Le bébé est un mammifère (et la femme qui accouche aussi ) : quelles conditions pour un accouchement physiologique ?

Le bébé est un mammifère (et la femme qui accouche aussi ) : quelles conditions pour un accouchement physiologique ?

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Michel Odent, chirurgien et obstétricien français promoteur de l’accouchement physiologique, affirme que les femelles des mammifères doivent sécréter un certain nombre d’hormones bien spécifiques et que ces mêmes hormones sont mises en jeu lors des accouchements dans l’espèce humaine. Ces hormones sont sécrétées par des structures primitives du cerveau que les humains partagent avec tous les mammifères.

Pour Michel Odent, ces similarités devraient constituer un point de départ pour tenter de comprendre le processus d’accouchement humain. Il en conclue notamment qu’on peut seulement éviter de trop perturber le processus d’accouchement et non pas l’enseigner ou le guider.

L’heure est venue de s’interroger sur les effets de l’environnement sur le déroulement de l’accouchement et le premier contact entre la mère et le bébé. Quels aspects de l’environnement peuvent inhiber la femme qui accouche, peuvent gêner le premier contact entre la mère et son bébé, peuvent gêner le début de l’allaitement ? – Michel Odent

Le besoin d’intimité de la femme qui accouche et accueille son bébé

Le besoin d’intimité, un besoin fondamental oublié dans la plupart des cultures humaines

Michel Odent nous invite à ne pas avoir honte d’admettre que les autres mammifères peuvent nous aider à redécouvrir ce que nous avons oublié en tant qu’êtres humains : le besoin d’intimité de la femme qui accouche et accueille son bébé.

J’ai appris que les êtres humains sont des mammifères.Tous les mammifères se cachent, s’isolent pour mettre au monde leur progéniture. Ils ont besoin d’intimité. Il en est de même pour les êtres humains. Il faut constamment se référer à ce besoin d’intimité. – Michel Odent

Le besoin de ne pas se sentir observée, contrôlée 

  • Le rôle des sages-femmes

Selon Michel Odent, les sages-femmes habituées aux femmes qui accouchent dans une atmosphère de spontanéité, en faisant du bruit si elles le veulent, en respirant librement, en étant libres de leur position , n’ont pas besoin de perturber l’intimité de la future mère par des touchers vaginaux.

En suivant « à l’oreille » le déroulement de l’accouchement, elles en apprennent plus qu’en utilisant le doigt. Michel Odent affirme ainsi qu’il n’y a plus aucune excuse pour obliger les bébés à naître dans une ambiance électronique (monitoring).

A cet effet, Michel Odent fait référence à un article paru en 1987 dans le journal The Lancet. Cet article réunissait huit études menées en Australie, aux États-Unis et en Europe. Dans toutes ces études, qui ont impliqué des dizaines de milliers de naissances, l’objectif a été de comparer des groupes de femmes accouchant avec l’assistance d’un monitoring électronique, et des groupes de femmes accouchant sans cette assistance, les bruits du cœur du bébé étant alors écoutés de façon intermittente par une sage-femme. L’analyse des résultats montre qu’il n’y aucune différence entre les deux groupes en termes de santé des bébés à la naissance. Le seul effet significatif sur les statistiques de l’usage de l’électronique est d’accroître le taux de césariennes et de forceps. Pour Odent, l’interprétation la plus logique est que l’usage du monitoring pendant l’accouchement est dangereux et qu’il rend l’accouchement plus difficile puisqu’il faut sauver plus de bébés par plus d’interventions. Reste encore à franchir le pas de la prise de conscience…

  • Le rôle du père

Lorsqu’une future mère est seule avec le père du bébé et que l’homme donne l’impression de partager ses émotions, de quitter notre monde en même temps que sa femme (via la déconnexion du cerveau rationnel, i.e du cortex préfrontal), il est possible que l’accouchement ne soit pas très long et trop difficile. Ce qui compte est que le père ne se comporte pas en observateur mais qu’il donne l’impression d’accoucher en même temps que la femme.

Pour Michel Odent, l’accouchement risque d’être plus long et difficile si l’homme s’installe en face de sa femme et cherche à la regarder dans les yeux.

