Ma fille s’énerve quand elle ne réussit pas quelque chose : comment je réagis ?

Ma fille s’énerve quand elle ne réussit pas quelque chose. 

Ma fille a tendance à s’énerver quand elle ne réussit pas quelque chose. Elle voudrait tout savoir faire du premier coup et entre dans des crises de rage quand elle n’y arrive pas. Elle peut déchirer ses feuilles, lancer ses crayons, crier, pleurer, taper du pied.

Isabelle Filliozat explique que c’est un passage que certains enfants vont vivre plus ou moins intensément et durablement (surtout les petites filles). Ma fille est par ailleurs précoce et c’est une caractéristique de ces enfants-là : ils supportent encore plus mal la frustration.

Au début, j’essayais de la raisonner, de lui dire que ce n’est pas la peine de se mettre dans ses états-là mais ça ne faisait qu’empirer les choses.

Maintenant, j’ai appris à mieux l’accompagner dans ses crises qui sont heureusement de moins en moins fréquentes. Elle a 5 ans et demi et je pense que l’âge joue en notre faveur : elle arrive mieux à maîtriser les gestes de sa main, elle dessine et colorie mieux, elle écrit mieux, elle n’a plus de problème pour s’habiller, elle sait casser les oeufs sans mettre de coquilles dans le plat… autant de choses qui la mettaient dans des états pas possibles il y a encore quelques mois.

Pendant la crise

  • J’évite les phrases du type « c’est pas grave« , « c’est rien« , « c’est pas la peine de t’énerver« , « calme toi‘. »

Pour l’enfant, c’est grave ! Et de toute façon, son cerveau est trop immature pour qu’il soit capable de se calmer seul.

émotions enfants éducation

 

  • Je l’accompagne sans m’énerver ou faire à sa place.

Isabelle Filliozat conseille de respirer un bon coup face à ce type de crises et de regarder l’enfant pester et rager. On pourra redonner une feuille à l’enfant s’il s’énerve au moment de dessiner et rester à côté de lui à chaque fois qu’il recommence jusqu’à ce qu’il réussisse.

On pourra l’accompagner de paroles compréhensives mais pas intrusives ni jugeantes :

C’est énervant quand ça ne se passe pas comme tu veux.

Cela peut être difficile de…

Recommence autant de fois que tu en as besoin, tu peux y arriver même si ça prend du temps.

Tu peux être fâché(e) mais je ne te laisserai pas jeter tes affaires. Tiens, voilà une autre feuille. 

  • J’apporte une aide utile

L’aide utile est celle dont l’enfant a besoin, pas celle qui est imposée ou celle qui fait à la place. On pourra demander à l’enfant s’il a besoin d’aide, on attendra d’avoir sa permission avant de lui donner un conseil sous forme de proposition :

est-ce que tu serais d’accord pour que je t’aide ?

et si tu essayais comme ça ?

qu’est-ce que ça donnerait si tu faisais comme ça ?

Lire cet article en complément : Comment doser notre aide pour aider utilement nos enfants (inspiré de la pensée Montessori) ?

 

  • La crise est très forte et dégénère en accès de violence

Un enfant qui se met en colère parce qu’il ne réussit pas à atteindre un objectif qu’il s’est fixé est normal, dans le sens où l’enfant extériorise sa douleur. En revanche, si l’enfant se montre violent et a des gestes qui partent dans tous les sens comme s’il n’arrivait plus à se contrôler, c’est qu’il a accumulé trop de stress : ce n’est plus de la colère, c’est de la décharge de stress.

Isabelle Filliozat utilise l’expression : « On a mis du carburant de Porsche dans son cerveau ». Dans ce cas, l’enfant a besoin de l’aide d’un cerveau d’adulte capable de réfléchir sans se laisser submerger par des émotions : c’est aux adultes de contenir physiquement l’enfant sans lui faire mal.

Les causes de cette crise de violence vont au delà du déclencheur : peut-être de l’insécurité à l’école/ à la crèche/ chez la nounou/ dans le couple des parents/ dans la famille (exemple : l’arrivée d’un bébé), des changements comme un déménagement/ la perte d’un proche ou d’un animal… Toute une batterie d’émotions non entendues, non formulées et non comprises ressortent après avoir été accumulées. L’enfant a alors besoin d’être « rassemblé » physiquement pour se sentir en sécurité.

Après avoir maintenu l’enfant le temps que la crise passe, il s’agit alors de partir à la recherche des blessures non exprimées de l’enfant et d’écouter ce que cela pourrait être :

qu’est-ce que mon enfant est en train de me dire par ce comportement ?

En dehors de la crise

  • Passer par le jeu pour dédramatiser les erreurs

Il se peut que quelqu’un dans l’entourage de l’enfant (dans la famille ou à l’école) soit trop exigeant. L’enfant ressent cette pression de bien faire et ne se donne pas la permission de faire des erreurs. On va alors redonner cette permission à l’enfant par le biais du jeu.

