Dormir sans larmes : les découvertes de la science du sommeil de 0 à 6 ans

Dormir sans larmes : les découvertes de la science du sommeil de 0 à 6 ans

Présentation de l’éditeur

dormir sans larme science sommeil enfantLe sommeil des bébés est un problème pour beaucoup de parents. Pourtant, dormir est un processus naturel. Et si les méthodes préconisées étaient contre-productives ? Ce livre propose une approche totalement nouvelle du sommeil des enfants. Oubliez tout ce que vous saviez :

  • Non, les bébés n’ont pas besoin « d’apprendre à dormir « , ils naissent en sachant comment faire ;
  • Les règles et les méthodes disciplinaires conduisent à mal interpréter les signaux de l’enfant et à briser un processus physiologique naturel ;
  • Laisser pleurer un bébé présente un véritable danger pour son cerveau, qui sécrète de l’adrénaline et d’autres substances en réponse au stress.

Rassurant et chaleureux, ce livre vous permet de comprendre le sommeil des tout-petits et de l’accompagner avec bienveillance.

En fin d’ouvrage, le Dr Rosa Jové propose un « Petit guide pour les parents désespérés » avec des solutions simples et pratiques pour faire face aux difficultés.

L’autrice : Rosa Jové est pédopsychiatre. Spécialiste du sommeil chez les enfants, autrice de plusieurs livres, membre de l’Observatoire des Droits de l’enfant de Catalogne, elle accueille un grand nombre d’enfants et leurs parents dans ses consultations.

J’ai aimé

Le livre est structuré en trois grandes parties : s’informer, évaluer, intervenir. Il permet aux parents de savoir :

  • s’il y a un problème ou non
  • ce qu’il vaut mieux éviter (comme les méthodes de dressage au sommeil 5-10-15)
  • ce qu’il est possible de faire pour des nuits moins agitées

Rosa Jové maîtrise parfaitement bien son sujet. Elle ponctue son livre de nombreuses références à des études scientifiques et anthropologiques (pour relativiser notre conception occidentale du sommeil des bébés), ainsi que de témoignages de parents qu’elle a accompagnés et de vérités pour contrer les mythes autour du sommeil des bébés dans nos sociétés dites « modernes ».

Je la rejoins complètement dans son constat : c’est la manière dont notre société est organisée qui nous fait croire que les bébés et enfants qui ne dorment pas d’une traite de 20h30 à 7h30 ont des problèmes qu’il faut absolument traiter. J’ai particulièrement aimé cette citation : « Vous ne trouvez pas que dans cette vie moderne, il y a plus de moderne que de vie ?« .

Rosa Jové commence son livre par une explication des mécanismes du sommeil humain et des différences entre les adultes et les enfants. Elle va dans le détail de l’évolution du sommeil par tranche d’âge (j’en parle ici). La pédopsychiatre explique que le sommeil s’aligne sur nos besoins à chaque instant de notre vie et essayer de modifier cet état de fait peut avoir des effets délétères.

Le sommeil satisfait ou accompagne la plupart des besoins que nous éprouverons à chaque moment de notre nouvelle vie. Et logiquement, au fur et à mesure de l’évolution de nos besoins, le sommeil évolue lui aussi. – Rosa Jové

Nos vies « modernes » nous ont fait perdre cet aspect car nous avons des vies standardisées avec des horaires à respecter, des congés maternité et paternité courts, peu de soutien financier et/ou moral lors des premiers mois de vie de l’enfant, une pensée dominante empreinte de psychanalyse qui vise à créer et entretenir les peurs parentales de se « faire bouffer » par les enfants pervers polymorphes, du temps limité passé en famille pour nourrir suffisamment le réservoir affectif des enfants.

Cette approche informative sur les besoins et la nature du sommeil des enfants permet de comprendre qu’un bébé ne fera jamais rien pour embêter volontairement ses parents. Aucun enfant ne se réveille ou ne dort pas à l’horaire voulu pour le plaisir : le sommeil obéit à des lois biologiques et évolutives.

Tous les humains sont programmés pour se réveiller environ neuf fois par nuit (entre chaque cycle de sommeil). La seule différence entre les enfants et les adultes est que ces derniers ont appris à maîtriser la technique pour se rendormir… les premiers pas encore. Etre correctement informés sur le sommeil des enfants et ses caractéristiques évitent des malentendus.

Par ailleurs, notre société peine à offrir aux parents un rythme de travail qui leur permette de concilier vie familiale, sociale et professionnelle. C’est cette organisation, conjuguée à une désinformation sur les « mauvaises habitudes » que prendraient des bébés dont la dépendance semble faire peur aux adultes mais aussi aux séquelles émotionnelles des parents issues de leur propre enfance, qui pousse nombre de parents à se tourner vers des méthodes de dressage du sommeil (le fameux 5-10-15 de Ferber) ou à laisser pleurer les bébés.

Les troubles du sommeil existent bel et bien mais, avant de s’alarmer, il est bon de disposer d’une information fiable sur ce qui est normal à cet âge. C’est exactement ce que propose Rosa Jové dans son livre de manière à la fois accessible, rigoureuse et documentée.

Rosa Jové dénonce donc les méthodes de dressage au sommeil qui procèdent de cette manière :

  • créer la pathologie chez les enfants et semer le doute, la panique dans la tête des parents (en appuyant sur leurs peurs : peur que l’enfant ne grandisse pas bien s’il ne dort pas assez, peur que son intelligence ne se développe pas assez, peur du laxisme, peur de passer pour un parent qui n’assure pas, qui ne performe pas dans le cumul des rôles parent et actif….),
  • dépersonnaliser l’enfant (les professionnels qui font l’apologie des méthodes de dressage au sommeil instillent l’idée que la fin justifie les moyens et que l’enfant n’a pas les mêmes droits que l’adulte, que ce dernier sait mieux que l’enfant quelles sensations ce dernier ressent dans son corps),
  • ignorer les signaux de l’enfant (Rosa Jové se demande ce qui peut bien empêcher un parent d’aller vers son enfant quand celui-ci l’appelle : il faut faire en sorte que le parent se sente trompé, manipulé par cet enfant, les « professionnels » et les médias grand public utilisent alors un vocabulaire négatif comme « caprice » ou « manipulation »… et ce mécanisme est facilité quand les parents sont coupés de leurs propres ressentis émotionnels, de leur enfant intérieur résultant du fait qu’ils ont été eux-mêmes ignorés émotionnellement dans leur enfance. La boucle – ou plutôt le cercle vicieux – est bouclée.).

Pour contrer les méthodes de dressage, Rosa Jové propose une approche basée sur la connaissance du développement physiologique et émotionnel de l’enfant. Elle est très favorable au cododo (ou sommeil partagé) quand il est pratiqué dans des conditions sécuritaires satisfaisantes (matelas ferme, pas de draps avec lacets ou rubans, pas d’oreillers trop moelleux, ne pas trop couvrir le bébé, ne pas pratiquer le cododo avec un parent fumeur ou sous l’emprise d’alcool/ drogue, ne pas pratiquer le cododo en cas d’obésité morbide qui empêche de se retourner ou de bouger aisément en position couchée).

Rosa Jové consacre un chapitre entier à la description des troubles du sommeil. Il est possible que certains enfants souffrent de troubles du sommeil, de troubles émotionnels (comme des émotions bloquées, notamment consécutives à la naissance) ou de troubles physiologiques (comme un RGO). Avoir des données fiables pour en reconnaître les symptômes permet de ne pas pathologiser le sommeil normal d’un enfant. Rosa Jové alerte également sur l’effet délétère du stress sur le cerveau des enfants.

Le livre se termine avec 12 points clés pour les parents désespérés de bébés de plus de 6 mois (avant 6 mois, elle estime qu’il est inutile de chercher à « stabiliser » le sommeil des bébés mais qu’il faut suivre son rythme personnel et normal). Elle insiste sur une attitude positive et réactive des parents envers l’enfant pour créer une sécurité émotionnelle qui lui permettra de s’abandonner plus facilement au sommeil. Par ailleurs, en restant réalistes quand à la nature du sommeil des bébés et attentifs aux heures de sommeil individuelles de ce bébé en particulier, il sera plus facile de reconnaître les signaux qu’il émet quand il a sommeil.

