position de pouvoir et de domination maintenant qu’ils ont l’âge adulte et qu’ils ne sont plus infantilisés).

 

Par ailleurs, quand la personne qui utilise des méthodes relevant de la violence éducative ordinaire le fait dans un cadre professionnel (par exemple, un enseignant qui prive de récréation ou une assistante maternelle qui tape sur les doigts), il est possible de faire un rappel à la loi et de signaler le problème aux supérieurs ou à l’instance qui supervise (PMI, inspection académique…).

Si les actes sont violents et/ou répétitifs au point d’une mise en danger de la vie de l’enfant, il est possible de faire un signalement au 119.

Il est également possible, en cas de désaccord inconciliable, de décider de se protéger et de protéger les enfants en ne les confiant plus aux personnes en question.

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