Les enfants ont surtout besoin d’être compris (repenser les comportements dérangeants des enfants)

La double contrainte relationnelle à l’origine de nombreux comportements dérangeants

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Joël Monzée est docteur en neurosciences et a écrit le livre J’ai juste besoin d’être compris. Il écrit qu’un comportement dérangeant est une forme de langage qu’il appartient à l’adulte de décoder pour proposer des mots à l’enfant qui lui permettront progressivement d’exprimer ses émotions et ses besoins avec plus de clarté.

Pour Joël Monzée, les enfants sont traversés par deux besoins fondamentaux qui se percutent : le besoin de lien couplé à un lien de proximité (se sentir appartenir) et le besoin de différenciation couplé à un besoin d’espace (se sentir exister tels qu’ils sont).

Quand un enfant a de la difficulté à gérer son « besoin de lien » en parallèle de son « besoin d’espace », cela entraîne une double contrainte relationnelle à l’origine de nombreux comportements dérangeants. Cette double contrainte peut entraîner, ou réveiller, des blessures d’abandon ou des blessures d’envahissement qui sont mémorisées depuis la petite enfance.

Monzée remarque que, dans ces situations, le niveau d’anxiété des enfants augmente, un sentiment d’échec émerge et qu’ils ressentiront des impressions de menace ou de danger qui déclencheront naturellement des réactions de dépendance (manque de lien manifesté par de l’hostilité et du désengagement envers le parent) et des réactions de contre-dépendance (manque de séparation manifesté par une intense difficulté à se séparer) pour se protéger.

Ainsi, les comportements dérangeants peuvent apparaître chez les enfants pour s’assurer de la présence d’une personne de confiance qui nourrit le besoin de sécurité.

Par exemple, une stratégie d’opposition envers un adulte peut refléter le besoin d’être vu et entendu par l’enfant dans le but de se sentir plus sécurisé. Elle peut aussi refléter l’impression ressentie par l’enfant de se sentir envahi ou trop contrôlé ou pas assez sécurisé. Il arrive souvent que ce type de comportement se déclenche avec le ou les adultes en qui il a le plus confiance.

Apprendre le sens des comportements dérangeants

Il est important de comprendre que les enfants ont autant besoin de lien que de distance.

Cela ne veut pas dire pour autant que tous les comportements sont acceptables (casser, taper, injurier ne le sont certainement pas) mais qu’il est nécessaire d’une part, de raisonner en termes de besoins pour les adultes et d’autre part, de donner accès à l’enfant au sens de ses gestes et aux compétences émotionnelles qui lui permettront de s’exprimer avec respect.

Ce double apprentissage est un processus de log terme. Les enfants ont non seulement besoin de temps, mais aussi d’une présence sécurisante.

Monzée rappelle que, malgré les apparences, l’adulte reste l’attrait le plus fort pour que l’enfant et l’adolescent se sentent en sécurité. Un enfant ou un adolescent préférera toujours une attention négative de la part d’un adulte que l’absence d’attention.

Un jeune qui ne se sent pas en sécurité se désorganisera et réagira de manière souvent inappropriée à un environnement perçu comme insécurisant ou dangereux. Il va chercher un équilibre entre une qualité de présence de l’adulte plus rassurante et des sanctions/ punitions pas trop éprouvantes. Il persévérera dans ses comportements dérangeants tant que le « gain » (en rapport avec ses besoins relationnels) sera plus fort que les désavantages (punition, sanction, répression…).

Toutefois, les adultes sont responsables de la qualité de la relation avec les enfants et adolescents. Il est possible de les amener à mieux comprendre leurs besoins afin d’appliquer des stratégies relationnelles plus adaptées.

Joël Monzée insiste ainsi sur l’importance de la compréhension et de l’empathie à accorder aux enfants. Plus un adulte raisonne en termes de besoins et d’émotions en cherchant à comprendre ce qui se passe pour l’enfant, plus il est capable de faire preuve d’empathie à son égard, moins l’enfant a besoin d’adopter des comportements dérangeants.

Par ailleurs, un enfant a plus de facilités à communiquer ses réels besoins s’il ne sent pas qu’il doit plaire ou satisfaire aux attentes des adultes.

