Apprivoiser ses émotions d’adultes : pour une grammaire émotionnelle

Apprivoiser ses émotions d’adultes : pour une grammaire émotionnelle

émotions d'adultes

Ce qu’est une émotion

Une émotion est une réaction d’ordre physiologique qui déclenche une action et mène à s’adapter à une situation en retrouvant un équilibre au service de la vie. Une émotion se différencie d’un sentiment dans le sens où le sentiment est de l’ordre de la pensée plutôt que du corps (psychologique plutôt que physiologique).

Toutes les émotions que nous éprouvons nous font sentir plus vivants et servent à quelque chose ! Une émotion se déclenche dans le corps suite à une perception avec les cinq sens ou des pensées. Une émotion est toujours annoncée par des sensations physiques (en cas de peur, il y a toujours un recul et un mouvement de protection avec les mains; en cas de colère, le souffle devient court et le regard devient menaçant; en cas de joie, il y a un mouvement de rapprochement vers l’autre; en cas de tristesse, il y a repli et souvent larmes; en de dégoût, il y a un mouvement de rejet par la fermeture de la bouche ou la langue tirée…).

Les phases de l’émotion

Les émotions se déroulent en trois phases :

  • charge
  • tension
  • décharge (expression émotionnelle)

Une émotion naturelle et adaptée dure en moyenne 90 secondes. Quand on vit une émotion jusqu’au bout (jusqu’à la décharge), on se sent mieux après.

Il y a problème quand l’énergie mobilisée lors de la charge et de la tension ne peut pas être déchargée : une énergie mobilisée pour agir qui ne s’exprime pas va rester en tension dans le corps.

Les émotions primaires sont au nombre de 6 : joie, tristesse, colère, peur, dégoût, surprise (certains chercheurs y ajoutent la honte et l’amour). Chaque émotion correspond à des besoins non satisfaits et a valeur de message pour attirer l’attention sur ces besoins insatisfaits :

  • la colère : cause -> frustration, injustice, impuissance, violation de l’intégrité (psychique ou physique); besoin -> écoute, compréhension, décharge de l’énergie, changement, réparation;
  • la tristesse : cause -> perte, séparation, échec; besoin -> réconfort, acceptation, expression émotionnelle (ex : pleurer), amour inconditionnel;
  • la peur : cause -> danger, inconnu, insécurité, menace; besoin -> protection, aide, compréhension sécurité, réassurance;
  • la joie : cause -> réussite, émerveillement, rencontre, gratitude; besoin -> partage, lien, réjouissance;
  • le dégoût : cause -> nocivité, viol; besoin -> sécurité, respect, accueil des émotions, justice;
  • la honte : cause -> non alignement avec les valeurs, moquerie, jugement; besoin – > restauration de l’estime de soi et de la valeur personnelle, acceptation, amour inconditionnel.

Ainsi, la colère a une valeur réparatrice pour restaurer l’intégrité et établir des limites. La colère n’est synonyme ni de violence ni de stress.

Par ailleurs, il est possible d’éprouver deux émotions contradictoires en même temps : par exemple, de la tristesse et de la joie lors d’un retour de vacances (de la joie de retrouver la maison et de la tristesse pour la fin de ce bon moment).

Tout ce qui concerne la nature des émotions est valable à la fois pour les adultes et les enfants.

Faire la différence entre stress et émotion

Le mécanisme du stress

Le mécanisme du stress se déclenche dans le cerveau à chaque perception de danger (ou pensée en lien avec le danger). Le stress parasite le système émotionnel parce qu’il active un mode survie prioritaire pour assurer la poursuite de la vie à travers trois grands mécanismes :

  • la fuite (quand le danger est plus grand que soi),
  • l’attaque (quand le danger est plus petit que soi),
  • la prostration (quand ni la fuite ni l’attaque ne sont possibles).

Les sources de stress

Il existe plusieurs sources qui activent le mécanisme du stress :

  • des besoins physiologiques non satisfaits (faim, soif, manque de sommeil…)
  • le manque de mouvement et de contact avec la nature
  • l’insécurité ressentie (danger physique, insécurité financière, maladie, deuil, conflit interpersonnel…)
  • une histoire personnelle peut moduler l’expression du stress (certaines situations peuvent générer un sentiment d’insécurité en activant la mémoire traumatique)
  • une alimentation trop riche en sucres raffinés, en conservateurs, en colorants (lire Des informations importantes au sujet du cerveau des enfants : pourquoi notre cadre de vie est inadapté à plusieurs points de vue)
  • la pollution (pollution de l’air, ondes, perturbateurs endocriniens…)
  • le bruit
  • la saturation visuelle
  • la promiscuité

Ainsi, un enfant qui a faim ou soif est submergé par le stress : son système reptilien crie alerte et il est hermétique à toute tentative de rationalisation ou de mise en perspective. Un enfant hurlant parce qu’il a faim est comparable à une voiture dont le réservoir est vide : ses hurlements sont comme la sonnerie qui alerte qu’il faut passer à la pompe urgemment.

