8 clés pour dénouer les conflits entre frères et soeurs

8 clés pour dénouer les conflits entre frères et soeurs

8 clés pour dénouer les conflits entre frères et soeurs

Lawrence Cohen écrit que les conflits entre frères et soeurs comportent une charge émotionnelle telle que déterminer le meilleur moyen de les résoudre n’a rien d’évident (suis-je aimé.e ? vraiment et inconditionnellement ? ai-je été désiré.e ? suis-je unique ? de quel pouvoir est-ce que je dispose ? mes parents cesseront-ils de m’aimer s’ils aiment un autre enfant ? puis-je plier le monde à ma volonté ? pourquoi ne suis-je pas capable de faire ce que fait mon frère ou ma soeur ? pourquoi je n’obtiens pas ce qu’il ou elle obtient ?…).

De nombreux parents s’imaginent n’avoir le choix qu’entre proposer une solution toute faite ou laisser les enfants se débrouiller. Nous pouvons toutefois leur venir en aide autrement qu’en leur imposant nos idées. – Lawrence Cohen

Lawrence Cohen propose plusieurs pistes à cet effet :

1.Encourager les enfants et leur inspirer confiance en leurs capacités

Nous le savons tous : sous l’emprise de la frustration, les enfants recourent souvent à des stratégies primitives (crier, taper, mordre, pleurnicher…). Leur ordonner de se débrouiller eux-mêmes avant de tourner les talons ne semble pas franchement adapté… de l’autre côté, s’interposer trop vite ne développe ni leur sens de la responsabilité ni leur éthique (que voulons-nous transmettre aux enfants : apprendre à trouver des solutions non violentes parce que c’est ce qu’il y a de juste à faire plutôt qu’appliquer des stratégies venues de l’extérieur sans en comprendre la portée éthique et en cherchant un moyen de ne pas se faire prendre la prochaine fois ?).

Il nous reste donc comme alternative de souligner que nous avons confiance dans le fait qu’ils trouveront une solution qui convienne à tout le monde. Pendant qu’ils réfléchiront, nous resterons auprès d’eux en les encourageant et en les retenant d’en venir aux mains sous le coup de la frustration.

2.Encourager les enfants sans marcher sur leurs plates-bandes requiert un délicat équilibre

Poser des questions pour solliciter l’intelligence et la créativité des enfants est toujours plus efficace que trouver les solutions à leur place :

  • Je suis sûr.e que vous finirez par résoudre le problème. Quelqu’un a une idée ?
  • Je ne sais pas ce qu’il faut faire au juste, mais je pense qu’il existe une solution. Réfléchissons-y.
  • Comment comptez-vous  faire pour ne laisser personne à l’écart ?
  • Je suis certain.e que vous allez trouver un moyen de continuer à jouer sans violence.
  • Ça ne va pas. Tout le monde se bat pour passer en premier et personne n’a l’occasion de jouer. Comment se débrouiller pour que chacun ait droit à son tour ?
  • Ton frère/ ta soeur/ ton ami.e est vraiment contrarié.e. Que comptez-vous faire pour qu’il se sente mieux ?

Dans ces questions, des amorces de solution peuvent être suggérées sans les imposer (ne laisser personne à l’écart, veiller à la sécurité de chacun…). Inviter les enfants à trouver des solutions est efficace, à condition qu’ils puissent compter sur notre soutien et notre présence non jugeante. Leurs solutions sont en général plus créatives, leurs excuses plus sincères, et leurs compromis plus facilement acceptable par tous.

3.Inonder les enfants d’affection

Il y a des moments où priment la tendresse et le réconfort. A nous de ne pas baisser les bras et de témoigner aux enfants notre attachement jusqu’à ce qu’ils en soient convaincus.

Lawrence Cohen écrit très justement que le problème vient de ce qu’un enfant qui nous a tenu tête ou nous a créé des difficultés ne nous donne pas envie de l’aimer. Voilà d’ailleurs pourquoi les enfants redoutent tant que l’amour vienne à leur manquer… les conduisant à adopter des stratégies inadaptées pour obtenir de l’attention et venir « chiper » de l’attachement aux autres objets de notre attention (frère, soeur…).