On pourra faire un concours d’erreurs lors d’un jeu par exemple : celui qui gagne est celui qui fait le plus d’erreurs. On insistera bien là-dessus : « je veux plus d’erreurs ! »

On pourra aussi se raconter nos erreurs à la fin de la journée ou de la semaine :

Je vais te raconter ma plus grosse erreur de la journée/ de la semaine. Et toi, quelle erreur as-tu fait aujourd’hui ? qu’est-ce que tu as ressenti ? tu as appris quelque chose ? comment tu vas faire la prochaine fois dans cette même situation ?

 

  • Des phrases à dire pour aider les enfants à surmonter leur peur de l’erreur et de l’échec

Voici quelques exemples de phrases à dire aux enfants pour les aider :

Plus on fait d’erreurs, plus on essaie. 

Il n’y a jamais d’échec, il n’y a que des expériences.

J’ai confiance en toi.

Plus tu vas t’entraîner, plus tu augmentes tes chances de réussir.

Tu as continué, même quand c’était dur.

On ne peut pas s’améliorer tant qu’on n’a pas fait un premier pas. La 40ème essai sera meilleur que le premier.

Tu n’y arrives pas ENCORE.

Lire cet article pour plus de phrases à répéter à nos enfants pour les aider à surmonter la peur de l’échec : ici.

 

  • Les neurones miroirs activés quand nous nous énervons nous-mêmes face à quelque chose que nous n’arrivons pas à faire

Quand les enfants nous voient agir et réagir, leurs neurones miroirs s’activent : c’est comme s’ils faisaient eux-mêmes cette action. C’est ainsi que les attitudes et comportements auxquels les enfants sont exposés deviennent leurs propres habitudes.

Notre exemplarité parentale est cruciale dans la modélisation des comportements des enfants en raison de la présence de ces neurones miroirs. Si nous avons tendance à perdre patience face à quelque chose que nous n’arrivons pas à faire, nos enfants auront tendance à reproduire ce même comportement.

Nous pouvons alors montrer aux enfants quelques techniques de respiration (des exercices ici ou ici) ou comment nous accueillons et verbalisons notre colère pour ne pas y céder (voir des exemples ici).

Voir cette vidéo qui explique le fonctionnement des neurones miroir.

 

Une autre piste à creuser : tout n’est pas toujours psychologique

Isabelle Filliozat met en garde contre plusieurs aliments qui peuvent déclencher des crises de violence chez les enfants :

  • le sucre

Les industriels ont augmenté le taux de sucres présent dans les recettes de gâteaux. Isabelle Filliozat affirme : « Les enfants d’aujourd’hui n’ont pas le même carburant que les enfants d’hier. »

  • le gluten
  • le lait
  • les additifs et colorants alimentaires
  • le sel
  • le phosphate
dangers aliments santé enfants

Illustration extraite du livre « Il me cherche » d’Isabelle Filliozat

Certains additifs sont susceptibles de déclencher des comportements d’hyperactivité et des troubles de l’attention chez les enfants. L’Union Européenne a forcé les industriels à apposer des avertissements sur les effets néfastes pour la santé sur les étiquettes de certains aliments.

Certains enfants peuvent se montrer particulièrement irritables quand ils « ont les vers ». Le vermifuge peut être une option à explorer.

…………………………………………………………………………………..

Pour aller plus loin sur les sujet des crises émotionnelles, de la colère et de toutes les autres émotions des enfants, je vous recommande le livre d’Isabelle Filliozat « Au cœur des émotions de l’enfant« .

Commander AU COEUR DES EMOTIONS DE L’ENFANT sur Amazon.

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8 réponses

  1. Lisa dit :

    Cet article est vraiment très intéressant mais il semble surtout concerner des enfants de+ de 3 ans. Mon petit garçon a 15 mois et s’énerve aussi quand il n’arrive pas à faire quelque chose et du coup comment l’aider?
    Merci,
    Lisa

    • Caroline dit :

      Bonsoir Lisa,

      je me rends compte que je ne vous ai pas répondu depuis le mois d’août… je m’en excuse.

      A son âge, votre petit garçon est en train de faire de nouvelles expériences : peut-être pouvez-vous lui proposez des activités de motricité fine ou des occasions de vous aider, de vous imiter pour qu’il affine ses sens et la coordination de ses mouvements. Vous pouvez aussi aménager l’environnement pour qu’il rencontre le moins d’obstacles possibles (mettre des choses à sa hauteur, lui proposer une tour d’observation, mettre un panier à découvertes à sa disposition…).

      Je peux vous proposer cet autre article en complément : http://apprendreaeduquer.fr/aider-utilement-enfants-montessori/

      J’espère avoir pu vous apporter quelques éléments de réponse.

