Comment fonctionnent les méthodes de dressage au sommeil (et pourquoi les éviter) ?

Comment fonctionnent les méthodes de dressage au sommeil (et pourquoi les éviter) ?

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Rosa Jové est une pédopsychiatre espagnole et a écrit le livre Dormir sans larmes dans lequel elle dénonce les méthodes de dressage au sommeil (du type 5-10-15 qui consistent à laisser les bébés pleurer de plus en plus longtemps pour qu’ils s’habituent à s’endormir tous seuls et à l’heure décidée par les adultes). Les méthodes de dressage au sommeil ont pour point commun de laisser pleurer les bébés et jeunes enfants tous seuls pour leur « apprendre à dormir ».

Dans son livre, Rosa Jové explique les principes des méthodes de dressage au sommeil et en quoi elles sont nocives aux bébés et aux enfants.

Etape n°1 : créer la pathologie de toutes pièces, semer la panique dans la tête des parents

Rosa Jové regrette que de faux espoirs soient nourris chez les jeunes parents quant au sommeil des bébés. Elle cite plusieurs études qui vont dans le sens d’un sommeil troublé chez les jeunes enfants comme étant la norme. Elle rappelle que pendant la première année de vie, le sommeil est fréquemment interrompu par des moments de veille qui vont d’une minute à une heure et que le sommeil entre 3 et 5 ans, bien que mieux organisé, soit encore fréquemment marqué par des difficultés d’endormissement, des réveils la nuit, des cauchemars et des peurs liées au noir.

Elle ajoute que le sommeil est un processus évolutif et que tout enfant en bonne santé dormira parfaitement un jour ou l’autre… pourvu qu’on ne touche pas à cette évolution naturelle !

Rosa Jové accuse certains pédiatres de créer des pathologies du sommeil du nourrisson de toutes pièces pour « vendre » des méthodes. Elle démonte par exemple l’argument selon lequel les petits dormeurs finiront par le payer en centimètres et en kilos en moins. L’hormone de croissance est en effet sécrétée pendant la phase de sommeil profond mais aucune étude n’a prouvé de différence de croissance entre un enfant gros dormeur et un petit dormeur. Ce qui peut affecter la croissance d’un enfant,  c’est le stress et le traumatisme (l’hypothèse est que les enfants traumatisés restant toujours en alerte, leurs phases de sommeil profond seraient écourtées).

Les parents qui ne se bercent pas de faux espoirs et d’idées erronées sont précisément ceux que les nuits de sommeil de leurs enfants n’obsèdent pas – même s’ils se réveillent autant que les autres. – Rosa Jové

La pédopsychiatre continue en disant que la nuit de sommeil ininterrompue n’est pas idéalisée dans toutes les cultures comme elle l’est chez nous. C’est la même chose pour la volonté de faire dormir un bébé seul dans sa chambre aussi tôt que possible  au point que le cododo est considéré comme une mauvaise habitude et que la plupart des parents qui le pratiquent doivent s’en justifier ou, pour avoir la paix, s’en cacher.

Ainsi, les méthodes de dressage au sommeil ont comme techniques marketing de faire croire au plus grand nombre qu’un bébé qui ne dort pas souffre d’une grave pathologie et que si les parents n’y mettent pas la hola, le bébé en souffrira toute sa vie parce que sa taille, son poids, ses résultats scolaires et ses habitudes de sommeil seront à tout jamais perturbés (alors que, précisément, ce sont les méthodes de dressage qui créent du stress et font peser des dangers sur la santé future de l’enfant).

 

Etape n° 2 : déshumaniser l’enfant (et le dépersonnaliser)

Une fois que les parents sont convaincus que leur bébé a un grave problème, il reste aux tenants des méthodes de dressage au sommeil à déshumaniser le bébé pour accepter de faire passer la pilule (sinon comment une personne sensée pourrait-elle accepter de faire du mal volontairement à un bébé en le laissant pleurer seul des minutes durant ?).

Il est en effet plus facile d’agir contre quelqu’un si on commence par le priver de son statut de personne.

Rosa Jové dénonce le fait que la plupart des manuels de dressage au sommeil ne parlent pas des bébés comme des êtres humains à part entière, avec une sensibilité toute personnelle et des droits humains fondamentaux, mais comme des propriétés de leurs parents (comme si le fait d’appartenir à ceux qui s’en occupent justifiaient que les derniers n’écoutent pas les souffrances des premiers).