Lawrence Cohen fait d’ailleurs un focus sur les garçons : il estime que les garçons ont moins d’occasions de témoigner leur tendresse. Vu qu’ils ne peuvent pas serrer contre eux leurs camarades ou les tenir par la main ou leur dire qu’ils les aiment sans se faire taquiner, humilier voire taper, alors ils adoptent des stratégies inadaptées : ils s’en prennent les uns aux autres, ils s’insultent… Ils expriment ainsi à la fois leur attachement et leur hostilité : ils remplissent les réservoirs des uns et des autres mais les renversent en même temps !

4.Protéger

Les enfants doivent savoir que la liberté dont ils disposent ne les autorise pas à faire mal aux autres. – Lawrence Cohen

Tant que les enfants ne seront pas capables de se maintenir, eux et les autres, à l’abri du danger, il dépendra de nous de nous assurer que nul ne fait preuve de violence ni les laisse à l’écart.

Une protection adéquate, sans intrusion excessive, fait davantage que d’éviter aux enfants de sérieuses blessures, elle leur confère un sentiment de sécurité. Un enfant qui estime ne rien avoir à craindre de ses pairs s’entendra mieux avec eux et jouera plus librement et plus gaiement. – Lawrence Cohen

5.Prendre du recul

Parfois, nous avons tendance à nous perdre dans les détails (qui a fait quoi ? à qui ? quand ? comment ? pourquoi ? qui va devoir payer ?). Un peu de recul permet de récapituler objectivement et calmement la position de chacun (exemple : « Tu veux la pelle parce qu’elle t’appartient; il la veut parce qu’il n’a pas eu l’occasion de jouer avec. »).

Parfois (pas toujours !), décrire, écouter et reformuler suffit à dénouer le conflit. Quand ce n’est pas le cas, il est toujours possible de revenir au point 2 : « Toi, tu veux jouer aux Lego et toi, tu veux jouer au foot. Qu’est-ce que vous allez faire ? ».

6.Privilégier les solution gagnant-gagnant 

Même s’il n’est pas toujours possible d’atteindre une solution gagnant-gagnant à chaque fois, cela doit rester notre objectif. – Lawrence Cohen

Thomas Gordon, psychologue spécialisé dans la communication parents/ enfants, propose justement 6 étapes de la méthode sans perdant :

  • Première étape : identifier et définir le conflit
  • Deuxième étape : énumérer les solutions possibles
  • Troisième étape : évaluer les solutions énumérées
  • Quatrième étape : choisir la solution la plus acceptable
  • Cinquième étape : établir les moyens d’appliquer la décision
  • Sixième étape : réviser et réévaluer la décision

L’écoute active et les messages je sont les meilleurs soutiens en cas de résistance des enfants face à la recherche de solution sans perdant.

Si une solution n’est pas trouvée, il vaut mieux persévérer que d’imposer une décision unilatéralement :

  • continuer à parler,
  • retourner à la 2° étape et trouver d’autres solutions possibles. « Avons-nous fait le tour de toutes les solutions possibles ? »,
  • suspendre la séance et reprendre une nouvelle conversation plus tard,
  • voir s’il n’y a pas d’autres problèmes cachés qui empêchent de trouver la solution.

Si les ententes ne sont pas respectées, il sera nécessaire de confronter l’enfant au non respect de son engagement avec des messages je sans menaces ni jugement. « Je suis déçu de voir que tu n’as pas accompli la tâche que tu avais promis de faire ». En fonction de la réaction de l’enfant, plusieurs scénarios sont possibles :

– reconsidérer le problème et revenir à la recherche de solutions plus efficaces

– proposer de l’aide à l’enfant pour qu’il se souvienne de ses engagements (un minuteur ? un message dans la cuisine ? une affiche dans sa chambre ?)

