Le souhait de Jamie Oliver : offrir une éducation nutritionnelle à tous les enfants. Pourquoi ? Comment ?

Le souhait de Jamie Oliver : offrir une éducation nutritionnelle à tous les enfants. Pourquoi ? Comment ?

Jamie Oliver, chef cuisinier anglais, dresse dans la vidéo ci-dessous un portrait alarmant de l’alimentation aux Etats Unis et en Angleterre. 10% des dépenses de santé y sont consacrées à des maladies en lien avec une mauvaise alimentation.

Il propose plusieurs solutions :

  • revoir la façon dont les supermarchés commercialisent la nourriture et les forcer à informer sur les bienfaits des aliments frais et sains,
  • imposer de nouvelles normes d’étiquetage aux industriels agro alimentaires (informations nutritionnelles, composition…),
  • enseigner l’alimentation à l’école (connaître les fruits et les légumes, savoir quels sont les fruits et légumes de saison, prendre plaisir à cuisiner, savoir préparer des plats équilibrés de base, avoir des repères nutritionnels…),
  • établir une réglementation plus contraignante en termes de contenu pour les industriels et les restaurants (gras, sucres, additifs…),
  • proposer des menus équilibrés, frais, provenant de producteurs locaux dans les cantines scolaires,
  • proposer la même chose dans les lieux de restauration des entreprises,
  • cuisiner à la maison en famille,
  • proposer des cours de cuisine gratuits financés par les pouvoirs publics.

Les maladies liées au régime alimentaire sont la plus grande cause de mortalité aux Etats-Unis en ce moment.

C’est un problème mondial : nous avons besoin d’une révolution alimentaire car la majorité des pays (Chine, Inde, Mexique, Allemagne, Australie) ont d’énormes problèmes d’obésité et de santé.

La prise en charge des problèmes de santé liés à l’alimentation coûte plus cher que la prise en charge du tabagisme aux Etats Unis : 150 milliards de dollars par an.

Certains Américains n’ont plus du tout appris à cuisiner, que ce soit à la maison ou à l’école. Et ce, depuis 3 générations.

L’obésité et les maladies liées à un mauvais régime alimentaire ne touchent pas seulement les personnes qui en sont atteintes, mais tous leurs amis et leur famille.

Jamie Oliver voit le paysage alimentaire comme un triangle qui constitue la vie moderne :

  • maison

Aux Etats Unis, beaucoup de familles ne cuisinent plus du tout et achètent tous leurs plats tout prêts.

alimentation des enfants

  • école

Aux Etats Unis, 31 millions d’enfants mangent à l’école chaque jour. La nourriture scolaire représente donc un enjeu très important. La nourriture que les élèves américains mangent à l’école est du fast food : elle est transformée, contient très peu d’aliments frais, est bourrée d’additifs et de colorants, ne propose aucun légume.

Les couverts ont même disparu ! Les couteaux et les fourchettes sont considérés comme trop dangereux.

Il n’y a pas d’obligation légale à enseigner aux enfants une bonne alimentation. Les enfants ont généralement peur de l’inconnu : si les enfants ne savent pas d’où viennent les aliments ni comment ils s’appellent, ils ne les mangeront jamais.

éducation nutritionnelle

Il est fondamental de ne pas négliger l’éducation nutritionnelle à l’école pour réduire la peur des nouveaux aliments et inciter à la diversité alimentaire. Le fait de cuisiner et de déguster en classe va en ce sens. La cuisine permet de sentir, manipuler, nommer les aliments et la dégustation crée une émulation parmi les enfants (ils comparent les goûts, ils s’encouragent à goûter, ils ressentent une certaine fierté à apprendre de nouvelles choses).

La présence de potager dans les écoles est un avantage sur deux plans : cela participe à

  • l’éducation alimentaire (voir d’où viennent les fruits et légumes, comment ils poussent, comment on en prend soin, quand ils poussent, comment on les ramasse…)
  • la protection de l’environnement (connaître et comprendre engendre le respect de la nature et de l’environnement)
  • la rue

Le fast food a pris le dessus. Les supermarchés et les marques de restauration mondiales sont des super puissances économiques et politiques. La nourriture qu’ils proposent est principalement transformée et pleine d’additifs.

Les portions et l’étiquetage de ces produits posent de gros problèmes.

Pour Jamie Oliver, donner des aliments qui contiennent trop de sucres et d’additifs aux enfants, c’est de la maltraitance.

 

Nous n’en sommes pas là en France mais comprendre ce qui se passe aux Etats Unis peut nous aider à comprendre les mécanismes qui ont entraîné ces modes d’alimentation là-bas et pourquoi ils se propagent dans d’autres pays (dont certains sont nos voisins).

Pourtant, en France, 81% des enfants de 3 à 14 ans mangent moins de 3 portions de fruits et légumes par jour, ce qui est en dessous de leurs besoins nutritionnels.

Quels sont les principes d’une éducation nutritionnelle efficace pour la santé des enfants ?

Nos goûts et dégoûts résultent pour la plupart de nos expériences alimentaires et du contexte culturel, social, psychologique et physiologique dans lequel ces expériences alimentaires ont lieu. Différents mécanismes vont permettre d’apprendre à aimer des goûts initialement rejetés et vont permettre à l’enfant d’apprendre à aimer les aliments de sa culture. En effet, les aliments non connus sont rejetés ou consommés avec réticence, il s’agit du phénomène de « néophobie alimentaire ». La néophobie alimentaire se manifeste à partir de l’âge de 2 ans puis diminuerait à partir de 7 ans. Ainsi, la période 2-7 ans n’est certainement pas la période favorable pour l’introduction d’aliments inconnus. A l’inverse, autour de 6 mois le nourrisson semble accepter relativement facilement des aliments inconnus. La néophobie alimentaire serait un trait de caractère déterminé génétiquement mais environ 25% des variations phénotypiques seraient dues à des facteurs environnementaux.