C’est comme si, alors que sa femme est prête à changer d’état de conscience, l’homme disait : « Reste avec moi. » Le croisement des regards est un puissant moyen de communication entre humains. Il ne faut pas retenir sur notre planète une femme qui est prête à couper toute communication. L’homme qui s’installe en face de sa femme est à la fois dans une position d’observateur et dans une position de contrôle, prêt à suggérer telle ou telle position, ou telle ou telle façon de respirer. Une telle scène permet de prévoir un accouchement long et difficile. La situation devient caricaturale lorsque plusieurs personnes (… plus une caméra parfois !) se comportent en observateurs. – Michel Odent

Comment la femme qui accouche peut-elle trouver une atmosphère d’intimité dans un hôpital ?

Toute l’équipe chirurgicale d’urgence devrait être apte à intervenir à l’hôpital. Mais il faut empêcher l’accouchement médicalisé de se transformer en façon de naître normale. Michel Odent propose plusieurs aménagements possibles pour l’hôpital afin de permettre aux femmes qui accouchent de satisfaire leur besoin fondamental d’intimité. Ces conditions sont également valables pour les accouchements à domicile.

Rendre les lieux familiers, tenir compte des dimensions de la salle de naissance, connaître les vertus du désordre et de l’obscurité… impératifs faciles à respecter. Il suffit d’être conscient de leur importance.- Michel Odent

Familiariser la future mère avec le lieu de naissance

Selon Michel Odent, la préoccupation première devrait être de familiariser la future mère avec le lieu de naissance, de l’aider à s’y sentir chez soi.

Un bonne manière d’aider les femmes à se sentir chez elles à l’hôpital est d’y faire quelque chose d’agréable régulièrement. Celles et ceux qui donnent la priorité au besoin d’intimité s’interrogent sur les activités adaptées aux futures mères facilement transposables dans une maternité. L’important est de poser les questions. Des réponses différentes seront trouvées selon les contrainte. Ainsi, dans l’hôpital de Pithiviers, dont Michel Odent a assuré la direction de la maternité de 1962 à 1985, des ateliers de chant avec piano étaient proposés aux femmes enceintes.

Laisser les femmes qui viennent accoucher rester dans la même pièce 

Pour Michel Odent, quand une femme arrive en travail au centre de naissance, l’idéal serait qu’elle puisse occuper d’emblée ce qui sera son territoire jusqu’à l’accouchement et dans les heures qui suivent l’accouchement.

Déclarer que le moment est venu de quitter une chambre pour aller en salle de naissance est un facteur inhibant l’accouchement, le rendant plus long et difficile.

L’importance des dimensions de la pièce : des petites salles ! 

Les mammifères cherchent habituellement un petit coin, un petit espace pour accoucher. Les femmes qui accouchent ont besoin de petites salles pour un accouchement physiologique au plus près des besoins humains fondamentaux.

Le désordre renforce l’impression d’intimité.

Quand tout est parfaitement en ordre, rangé, immaculé, une impression d’inconfort peut émerger. Cet ordre entre en conflit avec le besoin de familiarité des femmes qui accouchent.

L’obscurité 

La plupart des femelles des mammifères cherchent un coin sombre pour mettre au monde leur progéniture parce qu’elles ne se sentent pas observées quand elles sont dans le noir.

Michel Odent ajoute même que l’obscurité pourrait être plus importante pour la naissance des humains qu’elle ne l’est pour la plupart des autres mammifères. Le processus d’accouchement est un processus cérébral. La sécrétion des hormones nécessaires au déroulement de l’accouchement normal s’accompagne d’une réduction de l’activité du cerveau rationnel (le néo cortex).

C’est pourquoi à un certain stade de l’accouchement dit physiologique, la plupart des futures mères donnent l’impression de se couper du monde et de partir sur une autre planète. Elles changent d’état de conscience. Ce changement d’état de conscience est nécessaire à l’équilibre hormonal. C’est pourquoi on peut arrêter le progrès d’un accouchement en demandant à la future mère son numéro de Sécurité sociale, c’est-à-dire en stimulant son néocortex. Or la lumière est un puissant stimulant du néocortex. – Michel Odent

 

Michel Odent rappelle toutefois que l’important est d’admettre la complexité du sujet et d’éviter de créer de nouvelles règles inflexibles.

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Source : Le bébé est un mammifère de Michel Odent (éditions L’Instant Présent). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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