– réaffirmer les besoins par des messages je (« Je suis à bout. Avec ta mère/ ton père, nous soulevons un problème qui nous préoccupe et tu te dérobes. Je crois que tu n’as aucune considération pour nos besoins. Je n’aime pas ça et je trouve cela inacceptable. Nous voulons régler ce problème tout de suite. Nous ne voulons pas te faire perdre mais nous n’allons pas non plus perdre pour te laisser gagner. Je pense que nous pouvons trouver une solution qui nous permettra tous d’être gagnants, mais nous ne pouvons pas le faire si tu ne viens pas t’asseoir à table avec nous. Maintenant, est-ce que tu voudrais bien revenir à la table afin que nous puissions essayer de trouver une bonne solution ?« )

7.Intégrer une dose d’émotions positives et de jeu

Lawrence Cohen est spécialisé dans la parentalité ludique et croit beaucoup au pouvoir du jeu pour désamorcer les situations conflictuelles. Il propose de nombreuses pistes pour aborder les disputes dans les fratries sous l’angle des émotions positives afin de remplir le réservoir d’attachement plutôt qu’élargir le gouffre qui menace la relation :

  • s’emparer du jouet qu’un frère ou une soeur se disputent avant de s’enfuir en courant,
  • une bataille de polochons (ou n’importe quel jeu de chahut),
  • commenter comme un journaliste sportif les conflits qui animent les enfants en prenant un ton exagéré et en adoptant une posture ahurie (exemple : « incroyable ! il a dit que tu lui avais pris son crayon rouge ! et elle affirme que tu ne t’en servais pas et qu’elle en avait besoin ! il dit qu’il allait justement s’en servir et que c’est le sien !« ),
  • jouer « l’idiot.e du village » (par exemple, si deux enfants se disputent pour avoir les dernières gouttes de la brique de jus d’orange, dire : « mettez vous d’accord ou je me verse le reste du jus sur la tête !« ),
  • inverser les rôles (« bouuuh, vous aimez plus le chien que moi ! », « il faudrait me couper en deux pour que vous ayez chacun une partie de maman… ah mais problème : vous allez encore vous battre : tu as eu le foie, et moi la rate alors que je voulais le foie !« ).

8.Renoncer à la parfaite égalité

Il s’agit de donner à chacun selon ses besoins plutôt que de chercher à tout prix l’impartialité. La quête de la parfaite égalité n’amène que des déceptions. – Lawrence Cohen

besoin fratrie

Extrait de Jalousies et rivalités entre frères et soeurs de Faber et Mazlish

 

Si ces approches paraissent trop chronophages ou pas assez « disciplinantes », Lawrence Cohen nous invitent à calculer le temps que nous passons à punir, à crier et nous mettre hors de nous afin de le consacrer à des jeux (en amont pour remplir le réservoir de chaque membre de la fratrie, sur le moment de la dispute et en aval ). Par ailleurs, raisonner en termes de relations et de besoins permet de comprendre tous les enjeux et les bénéfices de cette approche ludique : les enfants ne se disputent pas pour rendre leurs parents fous. Nous avons toujours une bonne raison d’agir tel que nous le faisons : chacune de nos actions cherche à satisfaire un de nos besoins fondamentaux mais les stratégies adoptées ne sont pas toujours appropriées. Sans doute des enfants qui se disputent cherchent-ils à dire qu’ils ont besoin de plus d’attention ? d’être rassurés sur le fait qu’ils sont aimés uniquement et inconditionnellement ? Peut-être le plus jeune est-il frustré d’échouer là où réussit un aîné ? A moins que l’aîné ne craigne que le cadet ne le rattrape et qu’on s’intéresse moins à lui ?

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Source : Qui veut jouer avec moi ? : jouer pour mieux communiquer avec nos enfants de Lawrence Cohen (éditions Poche Marabout). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

Commander Qui veut jouer avec moi ? sur Amazon ou sur Decitre.

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2 réponses

  1. Giacomo dit :

    Merci pour votre article très intéressant!
    avec deux enfants pas tjs facile de savoir comment faire… 🙂

    Cordialement,
    Giacomo

  2. Bonjour Caroline

    Que ça fait plaisir de lire ce genre d’article !
    La volonté de l’égalité est souvent une erreur, et je te rejoins tout à fait.

    Et pourtant, étant une des valeurs de notre pays, il est dur de passer outre.
    Mieux vaut une vraie équité !

    En somme nous, les parents, devenons les facilitateurs des relations de nos enfants.

    A plus
    Evan

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