Source : Rapport du groupe PNNS Qualité gustative des aliments et environnement des repas : restauration scolaire, hospitalière et aide alimentaire

On peut donc jouer sur ces 25% par l’éducation nutritionnelle :-). On peut aussi garder en tête que la période 6 mois-24 mois semble cruciale : plus on propose d’aliments à l’enfant au cours de cette période, plus il aura de chance d’avoir des goûts diversifiés.

Je vous propose de partager avec vous quelques principes que j’ai mis en place à la maison dont plusieurs se rapprochent de ce que Jamie Oliver propose (je ne prétend pas avoir la « meilleure », ni même la « bonne » solution mais ce sont des choses qui recoupent également les recommandations gouvernementales en matière d’éducation nutritionnelles. A chacun de venir piocher ce qui lui parle ou pas, de se dire que ce sont des choses évidentes… ou même de se dire que je suis bien en retard !) :

  • aller au marché régulièrement ensemble

 

  • décrire et commenter les fruits et légumes pour donner du vocabulaire et reconnaître les légumes de saison

 

  • choisir les fruits et légumes ensemble

 

  • jardiner ensemble (pour le coup, chez mes parents car nous habitons en appartement)

 

  • cueillir des fruits et légumes quand c’est possible (mûres, fraises des bois, châtaignes dans la nature; légumes du potager dans les jardins de la famille; fruits dans les arbres fruitiers de la famille ou des amis)

 

  • cuisiner ensemble

 

  • feuilleter des livres de cuisine ensemble

 

  • apprendre des plats de base (comme la salade composée, la soupe de légumes, la purée de carottes, la salade composée, le chou fleur en béchamel…)

 

  • faire des jeux éducatifs autour des aliments (loto des senteurs, cartes de nomenclature, imagiers, mandalas…)

 

  • apprendre à lire les étiquettes
    • si le sucre est en premier dans la liste des ingrédients, c’est que cet ingrédient est trop sucré
    • les produits qui contiennent du E (E110, E102, E104…) sont à éviter. Sur certains emballages, les noms des additifs sont notés et pas les E… L’absence de E… notifié sur l’emballage des produits ne veut pas dire sans additifs. Voici une liste des additifs à éviter ici.

 

  • éduquer au marketing et à la pub : « faute de savoir, ils se font avoir »
    • expliquer que les industriels mettent beaucoup de sucres dans les produits pour créer de la dépendance
    • expliquer que les industriels cherchent à donner envie aux enfants en utilisant des cadeaux, des musiques, des couleurs ou des personnages pour vendre des produits qui ne sont pas sains ou dont les enfants n’ont pas besoin
    • expliquer aux enfants que certains produits sont mis à leur hauteur exprès pour leur donner envie et que les grandes surfaces vont même jusqu’à les appeler des « sèche pleurs » pour appâter les enfants pendant l’attente en caisse
    • réduire l’exposition aux publicités (ici, solution radicale : on ne regarde que des DVD 🙂 )

 

  • ne pas obliger à finir l’assiette : les enfants savent réguler leur faim et connaissent leurs besoins

 

  • ne pas forcément bannir tous les aliments nocifs :
    •  » le poison réside dans la dose » (une pizza, un fast food, des bonbons de temps en temps ne tueront pas les enfants sur le champ)
    • ce qui est interdit revêt tout de suite un attrait beaucoup plus grand pour les enfants 🙂

 

  • proposer une alimentation aussi équilibrée que possible à la maison dans la mesure du temps et de l’argent disponible chez chacun
    • proposer et proposer encore un aliment refusé (c’est arrivé avec les épinards pour ma fille : elle ne les aimait pas jusqu’à ce qu’elle voit son grand père en manger… elle a eu le déclic : elle les adore dorénavant 🙂 )
    • faire preuve de créativité pour proposer les aliments refusés (mandalas alimentaires, décoration, formes différentes, menus exotiques, repas pris dans une salle différente ou dans une vaisselle différente…)
    • ici, on ne mange aucun laitage et on a réduit la consommation de lait (je n’en bois pas et ma fille de temps en temps quand elle veut un cacao le matin mais c’est assez rare)
    • on n’est pas passé au 100% bio ni au 100% vegan mais on y vient petit à petit
    • j’achète encore quelques gâteaux industriels mais je voudrais adopter de nouvelles habitudes (faire des gâteaux et biscuits le weekend pour les goûters de la semaine par exemple, acheter des gâteaux de marque bio… j’y réfléchis)

 

 

Isabelle Filliozat rejoint Jamie Olivier dans son combat pour des aliments plus sains et moins transformés. Elle ne nous alerte pas seulement sur les risques d’obésité mais aussi sur les liens entre alimentation et troubles du comportement (agitation, hyperactivité…), alimentation et cancer .

il me cherche filliozat

Voici des liens vers des articles d’Isabelle Filliozat sur le sujet de l’alimentation des enfants :

15 informations essentielles sur les effets de notre alimentation (et celle de nos enfants)

Enfant trop agité ? Isabelle Filliozat nous met en garde contre l’alimentation que nous leur donnons.

 

Vous aimerez aussi...

3 réponses

  1. Il fait bougé les choses notre jamie et il y a de quoi faire !
    J’aime beaucoup ces recettes et sa façon décomplexée de cuisiner.
    J’attends avec impatience son prochain livre « superfood » pour cuisiner en famille !!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *