Il existe une différence fondamentale entre aimer un enfant et lui manifester de l’amour.

Il existe une différence fondamentale entre aimer un enfant et lui manifester de l’amour.

Il existe une différence fondamentale entre aimer un enfant et lui manifester de l'amour

Christine Dimajo Donati est journaliste et coach dans la communication et les relations humaines. Elle est l’autrice du livre Quand tout devient enfin facile avec nos enfants (édition Josette Lyon). Dans cet ouvrage, elle affirme qu’il existe une différence fondamentale entre aimer un enfant et lui manifester de l’amour.

Elle rappelle l’histoire célèbre d’un orphelinat roumain sous le régime totalitaire des années 50. Pour des raisons sanitaires, les infirmières qui s’occupaient des bébé nés prématurés n’étaient pas autorisées à les prendre dans leurs bras. Elles ne leur parlaient pas et les touchaient le moins possible.Le taux de mortalité dans cet orphelinat était très important mais un fait étonnant a attiré l’attention du personnel soignant. Seuls les deux bébés dont les lits étaient situés près de la porte survivaient systématiquement. Il s’est révélé qu’une infirmière de nuit quittait son service tous les matins en caressant les deux nourrissons placés près de la porte et en leur disant au revoir avec tendresse.

Cette histoire est souvent citée en exemple pour expliquer que la survie d’un bébé passe non seulement par la satisfaction de ses besoins physiologiques (nourriture, changes, repos…) mais également par des manifestations d’amour : tous les humains, dès la naissance, ont besoin de se sentir aimés. La négligence affective est une forme de violence.

Or Christine Dimajo Donati rappelle que l’amour pour un enfant ne se mesure pas à ce que le parent ressent et donne, mais à ce que l’enfant perçoit. Il peut exister une grande différence entre ce que le parent croit montrer et ce que l’enfant vit. En effet, l’enfant n’est pas pré-équipé pour décoder les messages virtuels que ses parents croient transmettre. Il a besoin de voir, d’entendre, de ressentir dans sa chair l’amour de ses parents.

Ce décalage entre l’expérience des parents et l’expérience des enfants peut avoir trois origines :

  • L’absence de manifestation d’amour.
  • L’amour est implicite, mais non exprimé.
  • L’amour conditionnel.

L’absence de manifestation d’amour.

Penser que nos enfants savent bien qu’on les aime et qu’il est donc inutile de le leur dire, ou en faire l’impasse parce qu’on n’a pas le temps ou des soucis, empêche la construction d’une sécurité affective solide chez les enfants.

Il apparaît que l’absence de manifestation d’amour peut générer chez les enfants un sentiment permanent d’insécurité affective (comme si l’acte d’amour n’était pas spontané et permanent, mais dépendait d’un comportement ou d’un contexte). Cette absence peut également mener à des questions sans réponse :

  • faut-il être méritant.e pour être aimé.e ?
  • faut-il exprimer son amour en premier pour obtenir de l’amour en réponse ?
  • faut-il donner pour recevoir ?

Les manifestations d’amour passent nécessairement par les cinq sens. Dès sa naissance (et même avant, encore dans le ventre de sa mère), le nourrisson perçoit l’amour de ses parents quand il entend leurs voix douces, quand il sent sur sa peau la chaleur de leur peau, quand il touche en tétant et en malaxant avec ses mains, quand il goûte avec sa bouche, quand il est suffisamment collé à ses parents pour sentir leur odeur, quand des regards tendres s’échangent. Lorsque les sens sont en éveil, l’enfant est mis en contact avec un très fort sentiment de protection et de sécurité. Ces sentiments viennent nourrir des besoins affectifs et relationnels fondamentaux nécessaire à un développement harmonieux.

Au fur et à mesure que les enfants grandissent, ils ont besoin d’autres signes d’amour : des câlins, des rires partagés, des joies entendues et partagées, des moments de jeux, des encouragements verbaux et non verbaux, du réconfort, de l’écoute.

Même à l’adolescences, les grands enfants ont encore le besoin vital d’être compris, soutenus, aimés, acceptés. Cela passe par exemple par le fait d’entendre leurs projets de vie ou simplement de faire du sport avec eux.

A tous les âges de sa vie, votre enfant appréciera ces manifestations d’amour inconditionnel. – Christine Dimajo Donati

Il nous reste alors à adapter nos manifestations d’amour en fonction de l’âge, du caractère et des besoins de chacun de nos enfants.

L’amour est implicite, mais non exprimé.

Il existe un écart entre ce que le corps dit – les expressions du visage, l’intonation de la voix, le regard – et ce que les mots expriment. Il faut savoir que l’enfant va surtout être sensible à la communication non verbale (le ton de la voix, les postures du corps, les mimiques du visage…).


