Crises et « caprices » des enfants : des occasions de progresser !

Crises et « caprices » des enfants : des occasions de progresser… à condition de les redéfinir !

Ne prenez pas ses « caprices » comme un échec personnel. Votre éducation n’est pas remise en cause si votre enfant se roule par terre à la caisse du supermarché. Accepter qu’il n’y a pas d’enfance sans crises ou colères vous aidera à mieux les vivre. – B. Péribère et S. Roland-Riché (Les 50 règles d’or de l’éducation positive)

 

caprice enfant

Les caprices : une construction d’adultes ?

Isabelle Filliozat définit les « caprices » comme un comportement que l’adulte ne comprend pas . Le caprice est donc le jugement, l’interprétation et l’étiquette posée par un adulte sur le comportement qu’il ne comprend pas chez un enfant. Selon la psychothérapeute, les caprices n’existent pas : les adultes parlent de « caprices » quand ils ne comprennent pas les oppositions, les refus des enfants. On pourrait plutôt parler d’incompréhension autour d’un besoin non satisfait.

Les réactions des enfants face aux obstacles extérieurs qui entravent la conquête active de leurs caractères sont généralement traitées de caprices. Les adultes appellent caprices tout ce qui n’a pas une cause apparente, « toute action illogique et invincible » selon Maria Montessori.

Le problème est que l’idée de « caprice » est très prégnante dans la société : même si les choses sont en train de bouger, on entend souvent qu’il faut se méfier des caprices, que les enfants cherchent à manipuler et à dominer les adultes, qu’ils ont des intentions négatives, voire perverses qu’il faut briser absolument. Or cette idée de caprice n’aide pas les parents.

Il est vrai que les enfants ont des comportements qui désarçonnent les adultes. Isabelle Filliozat indique que la meilleure façon de comprendre le besoin caché qui s’exprime derrière un caprice est de tenter de le comprendre : « qu’est-ce qui se passe ? pourquoi l’enfant agit-il comme ça ? qu’est-ce qui le gêne ? quel est le besoin que l’enfant cherche à exprimer ? à quoi dit-il oui ?»

Pour Maria Montessori aussi, il est nécessaire de chercher la cause de toute manifestation estimée capricieuse chez un enfant précisément parce qu’elle échappe aux adultes. Il y a une cause à toute manifestation, toute réaction de l’enfant.

Ce caprice doit prendre à nos yeux l’importance d’un problème à résoudre, d’une énigme à déchiffrer. – Maria Montessori

 

Plutôt qu’interroger l’enfant sur ce qui ne va pas, plutôt que crier ou punir, les adultes peuvent tout simplement :

  • inviter l’enfant à parler si il ou elle veut (Tu as l’air… , Tu sembles avoir passé une mauvaise journée, Je vois que quelque chose ne vas pas, Tu es excité-e parce que…, Tu es triste parce que…, Tu es en colère car tu aurais aimé…)
  • recourir au jeu, faire preuve d’imagination, tourner la situation en rire, proposer un contact physique, remplir le réservoir d’attachement par des mots doux , « recharger l’enfant en amour », proposer un temps calme…

Les crises émotionnelles : des étapes normales dans le développement du cerveau des enfants

Une grande partie du cerveau se forme au cours des cinq premières années de la vie mais sa maturation se prolonge jusqu’à la fin de l’adolescence.  – Catherine Gueguen (pédiatre)

 

Le cerveau des petits enfants est immature et ils ne peuvent pas réagir comme des adultes à la frustration, à la difficulté, à la peur…

La partie du cerveau qui contrôle nos impulsions, nos émotions, le cortex préfrontal, et les circuits neuronaux reliant le cortex préfrontal au cerveau archaïque (=émotionnel) ne commencent à maturer qu’à partir de 5 ans.

Avant 5 ans, l’enfant ne peut pas contrôler ses émotions : il est incapable de prendre du recul sur ce qu’il vit. Un petit enfant vit les émotions avec beaucoup plus d’intensité que les enfants.