 

Etape n° 3 : méconnaître les signaux envoyés par les bébés sur leurs besoins fondamentaux

Qu’est-ce qui peut bien empêcher une mère d’aller vers son enfant quand il l’appelle ? Ce n’est pas la pathologie qu’on lui prête (puisque la majorité des mères accourent quand leur enfant est malade), ni la pensée que le petit lui appartient – puisque dans ce cas-là  elle le prend dans ses bras sans arrière-pensée. Non, pour qu’elle le fasse, il faut la convaincre de méconnaître les signaux de l’enfant, il faut faire en sorte qu’elle se sente trompée et rejetée par son bébé : d’où cette troisième étape. – Rosa Jové


Pour diverses raisons, les adultes oublient que les jeunes enfants ont des besoins spécifiques et peuvent se laisser convaincre que les bébés sont des manipulateurs nés. Parmi ces raisons, on peut citer :

  • le blocage de la mémoire d’enfance (voir les notions de dissociation et de mémoire traumatique)
  • l’adultisme (le fait que les adultes ont plus de droits que les enfants, que les enfants doivent se plier à la volonté des adultes qui savent mieux ce qui est bon pour les enfants que les enfants eux-mêmes)
  • le fait que certains parents voient dans la déviation des comportements de leurs enfants de la norme leurs propres échecs (conduisant à faire porter la responsabilité de ce supposé écart à la norme à l’enfant et à utiliser tous les moyens pour parvenir à un retour à la supposée norme)

Tout ce que [l’enfant] demande, c’est nous, notre présence, et il n’y a là aucune manipulation. Il utilise ce qui est à sa portée pour nous faire connaître ce besoin, voilà tout.

 

Etape n° 4 : trouver des justifications pour les échecs de ces méthodes de dressage au sommeil

Comme la plupart des vendeurs de techniques de dressage au sommeil vendent l’idée qu’elle fonctionne, il leur faut trouver des justifications en cas d’échec. Ils utilisent volontiers la culpabilisation des parents et d’établir très strictes dont il ne faut déroger sous aucun prétexte au risque de faire échouer l’ensemble de la méthode.

On trouve parmi la série des normes inflexibles qu’il faut toujours suivre, sans en oublier aucune, quelques exemples :

  • si une seule fois, le parent a le malheur de donner à boire à un enfant qui le réclame alors qu’il est déjà au lit, c’est fichu
  • si le parent craque et chante une chanson ou prend l’enfant par la main quand celui-ci pleure, alors le parent a forcément perdu la partie

 

Etape n° 5 : provoquer un choc émotionnel (peur et stress) chez les bébés; plus le bébé étant petit, mieux c’est

Rosa Jové rappelle pourquoi les méthodes de dressage au sommeil fonctionnent mieux avec les nourrissons : plus l’enfant est jeune, plus il a peur. Voilà pourquoi les tenants de cette méthode rabâchent sans cesse que si le problème de sommeil n’est pas résolu avant 5 ans, il ne se résoudra jamais…

Toutes ces méthodes faciliteront à la longue le coucher puis l’endormissement de l’enfant devenu docile – mais n’allez surtout pas en déduire qu’il a appris à dormir. Non : seulement à se soumettre et à s’auto droguer. – Rosa Jové

Les enfants qu’on laisse pleurer seuls peuvent pleurer indéfiniment… jusqu’à ce que l’amygdale (siège des émotions dans le cerveau) lâche prise. La nature a mis en place un système qui évite au corps de « disjoncter » en cas de stress intense (stress -> cortisol -> accélération du coeur -> impossibilité de fuite + pas de réconfort = risque cardiaque -> amygdale disjoncte pour éviter l’arrêt du coeur -> sécrétion d’endorphines et sérotonine -> atténuation du système d’alarme).

Etant donné que le développement cérébral intervient pendant les premières années de la vie, il est plausible de considérer que des traumas à répétition causés par les altérations chimiques suivant de longs moments de pleurs, des situations d’angoisse de séparation non résolues ou d’autres situations de réactions à la peur peuvent favoriser chez l’individu adulte des dysfonctionnements émotionnels et comportementaux.

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Source : Dormir sans larmes : Les découvertes de la science du sommeil de 0 à 6 ans de Rosa Jové (éditions Les Arènes). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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