De la difficulté de donner de l’amour sans condition quand on a été aimé avec condition (difficile de donner ce qu’on n’a pas reçu…)

De la difficulté de donner de l’amour sans condition quand on a été aimé avec condition (difficile de donner ce qu’on n’a pas reçu…)

De la difficulté de donner de l’amour sans condition quand on a été aimé avec condition (difficile de donner ce qu’on n’a pas reçu…)

Alfie Kohn écrit dans son livre Aimer nos enfants inconditionnellement :

Parfois, je me suis consolé des erreurs que j’ai commises (et de celles que je commettrai) envers mes enfants en me disant qu’ils s’en sortiront bien, pour la simple raison que je les aime vraiment très fort. L’amour ne guérit-il pas toutes les blessures ? On n’a besoin que d’amour. L’amour, c’est le prétexte qui m’épargne de m’excuser pour ma colère de ce matin dans la cuisine…

Alice Miller, auteur de C’est pour ton bien, avait déjà fait cette remarque : « il est possible d’aimer un enfant « passionnément – mais pas de la façon dont il a besoin d’être aimé ».

Même si nous ne le faisons pas de manière intentionnelle, même s’il nous est difficile de le reconnaître, nous avons plus ou moins souvent recours au « parentage conditionnel » (expression de Alfie Kohn).

Par notre propre éducation et par la pression sociale, nous avons été conditionnés à penser l’amour comme conditionnel. Les enfants reçoivent de l’amour (et des « preuves d’amour » comme des récompenses, cadeaux, câlins, mots gentils…) à condition qu’ils se comportent comme les adultes le jugent nécessaire et approprié. Selon le « parentage conditionnel » (qui gouverne les schémas traditionnels parentaux), tous les comportements sont censés obéir à une loi unique, la loi du « renforcement », tant dans la façon de démarrer et de cesser que dans la façon de s’intensifier ou de s’atténuer.

Par exemple : si un enfant partage avec un ami, c’est uniquement parce que ce comportement (le fait de partager) a entraîné des événements agréables dans le passé (récompense des parents) ou que l’inverse a entraîné des événements désagréables (punition, remontrance, partage obligé, confiscation…). Dans ce modèle, seules des forces extérieures déterminent les comportements et chaque individu peut être défini par l’ensemble de ses actes.

Ne tenir compte que des comportements a réduit notre compréhension des enfants et contraint notre relation avec eux. – Alfie Kohn

A l’opposé, le « parentage inconditionnel » n’est pas synonyme de négligence et de laisser-faire. Il ne s’agit pas d’ignorer les conflits, les crises, les oppositions.

Dans le parentage inconditionnel, on considère que les comportements sont l’expression d’émotions, de pensées, de besoins et d’intentions. En deux mots, ce qui compte, c’est l’enfant qui a réalisé l’action, pas l’action lui-même. – Alfie Kohn

Le fait de réussir de passer d’un « parentage conditionnel » à un « parentage inconditionnel » est un choix entre deux visions radicalement différentes de la nature humaine et de l’éducation :

amour-inconditionnel

Mais pourquoi est-ce si difficile de passer de la parentalité conditionnelle à la parentalité inconditionnelle ? Je suis d’accord avec Alfie Kohn quand il écrit que les « outils » et conseils d’éducation bienveillantes auront peu de chance de prendre racine et d’avoir un impact si nous ne traitons pas d’abord des raisons qui nous poussent depuis longtemps (en tant que société et en tant qu’individus) à agir comme nous le faisons avec nos enfants.