Catherine Gueguen fait référence à la capacité de « réévaluation » des adultes : quand nous sommes confrontés à une difficulté, une frustration, une peur, un conflit relationnel, une colère, nous avons la capacité mentale de donner une autre signification à la situation que nous vivons : raisonner, s’apaiser, revoir notre attitude, repenser notre façon de percevoir l’autre, se mettre à sa place, trouver des solutions pour améliorer la situation.

Cette réévaluation implique des structures cérébrales qui sont encore immatures chez les enfants de moins de 5 ans.

Par ailleurs, le cerveau n’est pas complètement mature avant… 25 ans (voire 30 ans selon certains neurochercheurs !).

 

4 pistes concrètes pour transformer les « caprices » des enfants en occasions de progresser

1. Changer de perspective

Penser « Quelles sont les solutions ? » plutôt que « J’ai un problème ».

 

2. Donner des outils concrets d’expression des émotions dès le plus jeune âge

  • Pratiquer la Communication Non Violente avec les enfants au quotidien pour montrer l’exemple et leur apprendre à exprimer leurs émotions et leurs besoins
  • Proposer des activités d’éducation émotionnelle pour apprivoiser les émotions (voir ici ou ici)
  • Jouer à des activités ludiques de gestion émotionnelle pour éviter que la colère ne dégénère en violence (ici ou )
  • Utiliser un outil pour libérer les émotions fortes sans violence

roue des choix colère

  • Pour prévenir les conflits, utiliser une stratégie de communication bienveillante (à partir de 6 ans) :

Étape 1 : prendre une large inspiration

Étape 2 : sourire et penser à un succès

Étape 3 : dire « C’est ton avis, merci de me l’avoir donné »

 

3. Muscler le cerveau

  • Expliquer comment le cerveau fonctionne

 

  • Aider les enfants à renforcer leurs connexions neuronales via des mouvements de Brain Gym
brain gym mouvements croisés

Source : Apprendre autrement avec la psychologie positive

 

  • Apprendre à s’auto réguler et à rééquilibrer les deux fonctions cérébrales avec la méthode Vittoz

 

4. Souligner le positif et les efforts

Tu étais en colère et tu as réussi à dire les choses avec des mots !

Tu voulais tellement ce [bonbon/gâteau/jouet] et tu l’as remis à sa place.

Tu as trouvé une solution pour…

C’est vrai que c’était difficile de… et tu as….

C’est agréable quand…

Cela rend [les courses/le repas/le trajet/la vie] plus plaisant quand…

 

…………………………………………………………….

Source :  Les 50 règles d’or de l’éducation positive de Bénédicte Péribère et Solenne Roland-Riché (éditions Larousse). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

Commander Les 50 règles d’or de l’éducation positive sur Amazon.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Vous aimerez aussi...

8 réponses

  1. Cathy dit :

    et:
    5. Changer de vocabulaire: bannir le mot Caprice et le remplacer par le mot Besoin
    C’est aussi changer la perspective et la vision de la chose.

    • Caroline dit :

      Bien sûr, c’est tout l’intérêt des deux premiers paragraphes 🙂

      • Cathy dit :

        😉
        C’est juste que depuis que je m’en suis rendue compte, le mot caprice, même entre guillemets, me donne des boutons ;).
        Quand la puéricultrice de la crèche parlait avec le papa d’un autre enfant et qu’elle parlait de caprice et qu’il ne fallait pas se laisser faire, j’avais juste envie de crier…! 😉

        • Caroline dit :

          Je suis comme vous… mais pour faire la promotion de l’éducation bienveillante et justement arriver à opérer ce changement de vocabulaire, j’ai fait le choix de l’utiliser entre guillemets pour susciter l’intérêt et la curiosité des personnes qui n’y sont pas (encore) sensibilisées !

  2. lefebvre dit :

    toujours interessant de lire des articles sur l’éducation des enfants

  1. 4 octobre 2016

    […] les caprices, ce sont des comportements que nous, parents, ne comprenons pas. Le comportement d’un enfant a […]

  2. 29 janvier 2017

    […] de son cerveau. Les chagrins, les colères, les décharges émotionnelles ne sont pas des caprices. En dessous de 5 ans, le cerveau archaïque et émotionnel domine l’enfant. Le cerveau […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *