La parentalité bienveillante : une façon d’être en relation (que faire quand parentalité bienveillante rime avec découragement ? que faire de notre colère ?)

La parentalité bienveillante : une façon d’être en relation (que faire quand parentalité bienveillante rime avec découragement ? que faire de notre colère ?)

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Quand parentalité bienveillante rime avec perte de spontanéité et découragement…

Quand on s’engage dans le chemin de la parentalité bienveillante, un des écueils peut être d’avoir l’impression de perdre en liberté et en spontanéité.

Nous pouvons être amenés à nous demander si nous devons vraiment soupeser l’impact de chacun de nos mots, si nous devons réfléchir à chacune des tournures de nos phrases, si nous devons redouter à chaque crise les conséquences de nos paroles et nos actes sur le développement de nos enfants.

En fait, il s’agit plutôt d’apprendre de nouvelles compétences relationnelles et émotionnelles, comme on le ferait pour une langue étrangère. Or l’apprentissage de n’importe quelle nouvelle compétence  implique l’abandon temporaire d’une certaine spontanéité, de l’entraînement avec des tâtonnements et essais-erreurs avant de pouvoir interpréter la « musique » à sa façon.

… garder les valeurs en tête…

Apprendre le langage de la communication bienveillante dans le cadre de la parentalité est d’autant plus difficile que ce processus requiert le désapprentissage de l’ancien discours, issu d’une vie entière : celui que les générations précédentes nous ont légué.

Cet ancien discours est constitué de tout ce qu’on nous avons pu entendre enfants :

– Pourquoi tu ne peux jamais… ?

– Tu seras toujours un…

– Tu ne fais jamais…

– Qui a fait ça ?

– C’est quoi ton problème ?

– Si tu fais ça, alors tu sera privé de…

-Tu n’as pas vraiment mal/ ça ne fait pas peur.

– Arrête de.. sinon tu vas en prendre une/ tu iras au coin…

-Qu’est-ce que j’ai fait pour avoir un enfant pareil ?

Une idée forte sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour revenir aux principes de la parentalité bienveillante quand on se sent découragé, à bout, en colère est celle de sa finalité :  il s’agit d’un processus qui a pour but d’humaniser. Or on n’a jamais vu un enfant qui soit devenu un être humain plus aimant à coups de punitions, de fessées, de privations, d’insultes ou encore de menace.

 

citation sur la parentalité bienveillante

La parentalité bienveillante repose sur l’idée que la manière de parler et agir avec un enfant détermine le genre d’être humain qu’il va devenir. Avoir cette idée en tête permet d’envisager la parentalité comme un apprentissage et un enseignement : bien sûr que les conflits, la fatigue et la colère seront toujours présents, mais nous pouvons choisir de les voir comme des occasions de progresser et d’apprendre. Des occasions pour les parents d’affirmer les valeurs auxquelles ils croient et des occasions pour les enfants de développer des compétences émotionnelles et relationnelles.

… et se donner du temps et le droit à l’erreur.

Dans leur livre Parents épanouis, Enfants épanouis, Faber et Mazlish rapportent une anecdote sous forme d’histoire.

Trois travailleurs se font aborder par un villageois.  » Que faites-vous ?  » leur demande-t-il. Le premier travailleur répond :  » Je gagne ma vie.  » le deuxième dit :  » J’empile des briques.  » le troisième répond :  » Je construis une cathédrale. « .

Nous sommes, nous aussi, des travailleurs; notre travail est d’élever des enfants; nos briques sont nos réponses de tous les instants; et notre cathédrale sont des enfants pleinement humains.

 

Cette histoire nous rappelle à quel point chaque interaction participe à construire les compétences des enfants dans le temps. Il n’est jamais possible de faire cesser un comportement inacceptable une fois pour toutes, maintenant tout de suite pour la vie entière.

citation parentalité bienveillante

 

La colère dans l’approche de la parentalité bienveillante

La colère sans insulte, une émotion saine

Quand avons-nous déjà dit que les parents doivent parler calmement lorsque ça bouillonne à l’intérieur ? – Haïm Ginott

Faber et Mazlish accordent beaucoup d’importance à l’idée de ne pas de retenir notre colère en tant que parents. Elles rappellent qu’essayer d’être patient quand on est fâché, c’est comme appuyer d’un pied sur le frein et de l’autre sur l’accélérateur. On ne traiterait pas sa voiture de cette façon. Nous pouvons donc essayer d’être au moins aussi bons pour nous-mêmes que nous le sommes pour une voiture.

