Les pièges qui se tendent aux adultes quand des enfants se disputent (et pourquoi nous intervenons trop ou mal)

Les pièges qui se tendent aux adultes quand des enfants se disputent (et pourquoi nous intervenons trop ou mal)

Les pièges qui se tendent aux adultes quand des enfants se disputent

Nous voulons souvent résoudre les conflits entre enfants trop souvent et trop vite. Non seulement nous empêchons les enfants d’apprendre des compétences sociales à travers leurs conflits mais nous risquons de passer à côté des enjeux profonds et des émotions cachées à l’origine des conflits en nous contentant d’une résolution superficielle (ex : confisquer un jouet, punir dans la chambre). Nous faisons cela parce que nous confondons conflit et méchanceté, colère et violence.

L’évitement du conflit ne construit pas une paix durable ! Sans conflit, on n’est plus vraiment gentil mais soumis. – Isabelle Filliozat

Les pièges qui se tendent aux adultes face aux conflits des enfants

  • Prendre parti (plutôt qu’enseigner des compétences émotionnelles et relationnelles)
  • Chercher un coupable (plutôt qu’une solution)
  • Devenir agresseur soi-même en criant, punissant, excluant (plutôt que devenir médiateur)
  • Penser en termes de victime et d’agresseur (plutôt qu’en termes d’émotions et de besoins)

Ce que les enfants apprennent dans les conflits (et dont ils sont privés quand un adulte règle le conflit à leur place)

Isabelle Filliozat liste plusieurs compétences émotionnelles et relationnelles que les enfants développent grâce aux conflits quand ils sont accompagnés par des adultes empathiques :

  • l’empathie (le conflit est l’occasion idéale d’apprendre à se mettre à la place de l’autre, à découvrir les émotions et les pensées qui ont motivé ses actions, à découvrir que les autres pensent autrement et à prendre cet aspect en compte)
  • le respect (affirmer ses envies, ses valeurs, ses émotions est un moyen de se respecter soi-même; écouter les envies, les valeurs et les émotions de l’autre est un moyen de respecter l’autre)
  • la confiance (entrer en conflit, c’est s’affirmer et apprendre à suivre ce qui fait non dans le coeur)
  • l’intelligence/ la créativité (trouver des solutions qui permettent de sortir du conflit en respectant toutes les personnes impliquées)
  • la communication (apprendre à formuler des demandes plutôt qu’attaquer ou critiquer l’autre)

Des idées pour enseigner des compétences émotionnelles et relationnelles grâce aux conflits

Adopter une posture de médiateur

Un médiateur ne prend pas parti mais donne la parole à chacun. Cela peut passer par des paroles du type :

Nous sommes là pour résoudre le problème, que vous sortiez gagnants tous les deux et pas pour que l’un ait raison sur l’autre. Chacun parle à son tour pour dire ses émotions, ses besoins et ses envies. L’autre écoute et reformule ce qu’il a compris jusqu’à ce que chacun se sente entendu. Si j’entends une accusation ou un jugement, j’interviendrai pour faire reformuler parce que ça empêche de résoudre le problème.

Des questions peuvent guider les enfants et permettre de relancer et/ou recadrer la médiation :

  • Qu’aimerais-tu dire sur ce que tu vis en ce moment par-rapport avec ce qui s’est passé?
  • Que voudrais-tu faire savoir de ce que tu recherchais au moment où tu as choisi d’agir ?
  • Qu’aimerais-tu voir se passer prochainement ?
  • Qu’aimerais-tu proposer ?
  • Qu’aimerais tu demander ?
  • De quoi aurais-tu besoin ?
  • Qu’aimerais-tu voir se passer prochainement ?
  • De quoi aurais-tu envie/besoin pour te sentir mieux ?

Pour aller plus loin : Mettre en place des Cercles Restauratifs à l’école : un outil de non violence et de régulation des conflits

 

Permettre l’expression émotionnelle

Cette posture d’écoute active permet à l’enfant d’explorer ses émotions au-delà de ses simples pensées et envies de surface. L’objectif de l’écoute active est d’aider l’enfant à en dire plus, à approfondir, à mieux développer sa pensée.

Le plus important pour le parent est de transmettre son propre message « décodé » sans évaluation, sans opinion, sans conseil ni raisonnement ou encore analyse. Il retourne seulement ce qu’il pense être le sens véritable du message de l’enfant : rien de plus, rien de moins.

