La parentalité ludique : une approche efficace pour diminuer les disputes entre frères et soeurs

La parentalité ludique : une approche efficace pour diminuer les disputes entre frères et soeurs

diminuer les disputes entre frères et soeurs

Aletha Solter, psychologue spécialiste de l’attachement, invite les parents à adopter une approche ludique face aux disputes entre frères et soeurs. Cette approche, nommée parentalité ludique, permet de s’attaquer plus efficacement à la source des rivalités dans une fratrie que l’usage des punitions. Non seulement le rire pendant les jeux aide à éliminer les émotions pénibles à l’origine des disputes (jalousie, colère, angoisse, impuissance), mais il consolident également le lien parents/ enfants

Aletha Solter suggère plusieurs types de jeux pour diminuer les disputes entre frères et soeurs :

Les jeux libres et symboliques

Un jeu libre est un jeu non dirigé par l’adulte où l’enfant prend l’initiative (sans règles du jeu ni intervention). Les jeux libres sont plus efficaces quand ils ont lieu en dehors des disputes et pendant des séances individuelles au cours desquelles l’enfant pourra laisser libre cours à son imagination sans censure ni interruption.

Il s’agit de mettre à la disposition de l’enfant des objets de construction, des poupées, des petits véhicules et du matériel artistique, puis de lui prêter une attention complète et ininterrompue. Le parent fait partie du jeu et fait  ce que l’enfant lui demande.

Solter estime que les sessions de jeu libre, non dirigé, offrent deux avantages :

  • l’attention individualisée portée à l’enfant l’aide à se sentir apprécié et aimé, ce qui contrebalancera son sentiment de jalousie vis-à-vis de ses frères et soeurs;
  • il bénéficiera de toute la présence d’esprit de son parent pour exprimer ses sentiments difficiles et même honteux en profitant de l’aspect symbolique du jeu.

Par exemple, un enfant jaloux d’un nouveau-né peut exprimer son souhait d’avoir ses parents pour lui tout seul en isolant un bébé figurine (Lego, Playmobil, animaux en plastique…) et le laissant de côté dans le jeu tandis que les autres figurines symbolisant l’enfant lui-même et ses parents font des activités ensemble. l’important est que les parents reconnaissent symboliquement ce souhait en acceptant le scénario que l’enfant invente (pas de jugement moral ni de suggestion pour réintégrer le bébé). Les enfants aiment ce genre de jeu parce qu’il leur permet d’exprimer leurs émotions et qu’ils se sentent reconnus dans leurs sentiments.

Il n’est pas nécessaire que vous interprétiez verbalement le sens du scénario inventé par votre enfant : votre attention et votre acceptation de son jeu sont suffisants. – Aletha Solter

 

Les jeux de renversement de pouvoir

Les jeux de renversement de pouvoir passent, par exemple, par :

  • une bataille d’oreillers au cours de laquelle le parent laisse l’enfant l’assommer et tombe au sol de façon dramatique, tout en encourageant les rires au maximum;
  • un jeu de chahut au cours duquel un parent laisse l’enfant le pousser à terre (sur des coussins ou bien sur un lit) et le roule dans tous les sens;
  • un jeu où les enfants de la fratrie se « liguent » contre le parent et travaillent en équipe (par exemple, pour déloger le père du canapé).

Ces jeux doivent le rester et c’est au parent d’y mettre un terme quand il y a un risque de dérapage (faire mal pour de vrai, ne pas respecter le non de l’autre, excitation qui monte au risque d’exploser en violence…).

Tout l’intérêt des jeux de renversement de pouvoir réside dans le fait d’avoir l’air d’être faible et effrayé en laissant les enfants gagner la bataille. Si ces activités suscitent des rires, c’est qu’elles sont sur la bonne voie pour diminuer la rivalité à travers un sentiment de pouvoir personnel et d’attachement restauré.

 

Les jeux d’absurdité

Les jeux d’absurdité passent par l’exagération ludique des sentiments. La limite est fine entre jeux d’absurdité et moquerie ressentie par les enfants. Si ces derniers ne veulent pas jouer, n’entrent pas dans le jeu, mieux vaut ne pas insister.


Par exemple, quand deux enfants (ou plus) se disputent un jouet, il est possible pour le parent de l’attraper avec une expression clownesque et de fuir avec, en invitant les enfants à coopérer entre eux pour le rattraper. En pourchassant ensemble le parent, les enfants seront temporairement du même côté. Dès que cette alliance semble établie, le parent peut ralentir ou faire semblant de trébucher, et se laisser capturer. Il est également possible de cacher le jouet à un endroit d’où il restera visible et d’expliquer aux enfants qu’il est trèèèsss bien caché, qu’ils ne le trouveront jamaaaaiiis. La surprise sera simulée une fois qu’ils l’auront trouvé.

Aletha Solter rapporte un jeux inventé par un des pères ayant assisté à un de ses ateliers de communication parent/ enfant :

Nous étions tous les six assis à table. Nos jumeaux de quatre ans voulaient tous les deux utiliser la même chaise et se criaient mutuellement « Va-t’en ! » Ils s’entêtaient, au bord des larmes. Je proposai : « Que chacun d’entre nous dise à la personne assise à sa droite “Va-t’en !” » C’est ce que nous fîmes, et les enfants commencèrent à rire. Ensuite, nous hurlâmes « Va-t’en ! » à la personne assise à notre gauche.

Puis nous nous mîmes à ordonner qu’ils s’en aillent à des gens imaginaires installés sous la table et sur le toit. Après pas mal de rires et d’absurdités, l’un des jumeaux alla simplement s’asseoir sur une autre chaise, ce qui résolut le problème. Je n’avais jamais suggéré ce geste ni mentionné la chaise : il se déplaça de son propre chef.

 

Les jeux coopératifs

De nombreux enfants prennent du plaisir aux jeux coopératifs de docteur, au cours desquels leur mère ou leur père joue le rôle du patient et eux, celui d’infirmière ou de médecin. La nature de cette activité exige que les enfants coopèrent pour prendre soin du parent-patient.

Il est également possible de s’imposer un désavantage dans des jeux communs afin de rétablir un équilibre entre adultes et enfants (par exemple, jouer au tennis de l’autre main ou aux échecs sans la reine).

 

La médiation avec des enfants de plus de 6/ 7 ans

Il est possible d’avoir recours à la médiation avec des enfants (plutôt après 6 ans).

La médiation consiste à inviter chaque enfant à raconter sa version et à exprimer ses émotions. Après avoir répété verbalement les sentiments de chacun, l’adulte peut les encourager à imaginer leur propre solution, tout en s’abstenant de prendre position ou de leur imposer ses propres idées.

Les enfants ont souvent des idées créatives et originales pour gérer leurs conflits.

Avec des enfants peu habitués à la médiation, il est possible pour l’adulte de suggérer des solutions (sous la forme de questions, de choix ou de « peut-être que vous pourriez, qu’en pensez-vous ? »), comme le « chacun son tour », le partage ou un jouet de substitution. Ces suggestions ne doivent que servir de points d’appui et pas de recettes prêtes à l’emploi fournies aux enfants.

La médiation ne fonctionne pas sur-le-champ mais peut aider les  enfants à atteindre des étapes importantes de développement tout en s’initiant à la négociation et à la résolution des conflits sans violence.

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Source : Développer le lien parent-enfant par le jeu – Le jeu d’attachement pour créer l’harmonie, gérer les conflits et résoudre les problèmes de Aletha Solter (éditions Jouvence). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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