Il est possible d’exprimer de la colère sans violence en se reliant aux valeurs fondatrices de la parentalité bienveillante et en restant en contact avec notre intention de mettre fin aux comportements inappropriés des enfants tout en préservant leur dignité et la nôtre en même temps.

Il s’agit de chercher des solutions pour que chacun dans la famille soit traité avec dignité, sérieux et respect. Les enfants autant que les parents ont le droit d’être pris au sérieux. Les enfants ne sont pas des puching balls destinés à recevoir des mots violents et des coups et les parents ne sont pas des paillassons destinés à se plier systématiquement en quatre pour satisfaire toutes les envies des enfants.

Des manières d’exprimer la colère sans violence

Ce serait merveilleux si les parents pouvaient orienter l’énergie générée par leur colère en l’utilisant, non pas pour insulter leurs enfants, mais pour leur donner des renseignements et leur proposer des valeurs. – Faber et Mazlish

Le langage de la colère sans insulte ne vient pas facilement. C’est la raison pour laquelle plus on dispose de façons différentes d’exprimer la colère sans violence, plus on a de chances de réguler le niveau de violence dans les interactions parents/ enfants. C’est justement quand on essaie de refouler les sentiments de colère qu’on court le risque d’exploser et de basculer dans la violence éducative.

Faber et Mazlish proposent plusieurs pistes pour ne pas laisser la colère exploser en violence contre les enfants (physique et/ou émotionnelle) :

  • Passer par les gestes plutôt que les mots pour donner des consignes ou attirer l’attention sur quelque chose à faire (montrer, tendre…)

 

  • Ecrire une note/ laisser un message sur un Post It

 

  • Passer par l’humour (devinette, jeu…)

 

  • Utiliser l’imagination pour lui procurer ce qu’on ne peut pas donner aux enfants dans la réalité (« je parie que tu aimerais … »)

 

  • Décrire ce qu’on voit plutôt que donner des ordres (et répéter si besoin)

 

  • Inviter à chercher des solutions (faire participer les enfants au processus de recherche d’un plan avec une phrase magique : Pourriez-vous vous entendre ?)

 

  • Exprimer les sentiments de manière aussi énergique qu’ils sont ressentis à l’intérieur (avec des messages Je qui parlent de soi et qui n’accusent pas les enfants -> « je suis affligée, consternée, dégoûtée, mécontente, démoralisée, décontenancée, impuissante… »)

 

  • Rappeler les valeurs de la famille

 

  • Formuler les attentes dans un langage positif (« dans cette famille, on s’attend à ce que… », « j’ai confiance dans le fait que mes enfants… parce que c’est important pour moi »)

 

  • Se débarrasser de tous les discours imprécis et ramener le tout à du concret :  » Voici le règlement…  » / « Ici, la règle c’est… »

 

  • Remplacer un paragraphe par une phrase, une phrase par un mot

 

  • Entendre les émotions et les besoins derrière les plaintes et les accusations des enfants

 

  • Éliminer les longues explications pour parler aux vraies préoccupations

 

  • Donner des choix

 

  • Utiliser « dès que » plutôt que « si vous… alors »

 

  • Alerter sur l’intensité croissante de la colère et les actes qui pourraient en découler (« Vous avez au moins trois minutes pour… avant que ma méchanceté ne prenne le dessus. », « ma colère est grosse comme un petit pois et elle est en train de devenir aussi grosse qu’une tomate et pourrait bien atteindre la taille d’une pastèque, à moins que… », « Quand je demande, à plusieurs reprises, que…, je sens monter la révolte en moi et j’ai envie de…! »)

 

  • Passer à l’action (on peut agir, non pas dans un esprit de vengeance, ni pour faire souffrir les enfants, mais pour faire cesser un comportement qui est allé trop loin, comme par exemple supprimer un ballon après avoir laissé un choix – jouer dehors ou stopper le jeu)

 

 

Pour autant, ces pistes ne sont pas à copier-coller telles qu’elles mais à personnaliser, à s’approprier dans une partition propre et à diversifier. Certaines de ces pistes sont très puissantes mais elles doivent être utilisées avec modération, au risque de passer pour la manipulation auprès des enfants et de nous lasser nous-mêmes.

 

Nous avions d’abord cru qu’un bon père, qu’une bonne mère, c’est patient, calme, logique ; ça ne crie jamais. Désormais, nous ne sentions plus le besoin d’embouteiller notre colère. Nous l’exprimions totalement ; mais au lieu de lancer des insultes, nous exprimions aussi nos sentiments, nos valeurs, nos attentes. – Faber et Mazlish

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Source : Parents épanouis, Enfants épanouis de Adele Faber et Helene Mazlish (éditions du Phare)

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