Quand les adultes sont capables d’adopter une posture empathique, les comportements dérangeants disparaissent par eux-mêmes à un moment ou un autre : soit le jeune a appris des solutions plus adéquates pour exprimer ses besoins, soit il n’a plus besoin d’utiliser des comportements inacceptables pour se faire entendre et comprendre.

A l’inverse, plus l’adulte considère les comportements comme des affronts ou des pathologies, plus il sera condamné à utiliser – voire abuser – des interventions coercitives (punitions, luttes de pouvoir, menaces, voire violence physique). Or ces mesures considérées comme éducatives induisent elles-mêmes d’autres comportements dérangeants et ne font que renforcer le cercle vicieux de l’autoritarisme et de l’incompréhension menant fatalement à une forme de violence (émotionnelle et/ou physique).

Pour autant, Joël Monzée rappelle que les lois et les règles se doivent d’être respectées et que tout l’art de l’approche bienveillante est de trouver un équilibre entre l’accueil inconditionnel des émotions et le rappel régulier des consignes.

La bonne nouvelle est que la plasticité du cerveau permet aux enfants d’améliorer la qualité de leurs compétences émotionnelles et relationnelles à partir du moment où ils trouvent un adulte qui sait répondre à leurs vrais besoins affectifs.

Ainsi, la qualité de présence et la bienveillance des adultes peuvent contribuer à la construction des habiletés affectives et au renforcement de sa résilience, alors que des personnes malveillantes pourront entraîner de lourdes cicatrices psychologiques, voire physiques, puisque l’on a trouvé des traces de maltraitance sur l’enveloppe de l’ADN des neurones. – Joël Monzée

rappelons encore une fois que ce processus demande beaucoup de temps et d’attention de la part de l’adulte, car l’enfant ne peut pas s’exprimer comme un… adulte justement

Des activités psychomotrices et du jeu pour cesser de « fabriquer » des comportements dérangeants

Monzée souligne l’importance des activités psychomotrices sur un mode ludique pour aider les enfants à prendre progressivement conscience d’eux-mêmes et des autres. Plus un enfant ou adolescent est conscient de ce qu’il vit dans son corps (ses sensations, ses émotions), mieux il peut nommer ses besoins et trouver un moyen d’expression approprié.

Cela peut par exemple passer par des jeux simples de ballon (échanger des passes au pied entre un adulte et un enfant). Il convient, dans un premier temps, de poser le cadre et les règles à respecter pour que le jeu perdure (ex : viser les jambes, jouer à l’extérieur ou dans une pièce adaptée sans choses précieuses à casser…).

Progressivement, selon la « température », au « feeling », il sera possible d’introduire des éléments modulateurs :

  • prendre des temps de pause au bout de x minutes de jeu pour alterner les deux besoins relationnels (lien et séparation);
  • intégrer des règles du jeu plus complexes (faire x passes d’affilée, alterner les passes du pied gauche et du pied droit…),
  • proposer un temps d’introspection lors des pauses (faire un retour à soi sur ce qui se passe dans le corps : où est-ce que ça se passe ? comment ça fait ?);
  • partager sous forme de mots les sensations identifiées lors de l’introspection.

Ce type d’approche psychocorporelle permet à l’enfant de vivre ses besoins de lien, mais aussi de séparation pour exister à part entière.

Une approche ludique mettant en jeu le corps permet aux enfants et adolescents qui ne savent plus s’exprimer autrement que par des comportements dérangeants de mieux se comprendre eux-mêmes et d’ajuster leurs interactions avec les autres.

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Source : J’ai juste besoin d’être compris ! Comprendre les comportements dérangeants chez l’enfant et l’adolescent de Joël Monzée (éditions Le Dauphin Blanc). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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1 réponse

  1. Finalement il y a toujours une raison derrière un comportement. Un enfant essaye rarement de nuit simplement. Souvent il s’agit soin un besoin non satisfait (amour, sommeil, etc.) soit comme dit plus haut un problème d’attention.

    Parfois on les voit bouder ou devenir agressif (Comme ici : https://www.parentalitezen.com/comment-gerer-les-caprices-et-les-coleres/) En y réfléchissant bien, on se rend compte qu’ils souhaitent juste qu’on les comprennent. N’hésitez pas à leur dire que vous comprenez : « Je vois que t’enerves car ça ne t’as pas plus qu’on arrête de jouer ».

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