Cela signifie que nous devons d’abord déterminer quelles sont les origines de ce type de parentage traditionnel et conditionnel. Si nous sautons cette étape, nous trouverons toujours des raisons de rejeter toute idée nouvelle, même si nous les essayons, nous aurons tendance à nous réfugier dans nos comportements familiers au premier incident de parcours. – Alfie Kohn

 

4 raisons qui nous retiennent et nous empêchent de nous débarrasser des schémas traditionnels parentaux

1.Les exemples et la pression sociale

Ce que nous voyons et entendons

Nous avons appris la façon dont on est censé élever les enfants en regardant ceux qui nous ont élevés. Nous en avons probablement tiré une conception globale du rôle de parents à savoir comment les pères et les mères sont supposés se comporter avec leurs enfants.

Moins nous sommes conscients de ce processus, plus il y a de chances que nous reproduisions ces schémas parentaux sans nous questionner sur leur sens. – Alfie Kohn

Pour beaucoup d’entre nous, le fait que nos propres parents ou beaux-parents nous influencent encore en offrant des conseils (voire des jugements) sur la façon dont nous devrions éduquer nos enfants. D’autant plus que tout le monde s’y met : des amis, des inconnus croisés au parc ou au supermarché, des journalistes, des auteurs de livres sur l’éducation, des pédiatres, des enseignants…

En soi, cela n’est pas forcément un problème. Le coeur du problème réside surtout dans le fait que tous ces conseils ne reflètent pas une diversité d’opinions : ils vont la plupart du temps dans le sens de plus de « sévérité », de « contrôle », de punitions, de coercition…

Cet effet est renforcé par le fait que nous sommes régulièrement exposés à des scènes de violence éducative ordinaire (fessée, punition, claque, humiliation, menace…) et même de violence tout court (au cinéma, à la télé…). L’omniprésence du schéma traditionnel parental peut nous amener à douter : tant de parents ne peuvent quand même pas avoir tort…

Qu’est-ce qui pousse tant de parents (et de professionnels de l’éducation) à choisir et même recommander le parentage conditionnel ?

  • La facilité : l’autoritarisme via la violence et le chantage est une solution de facilité car réagir demande peu d’efforts (alors que les actions qui reposent sur le faire avec l’enfant exigent beaucoup de nous)
  • L’efficacité : menacer, punir, récompenser, humilier peuvent mener l’enfant à obéir à l’adulte sur le moment (et l’impact négatif cumulé de toutes les fois où nous avons recouru à ce genre de stratégies n’est pas immédiatement visible)

 

2.Nos croyances et les croyances collectives

Comment nous considérons les enfants

D’un point de vue collectif et sociétal, l’enfant est vu comme mauvais par nature. Les enfants saisiraient chaque opportunité d’exploiter les adultes qui s’occupent d’eux (« on leur donne un doigt, ils prennent le bras ! », « tu vas te faire bouffer »).

L’amour inconditionnel apparaît alors comme une permission donnée aux enfants de laisser libre champs à leurs pires instincts (égoïsme, exigence, irrespect…), alors que les bisous, les bons moments, les câlins devraient toujours être mérités.

Après tout, rien n’est gratuit. Même pas la joie ou l’amour…

Malheureusement, sans confiance, il n’y a d’autre choix que de contrôler.

Il est plus facile d’ignorer l’épidémie de méthodes punitives et de se focaliser sur quelques exemples occasionnels de permissivité…

 

La compétition et les luttes de pouvoir

Voulons-nous vraiment voir nos enfants comme des adversaires à battre ?

Avons-nous besoin de considérer qu’il y aura un gagnant et un perdant à chaque opposition ou conflit entre parent et enfant ?

Quel est le sens de vouloir faire en sorte que ce soit toujours l’enfant qui perde ?

Comment mettre en place des résolutions de conflits qui fassent émerger des solutions gagnant/ gagnant ?

 

Nos sociétés occidentales hypercompétitives nous poussent à voir chaque relation humaine comme un combat et cela déteint sur nos relations avec nos enfants. Par ailleurs, une personne qui manque de pouvoir sur elle ira combler son besoin de pouvoir en prenant le contrôle sur autrui (en priorité les enfants puisqu’ils sont faibles et dépendants). Quand on manque de pouvoir de (de décider au travail, de consacrer du temps à ses passions….), on exerce du pouvoir sur (sur les plus faibles, sur les étrangers, sur ceux qui sont différents…).