La prévention du stress au quotidien

Une manière de prévenir le stress serait de prendre en compte les sources du stress inhérentes à notre vie dite moderne : une alimentation moins riche en sucres et produits industriels, plus de temps passé dans la nature, une adaptation de l’environnement avec moins de stimulation visuelle/ auditive, plus d’opportunité de bouger, une meilleure prise en compte des besoins physiologiques (par exemple permettre aux enfants de boire en classe).

Tout ce qui contribue à la sécrétion d’ocytocine, hormone du bien être, contribue à la réduction du stress :

  • les contacts physiques avec consentement (massage, câlins, contact avec un animal, caresse sur une matière douce, auto massage…),
  • exercices de sophrologie, de yoga ou encore de pleine conscience,
  • s’accorder de l’auto empathie et de l’auto bienveillance
  • un soutien social de qualité avec des personnes bienveillantes et soutenantes (que ce soit des membres de la famille ou des amis, des groupes virtuels,des réunions associatives, des groupes de soutien à la parentalité…).

La respiration et le retour au corps sont également des outils efficaces pour la prévention du stress au quotidien.

Quoiqu’il en soit, il est important de chercher son bien-être et un développement de soi sans peine et blessure. Cela peut passer par un retrait de la situation stressante (une démission ou une rupture par exemple).

Quand nos émotions d’adultes sont parasitées

Il existe de nombreux mécanismes qui peuvent parasiter le mécanisme émotionnel humain naturel parmi lesquels :

 

 

  • des collections d’émotions (une accumulation de rancunes consécutives à la non expression des petites blessures, des incompréhensions et frustrations… jusqu’à exploser contre d’autres ou contre soi-même)

 

 

  • la projection (on attribue à autrui l’émotion que je ressens moi sans m’avouer que je ressens cette émotion).

On reconnaît une émotion parasitée au fait que, quand on exprime l’émotion, celle-ci n’est pas soulagée et dure dans le temps. Par exemple, si on exprime de la peur au lieu de la colère face à un manque de respect parce qu’on a appris dans l’enfance que la colère est mal, qu’elle est interdite, alors on ne ressent pas de soulagement puisque la colère reste en tension.

Un exercice pour différencier émotion adaptée et émotion inadaptée

Cet exercice pour différencier une émotion appropriée d’une émotion inappropriée a été proposée par Claire Marsot, formée à l’école des intelligences relationnelle et émotionnelle d’Isabelle Filliozat, lors d’une conférence donnée à Saint Etienne lors des Journées pour des Éducations Heureuses.

Claire Marsot nous a invités à mettre par écrit deux types de réactions :

Ecrire une émotion ou une réaction émotionnelle qui a semblé appropriée lors d’une situation vécue  :

QUAND …. J’AI RESSENTI…. J’AI EXPRIME…

Ecrire une émotion ou réaction émotionnelle qui a semblé inadaptée, disproportionnée ou excessive ou alors écrire une situation dans laquelle on est resté sans émotion alors que la situation aurait dû en susciter :

QUAND… J’AI RESSENTI… J’AI EXPRIME…

 

Il s’agira ensuite d’analyser les deux situations afin de comprendre les mécanismes en  jeu :

  • qu’est-ce qui m’a permis de réagir de manière émotionnellement alphabétisée dans le premier cas ?
  • qu’est-ce qui m’a empêché de réagir de manière émotionnellement alphabétisée en lien avec le mécanisme du stress et les parasites émotionnels évoqués plus haut ?
  • qu’est-ce qui a été touché en moi ? où est-ce que ça s’est passé dans mon corps ? qu’est-ce que j’ai pensé ?
  • comment aurais-je pu faire différemment ?
  • de quoi aurais-je eu besoin pour pouvoir faire autrement ?
  • comment faire à l’avenir pour éviter les émotions parasites : les reconnaître quand elles émergent dans le corps et les pensées et éviter de céder à la violence ?

…………………………………………….

Pour aller plus loin :

Que se passe -t-il en moi ? : Mieux vivre ses émotions au quotidien de Isabelle Filliozat (éditions Marabout Poche)

L’A.B.C. des émotions – un guide pour développer force personnelle et intelligence émotionnelle de Claude Steiner (Interéditions)

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