      Caroline

  2. Antoine dit :

    J’ai une fille de 18 mois qui s’énerve très rapidement lorsqu’elle n’arrive pas à faire ce qu’elle veut. Je suis comme ça moi aussi, je pense que cela vient de là.
    Jusqu’à maintenant, j’avais tendance à lui dire que ce n’était pas grave et que ce n’est pas en s’énervant qu’elle allait y arriver mais après avoir lu cet article je vais tenter de l’accompagner. Merci !
    En y réfléchissant, si quelqu’un me disait les phrases que je lui dit lorsque je suis énervé cela ne me calmerait pas, bien au contraire. L’approche accompagnatrice serait plus efficace sur moi, j’espère que sur elle aussi 🙂

  3. ANSANAY dit :

    Bonjour,
    Je cherche des pistes depuis longtemps pour aider mon fils de 11 ans.
    Depuis toujours il fait preuve de nombreux comportements excessifs qui deviennent de plus en plus difficiles à vivre. (bruits permanent et agitation motrice constante).
    J’ai beaucoup puisé dans l’écoute des émotions pour tenter de l’apaiser mais je me heurte à la difficulté d’entrer en contact réel avec lui.
    En effet, il a une attitude « jamais disposé à écouter », comme si il n’avait jamais de temps pour rien, que quelque chose le presse.
    Cette attitude se traduit par une déficience d’attention tout le temps, à l’école notamment.
    Les bilans neuro psy et psychomoteur que l’on a mené sont toujours mitigés (ni complètement hyper actif, ni en déficit d’attention, ni précoce totalement mais un peu … ) et ils en reviennent à la surcharge émotionnelle.
    Comment l’aider ????
    il s’enfonce dans des attitudes d’hyper excitation, manque de respect, insolence, et pleurs très fréquents.

    Merci à tous de partager vos expériences sur le sujet.

    Laetitia

    • Caroline dit :

      Bonjour

      je reconnais un peu ma fille – diagnostiquée Haut Potentiel – dans ce que vous décrivez (on a d’ailleurs rendez vous prochainement pour un éventuel dépistage d’hyperactivité). J’ai travaillé avec un petit garçon qui présentait également ces traits et il y avait une suspicion d’autisme Asperger. Peut-être à creuser de ce côté là également ? Ce garçon a été déscolarisé car son comportement et les comportements qu’exigeait l’école étaient devenus incompatibles. J’y songe également fortement pour ma fille. Est-ce que l’instruction en famille est envisageable pour vous ? Enlever les contraintes d’immobilité et d’horaires imposés pourrait déjà le soulager.

      En ce qui concerne les outils pour gérer la surcharge émotionnelle, je partage sur le blog tout ce que je mets en place avec ma fille (avec plus ou moins de succès…). Voici d’autres liens qui pourraient vous donner des pistes :
      > http://apprendreaeduquer.fr/decouverte-enfants-emotions/
      > http://apprendreaeduquer.fr/6-manieres-dutiliser-le-jeu-pour-canaliser-lagressivite-des-enfants/
      > http://apprendreaeduquer.fr/10-regles-pour-faire-des-jeux-de-bagarre-des-moyens-de-renouer-le-contact-et-redonner-confiance-a-lenfant/

      Par ailleurs, avez-vous pensé à des techniques douces, type sophrologie ou pleine conscience ? Et je sais que ma fille est une boule d’énergie et qu’on passe énormément de temps dehors car elle a besoin de bouger et d’évacuer par le mouvement. On a également modifié l’alimentation : je fais tous les gâteaux maison en réduisant les quantités de sucre (plus de gâteaux industriels) et on a également réduit la consommation de produits laitiers.

      J’espère avoir pu vous donner quelques pistes.

      Belle journée
      Caroline

  4. Aurélie dit :

    Bonjour,
    Déjà, merci infiniment pour votre précieux site internet…
    De plus, je tenais également à proposer une piste au niveau des « colères » inexpliquées chez certains enfants. Il s’agit d’un syndrome peu voire pas du tout (re)connu en France, le syndrome de K.I.D.D (acronyme allemand) qui, chez les tout-petits s’appelle le syndrome de K.I.S.S.
    Ce syndrome entraîne un désaxement des 1ères cervicales par rapport au reste du corps et donc un pincement des nerfs, de la moelle épinière, ce qui induit une gène permanente… et lorsque l’on a une douleur chronique, il arrive que souvent, le moral/la patience soient fluctuents…
    Cela a été le cas de notre enfant, jusqu’à ce que nous découvrions ce syndrome…. et Caroline, vraiment, du fond du coeur, mille mercis pour votre site, car c’est grâce à vous et vos articles que j’ai continué de chercher une explication aux symptômes de notre enfant sans jamais considérer qu’elle faisait de caprices (contrairement à ce que pouvaient dire tous les médecins que nous sommes allés voir, une partie de notre entourage)… et ai trouvé la solution pour la soulager…………….
    Voici un article pour mieux comprendre le syndrome : https://www.lllfrance.org/vous-informer/votre-allaitement/situations-particulieres/1828-une-cause-de-souffrances-meconnue-le-syndrome-de-kiss
    Si, de votre côté, vous acceptez et avez la possibilité de participer à le faire connaitre, surtout, n’hésitez pas !!
    De mon côté, je me tiens à votre disposition si vous avez des questions,
    Bien à vous,
    Aurélie

  1. 29 juillet 2016

    […] frustration de ne pas réussir peut déclencher de grosses colères. Essayons de respecter cette colère-là, […]

  2. 9 octobre 2016

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