Contrairement à ce que la plupart des personnes pensent, ce sont nos gestes et nos actes qui donnent le sens de notre message. Aimer un enfant, c’est lui témoigner de l’attention, de l’intérêt, du respect, dans tous les actes de la vie quotidienne, et ce, même si nous ne sommes pas d’accord avec ce qu’il fait ou ne fait pas. – Christine Dimajo Donati

Christine Dimajo Donati nous invite à être vigilant.e.s sur la forme utilisée pour manifester notre amour à nos enfants. Chez les personnes en panne d’estime de soi qu’elle reçoit en consultation, elle raconte souvent retrouver des ex-enfants qui, sans avoir été maltraités physiquement, n’ont pas reçu de leurs parents suffisamment de tendresse, de reconnaissance, d’attention et de bienveillance.

L’amour conditionnel.

Quand un enfant est aimé conditionnellement, il est aimé pour ce qu’il fait et non pas pour ce qu’il est. Cette dérive est très souvent inconsciente chez le parent qui ne se rend sincèrement pas compte que ses manifestations d’amour sont conditionnées par l’attitude de son enfant.

L’amour conditionnel véhiculé par les systèmes punitions-récompenses, par le chantage ou les menaces, par les violences physiques (fessées, claques, tape sur les doigts…) ou encore par la maltraitance émotionnelle et/ou verbale a plusieurs conséquences néfastes :

  • Un enfant qui expérimente très tôt et de manière répétitive qu’il n’est pas apprécié dès qu’il ne fait pas ce que ses parents attendent de lui en déduit vite que l’amour est conditionné par ce qu’il fait ou ne fait pas. Cet enfant adopte donc la croyance que c’est dans sont intérêt de répondre aux attentes (aujourd’hui de ses parents, demain de quiconque en position d’autorité) pour se faire aimer.
  • Un enfant non apprécié peut passer sa vie à courir après la “reco-naissance” de ses parents pour se sentir aimé, apprécié, respecté… au risque de perdre de vue ses propres valeurs et objectifs, ses propres besoins, ses propres émotions.
  • Devenu parent à son tour, un ex-enfant qui a toujours été aimé de manière conditionnelle éprouvera de la difficulté à manifester un amour inconditionnel pour ses enfants. Le risque pourrait être de manifester très peu d’amour, puisque c’est le modèle reçu, ou au contraire, d’étouffer ses enfants sous un amour débordant, en opposition au modèle vécu, pour compenser l’amour qu’il n’a pas reçu et dont il a manqué.
  • Un enfant qui a toujours reçu de l’amour conditionnel peut aussi en déduire que l’amour ne sert à rien. N’ayant jamais reçu de preuves d’amour, l’enfant va bannir ce sentiment de sa vie. Il peut développer des comportements agressifs – voire violents – contre lui-même et contre les autres, puisque l’amour n’existe pas dans son expérience personnelle.

 

Il est important de raisonner en termes de manifestations d’amour

En aimant nos enfants, nous leur apprenons à s’aimer eux-mêmes.

La façon dont le parent donne de l’amour va modeler la capacité de l’enfant à se sentir aimé, à s’aimer lui-même et à aimer les autres tout au long de sa vie. – Christine Dimajo Donati

Quand un enfant se sent en sécurité affective, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, il sait pour toute sa vie qu’il lui suffit d’exister pour être aimé. Même s’il n’en a pas conscience, il se vit comme une personne importante aux yeux de ses parents et donc aux yeux du monde. Cette croyance favorise une plus grande estime de soi et une meilleure confiance en soi, en ses talents, en ses qualités et en ses capacités à progresser, à entreprendre, à contribuer au monde.

Cette paix intérieure héritée de cette sécurité affective et de cette profonde confiance va alors pouvoir venir féconder une paix collective.

 

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Source : Quand tout devient enfin facile avec nos enfants : une méthode simple et efficace au quotidien pour retrouver l’amour et la bonne humeur à la maison de Christine Dimajo Donati (éditions Josette Lyon). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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1 réponse

  1. Merci pour votre article.
    On ne se rend pas forcément compte de notre façon d’aimer.
    Comme en communication quand on souhaite quelque chose, il et important de le verbaliser, de cesser d’espérer que l’autre devine ce qu’il y a dans notre tête… l’Amour n’échappe pas à cette règle!
    Lorsque je travaillais en foyer pour mamans en difficulté j’ai souvent entendu « mais il/elle sait que je l’aime, c’est évident, je suis sa mère ! » … et pourtant non, l’enfant ne le savait pas, il avait besoin de l’entendre, de le voir, de le sentir !
    Alors merci pour ce rappel.

    Bien à vous

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