Une société malade de ses enfants ?

La place de l’enfant dans nos sociétés est paradoxale : de fragile à trop puissant !

La précocité des sanctions, de l’éducation, voire de rééducations, va de pair avec la diminution du plaisir d’être avec l’enfant, de la tolérance sociétale envers les manifestations de l’enfance : expressions bruyantes, mouvements, désordre, mouillures… – Sylviane Giampino

On ne tolère plus ce qui demande du temps. Les découvertes des années 1980 sur l’intelligence précoce des bébés se sont retournées contre eux ! Les jeunes enfants d’aujourd’hui doivent répondre très tôt aux exigences d’acquisition attendues par les parents, les soignants et les enseignants. Certains réduisent même cette intelligence précoce à des « compétences » à acquérir précocement dans un temps dicté par les exigences sociales, culturelles et marketing…

Non seulement les adulte attendent des bébés et des enfants des aptitudes qui nécessitent du temps (celui de l’enfance justement) pour se développer, mais ils traquent également l’existence d’éventuels décalages par-rapport aux normes de ces acquisitions calibrées. Sylviane Giampino écrit même : « Dérapages de plus considérés non seulement comme des retards mais comme des déviances, des maladies. »

Cette tentation d’éradiquer les inachèvements de l’enfance va de pair avec l’éradication de la fragilité humaine dans la vie des grands. C’est pourquoi il est précieux pour tous de redonner de l’espace à ceux qui sont vulnérables. – Sylviane Giampino (psychanalyste et psychologue)

Pour Sylviane Giampino, la fragilité et le temps sont constitutifs de l’humanité. La place accordée à la fragilité et au temps sont même pour elle des questions d’éthique.

Il devrait y avoir une place dans les écoles, les crèches, le travail, les loisirs, la société pour les temps de folie, les passages difficiles, les moments de dépression, la perte de performance et de rentabilité. Véhiculer l’interdit de souffrir est perturbateur : les peines sont à partager, pas forcément à soigner.

 

Les enfants « dérangeants » : des enfants déviants ?

Taire et nier les langages sous jacents, étouffer les symptômes des enfants en difficulté et qui mettent en difficulté les adultes ainsi que les institutions est nocif pour la société dans son ensemble. Le symptôme est un langage, un appel, un signal. Il est aussi la création d’une réponse que l’enfant a inventée à sa difficulté, qu’il faut prendre au sérieux, comprendre, avant de lui demander d’en changer.

En psychologie, si le problème cède avant que quelqu’un reçoive ce que l’enfant tente d’élaborer, avant que l’enfant lui-même ressente son malaise, le problème va se déplacer ailleurs. Et la souffrance sous-jacente poursuivra son chemin de minage de la personnalité.

Il ne faut pas céder à la facilité,  à la séduction qui consisterait à calmer les angoisses d’une société, à calmer les grands en donnant des calmants aux petits. Faire taire le symptôme de enfants, par le conditionnement, par la peur ou les médicaments, est une façon de médicamenter les parents et les éducateurs-enseignants, de les mettre sous « incapacitants de penser », comme les qualifiait Edouard Zarifian. Faire en sorte que rien n’interpelle, ne bouscule les petits arrangements inconscients, névrotiques ou pervers, des adultes et des institutions. – Sylviane Giampino

Des causes biologiques à la violence ?

Notre société a tendance à imposer le fait que la violence est plus explicables par des causes biologiques que par des causes sociales. Or de nombreuses études montrent le rôle de l’environnement socio-économique, de la pauvreté et de la maltraitance pendant l’enfance dans l’émergence de comportements psychopathes (voir les annexes du livre de Sylviane Giampino).

Par ailleurs, les IRM (imagerie par résonance magnétique) ne permettent pas d’établir de relation de cause à effet entre la structure du cerveau et les comportements violents, antisociaux ou criminels. L’IRM n’a ni valeur de diagnostic ni de prédiction sur l’émergence de tel ou tel comportement. Elle n’apporte aucune information sur les motivations et les pensées d’un criminel au moment de l’action.

Attribuer des causes exclusivement ou majoritairement biologiques à la violence comporte le risque de nous désengager d’attitudes chaleureuses, bienveillantes, accueillantes dans l’éducation des bébés, des enfants et des adolescents (puisqu’elles ne serviraient à rien…).

Enfin, cette conception est en totale contradiction avec les connaissances sur la plasticité du cerveau qui se développe et se façonne en permanence en interaction avec l’environnement !

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Source : Nos enfants sous haute surveillance : évaluations, dépistages, médicaments de Sylviane Giampino et Caterine Vidal (éditons Albin Michel). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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