L’écoute active peut passer par des expressions du type :

Tu sembles (fâché contre)…

Tu es tellement (en colère) que tu as envie de…

Tu n’aimerais pas…

Tu aimerais mieux…

Tu crois que…/ Tu as cru que…

Tu as l’impression que…

Tu te sens…

Quelque chose (te fait peur/ te met en colère/ te rend triste), c’est ça ? 

C’est vraiment….  qui (te fait peur/ te met en colère/ te rend triste) ?

Tu en as assez de…

Tu aimes vraiment… ? / …, ça te plait beaucoup, on dirait.

Tu as peur de…

Tu es déçu de…

Tu veux dire que…

…., c’est ça qui t’embête ? 

 

Accompagner l’expression émotionnelle de l’enfant peut également passer par des questions :

Qu’est-ce que tu avais envie de faire avec ce jouet/ ce ballon ? 

Qu’est-ce qui te plaît dans cette boite de crayons ? 

C’est le camion que tu veux ou c’est simplement que tu veux jouer avec Zoé/ ton frère/ ta cousine ? 

Cette expression émotionnelle peut permettre d’identifier un enjeu caché. Certaines émotions superficielles en cachent des plus profondes qui expliquent la réaction qui paraît disproportionnées de l’extérieur.

 

Proposer des outils de mesure pour signifier à l’autre ce qui se passe à l’intérieur

Mesurer l’importance que l’enfant accorde à la source du conflit permet non seulement de mieux comprendre ce qui est en jeu et à l’enfant de se calmer via la reconnexion avec son cerveau « qui réfléchit ».

On peut par exemple demander à l’enfant :

Sur une échelle de 1 à 10, dis à l’autre comment ta colère/ tristesse est grosse. 

C’est un gros problème, un moyen problème ou un petit problème ? 

 

Trouver des solutions créatives pour résoudre le problème

la résolution de problèmes créative intervient quand deux enfants (ou plus) n’arrivent pas à se mettre d’accord. L’adulte peut dire : « Deux enfants en colère et en total désaccord ! L’un veut… et l’autre veut… Qu’est-ce qu’on peut faire ? ». 

La résolution de problèmes créative peut passer par plusieurs étapes :

  • Trouver des points d’accord : sur quoi êtes-vous d’accord ?
  • Reconnaître les points d’accord : vous voulez tous les deux… Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour y arriver ?
  • Générer des idées : je vous propose de trouver ensemble 10 idées pour trouver une solution (ou 2 ou 5, peu importe). Après seulement, vous pourrez en choisir une. Vous avez le droit de tout dire.
  • Choisir une solution : parmi toutes ces idées, laquelle vous paraît la mieux ? est-ce qu’elle vous convient à tous les deux ?
  • Mettre la solution en oeuvre : Ok, alors à vous de jouer maintenant. 
  • Éventuellement se mettre d’accord pour un retour sur expérience à court terme : on se retrouve dans une heure pour voir si ça a fonctionné.
  • Evaluer la satisfaction des enfants : comment chacun se sent-il ? 
  • En cas de problème, recommencer une recherche de solutions.

 

Valoriser 

Valoriser, c’est reconnaître le potentiel des enfants et leur faire remarquer ce qu’ils font bien, les compétences qu’ils ont acquises.

C’est la première fois que tu t’es retenu de frapper pendant une crise de colère. Tu dois être fier de toi ! C’est ce qu’on appelle de l’intelligence émotionnelle. 

Vous n’étiez pas d’accord et , avant, vous vous seriez battus. Vous avez choisi de vous parler, de vous écouter et de trouver une solution. C’est de la négociation et une preuve d’amitié. Vous avez fait preuve de responsabilité. 

J’ai toute confiance dans le fait que vous êtes capables de trouver des solutions ensemble. 

 

Désamorcer la violence par le jeu

Le jeu est une manière efficace de désamorcer la violence (à condition de bien jauger la situation : est-ce que les enfants y seront réceptifs ou est-ce que cela risque d’empirer les choses ?). On peut par exemple proposer une bataille de pouce, un pierre-feuille-ciseaux ou encore des jeux de chahut pour réorienter l’énergie vers la non violence tout en permettant la libération émotionnelle.

Par ailleurs, le jeu et les rires partagés sont des valeurs sûres pour :

  • se connecter et créer du lien
  • remplir le réservoir affectif des adultes et des enfants
  • rediriger un comportement inapproprié
  • relâcher la tension dans la relation
  • donner de l’attention
  • se détendre

Plus d’idées pour une parentalité ludique : 5 jeux pour dénouer les conflits dans les fratries

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Source : Cahier Filliozat – On se dispute, on se réconcilie de Isabelle Filliozat (éditions Nathan). Disponible en librairie, en centre culturel ou sur internet.

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