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Dormir sans larmes : les découvertes de la science du sommeil de 0 à 6 ans de Rosa Jové (éditions Les Arènes) est disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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2 réponses

  1. Astrid dit :

    L’article est intéressant mais je suis agacée car vous égratignez la psychanalyse, qui a permis à ma fille de sortir la tête de l’eau au moment mouvementé et difficile que fut son adolescence. Pourquoi entrer dans les guerres de théories que vous semblez en plus méconnaitre? La psychanalyse n’a jamais évoqué le moins du monde l’idée de se faire « bouffer par les enfants ». Bien au contraire, et depuis belle lurette, elle a observé et indiqué l’importance de la théorie de l’attachement (Bowlby, psychanalyste américain) et a témoigné de l’importance de répondre aux besoins affectifs de l’enfant. Winnicott à ce sujet parlait de la « préoccupation maternelle primaire » qui indique que les tous premiers mois de l’enfant, la mère est dans cette préoccupation exclusive pour l’enfant, ce repli vers l’enfant qui lui permet de se réveiller chaque fois que l’enfant appelle, de ressentir très vite tous les besoins de son enfant et de les satisfaire. Winicott décrit cette attitude comme une « maladie normale » , dans le sens où c’est un état exceptionnel pour la mère, et nécessaire et bienfaisant pour l’enfant. Puis lorsque l’enfant grandit la mère devient « suffisamment bonne », moins comblante, laissant un peu plus la place à l’enfant. Et lorsque l’enfant grandit encore, la psychanalyse évoque l ‘importance structurante que l’enfant rencontre le non et les limites, non pas pour le « non » bête et méchant mais tout comme la psychologique positive le conseille, dans une fermeté bienveillante pour le protéger, parce qu’on ne peut pas dire oui à tout … et qu’on n’a pas à culpabiliser de refuser certaines choses.
    Et si Freud qualifie l’enfant de pervers polymorphe en 1905, ca n’a rien à voir avec la perversion employée à notre époque dans le langage courant synonyme d' »incarnation du mal ou de détraqué », comme vous semblez l’entendre vous, mais signifie que l’enfant découvre son corps et le monde autour de lui à travers ses pulsions partielles et détournée, il peut ressentir du plaisir, mais sans que ça ait à voir avoir avec la sexualité génitale (adulte). Comme le plaisir de téter, la succion alors qu’il n’ a plus faim, comme le plaisir du massage… Il prend plaisir à certaines choses, sans que ce soit malsain. Caroline, continuez à parler de ce que vous connaissez le mieux, et si vous souhaitez critiquer les autres, prenez le temps de bien les étudier. Il n’ya que comme cela que le débat peut être fructueux, pas avec les clichés.

    • Caroline dit :

      Bonjour,

      j’avais lu votre commentaire il y a déjà quelque temps mais je n’arrivais pas à trouver comment articuler une réponse claire et cohérente. Je pensais d’abord vous citer tous les livres au sujet de l’éducation bienveillante dans lesquels j’ai pu lire des critiques de la pensée freudienne (C’est pour ton bien, Le corps ne ment jamais, Comment éviter de se fâcher avec la terre entière en devenant parent…) ou alors nuancer le propos en disant qu’effectivement, tous les psychanalystes n’excusent pas la violence éducative et que ce sont les mots employés par Freud qui peuvent amener à des confusions (les expressions qu’ils utilisent n’étant pas toujours claires et sujettes à mauvaise interprétation).
      Et puis, je suis tombée sur cet article sur le site de l’Observatoire de la violence éducative et je me suis dit que d’autres (Olivier Maurel en l’occurence) étaient plus pertinents pour élaborer une réponse étayée. Voici le lien vers l’article : Relations parents-enfants : Au-delà de Freud… et de Norbert Elias

      Bien à vous
      Caroline

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