 

Les capacités des enfants et la maturation émotionnelle

Nous avons souvent tendance à surestimer les capacités des enfants, notamment dans le domaine de la gestion des émotions.

Connaître les étapes du développement de l’enfant et de sa maturation émotionnelle permet de :

  • avoir des attentes plus réalistes,
  • faire preuve de plus de patience,
  • proposer des activités adaptées,
  • outiller les enfants pour développer leurs capacités, en particulier leur intelligence émotionnelle.

 

Le mythe de la « violence rédemptrice »

Peu importe de savoir si les punitions marchent, si elles enseignent une quelconque leçon utile ou encore si elles sont un apport constructif aux valeurs ou aux comportements des enfants, beaucoup de parents continuent de les utiliser parce qu’ils voient les punitions comme un impératif moral. – Alfie Kohn

Quand quelqu’un fait quelque chose de mal, il doit lui arriver quelque chose de mal en retour. Donna Bryant, éducatrice Montessori, en parle sous le nom du mythe de la violence rédemptrice.

 

La religion

Les approches autoritaires ont de profondes racines dans certains systèmes de croyances religieuses.

Le mot même d’amour sert parfois pour justifier des procédés sinistres employés pour forcer l’enfant à capituler.

Olivier Maurel décrit très bien ce processus dans son livre en ce qui concerne la religion chrétienne : Vingt siècles de maltraitance chrétienne des enfants.

ving siècles de maltraitance

La pensée binaire

Beaucoup de parents pensent qu’il n’y existe que deux voies quand on parle d’éducation :

  • l’autoritarisme (ligne dure)
  • le laxisme (aucune ligne de conduite)

Or il existe une troisième voie : la bienveillance, qui est avant tout une éducation consciente et créative.

Reconnaître qu’il y a de nombreuses façons d’élever les enfants et remettre en question la valeur des diverses idéologies, c’est se donner la liberté d’explorer de nouvelles directions qui pourraient se révéler bien plus rationnelles que la sagesse populaire. – Alfie Kohn

 

3.Notre histoire et notre inconscient

Il ne sert à rien de discuter de ce qui nous retient d’être un meilleur parent si on ne réfléchit pas sur la manière dont l’éducation que nous avons reçue façonne notre architecture. – Alfie Kohn

Personne (sauf cas pathologiques) ne décide consciemment un beau jour de rendre ses enfants malheureux. C’est pour cette raison que je considère que s’engager dans l’éducation bienveillante est un chemin de développement personnel.

Plusieurs livres nous invitent dans cette voie :

Il n’y a pas de parent parfait d’Isabelle Filliozat

il-ny-a-pas-de-parent-parfait

Je t’en veux, je t’aime d’Isabelle Filliozat

"Je t'en veux, je t'aime" la colère réparatrice

Renouez avec votre enfant intérieur de Margaret

renouez avec votre enfant intérieur

Que se passe-t-il en moi ? d’Isabelle Filliozat

que se passe-t-il en moi

4.Nos peurs (ce qui nous effraie)

Alfie Kohn liste 6 peurs principales et paralysantes qui nous empêchent d’être les parents bienveillants que nous voudrions être. La principale raison qui nous maintient dans le contrôle et la coercition envers les enfants est la peur du laxisme, la peur que des enfants élevés avec empathie deviennent des enfants rois, des tyrans et finissent délinquants.

Je vous invite à retrouver les peurs qui nous maintiennent dans le contrôle et l’amour conditionnel à ce lien.

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Source : Aimer Nos Enfants Inconditionnellement de Alfie Kohn (éditions L’instant Présent). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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1 réponse

  1. 21 mars 2017

    […] Lire aussi : Difficile de donner ce que nous n’avons pas reçu… […]

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