La force des récits pour initier les enfants à la nature : une urgence écologique

La force des récits pour initier les enfants à la nature : une urgence écologique

comment élever un enfant sauvage en villeScott D. Sampson, biologiste et paléontologue américain, a écrit le livre Comment élever un enfant sauvage en ville parce qu’il a constaté que les enfants d’aujourd’hui sont devenus une génération « d’intérieur ». Or la nature favorise le développement intellectuel et émotionnel des enfants, leur estime de soi, réduit le niveau de stress et stimule la créativité.

Il propose dans son livre des idées et des jeux pour reconnecter les enfants avec la nature et la faire revenir dans nos vies quotidiennes.

Pour le biologiste, les récits oraux sont une très bonne manière de faire vivre notre environnement et de lui donner une signification chargée de sens. Si les raconteurs se taisent, la terre aussi devient muette.

 

Quand la culture orale se dégrade, l’esprit instruit perd ses repères, oubliant sa dette envers le corps et la terre vivante. Quand on ne raconte plus les histoires dans les bois ou sur les berges des rivières – quand la Terre n’est plus honorée à haute voix en pouvoir doué de vie et d’expression -, les sens humains cessent d’être en harmonie avec l’environnement. Nous ne ressentons plus la pulsation particulière de notre lieu – nous n’entendons plus l’éloquence polyphonique de la terre et nous n’y réagissons plus. De plus en plus aveugles et sourds, imperméables au monde sensuel, l’esprit technologique commence à détruire le monde. – David Abram (philosophe écologiste)

 

Scott D. Sampson propose donc de reconnecter les enfants à la nature par des récits (réels ou mythiques) qui aident les enfants à comprendre et à valoriser le monde naturel. La diversité des histoires a son importance : des récits héroïques, des histoires lointaines, des personnages ordinaires, des anecdotes passées personnelles, des faits scientifiques, des légendes traditionnelles, des histoires inventées, des explications sur une observation…

histoire nature enfants

Des contes mis en scène dans la nature

Une étude a montré que les paysages de nature étaient de moins en présents dans les livres de littérature jeunesse. Pourtant, il est possible de demander conseil en bibliothèque municipale ou en librairie pour trouver des contes mis en scène dans la nature. Dernièrement, j’ai beaucoup aimé le livre Cet élan est à moi d’Oliver Jeffers dont les paysages sauvages et montagneux sont magnifiques. Pour les plus petits, les albums du Père Castor sont tout à fait adaptés (par exemple, Les bons amis).

Par ailleurs, les histoires d’animaux contribuent à nourrir l’empathie des enfants envers tous les êtres vivants.

 

Les légendes traditionnelles

Les légendes et contes traditionnels s’enracinent dans la nature locale : plantes, animaux, paysages…

Ils mettent souvent en scène des animaux, ils peuvent mentionner l’origine du nom d’un animal ou d’un lieu, décrire les pouvoirs de certaines plantes…

Là encore, les libraires ou les bibliothécaires peuvent être des ressources efficaces pour conseiller des références. Les contes du monde (africains, nordiques, indiens, russes…) et les récits mythologiques sont l’occasion d’une ouverture sur le monde.

 

Des histoires inventées à la manière des conteurs d’autrefois

Les questions des enfants peuvent être l’occasion de donner vie à la nature par le biais du récit oral. Il est possible d’utiliser les ressources de notre corps et de notre voix pour répondre aux questions et aux pourquois : pourquoi les sapins sont-ils si hauts ? qui vit dans cet étang ? pourquoi les limaces n’ont pas de coquille ? elles dorment où les coccinelles ?

C’est exactement ce que font les peuples autochtones depuis des milliers d’années. Les humains sont conçus pour raconter des histoires ! Si nous racontons ce genre d’histoires inventées de temps en temps (avec la possibilité de s’appuyer sur des connaissances scientifiques facilement et rapidement disponibles sur le web), les enfants commenceront à comprendre et à ressentir autrement l’endroit dans lequel ils vivent.

Ces histoires inventées sont encore plus appréciées par les enfants quand elles sont racontées en pleine nature, sur un tronc d’arbre, sur une plage, les pieds nus sur la mousse, à la lueur de la pleine lune…

Scott D. Sampson conseille de :

  • rester attentifs aux détails dans les histoires que nous lisons aux enfants afin de s’en inspirer ou de les réutiliser dans nos propres récits inventés
  • se tenir au courant des nouvelles découvertes scientifiques ou écologiques
  • commencer par situer le décor en détails en cas de panne d’inspiration : à quoi ressemble l’endroit (les bruits, les odeurs, les couleurs…) ? quel est le moment de la journée ? quel est le paysage (forêt, plage, montagne, pays, climat…) ?
  • se laisser aller et de lâcher prise en projetant notre corps dans l’histoire (trottiner comme un castor, imiter le bruit des feuilles, être impressionné par la hauteur de la montagne…)
  • utiliser des temps de silence
  • mettre à profit les objets disponibles (un galet, un morceau de bois, une fleur, une feuille, de l’eau…)

histoire enfant nature

Les grands récits et l’immense Histoire

Sampson nous propose d’apprendre les bases de l’histoire de notre planète pour la raconter aux enfants. Il est possible de fractionner en histoires courtes, en plusieurs séances.

L’important est de relier le monde présent au récit ancien expliquant comment nous en sommes arrivés où nous en sommes. Avec le temps, les enfants commencent à comprendre que l’histoire de tout est en réalité leur histoire et qu’ils ont un rôle à jouer pour déterminer comment elle finit.

Pour ma part, j’aime bien ces deux ressources :

brève histoire du monde

les grands récits montessori

 

Des connaissances abstraites au ressenti émotionnel

Pour sensibiliser les enfants à certaines données scientifiques et écologiques, associons une histoire à une expérience de nature, transformant ainsi des connaissances abstraites en un ressenti émotionnel.

Par exemple, on peut sortir par une nuit étoilée pour partager le « secret » que tous les êtres vivants (nous y compris) sont faits de poussières d’étoiles ou profiter d’une ballade en forêt pour raconter qu’on partage environ un quart des gènes des arbres car nous avons un ancêtre commun.

 

Le jeu du « conseil du vivant »

On peut proposer à un groupe d’enfants un petit jeu de rôles dans lequel tous les participants endosseraient le rôle d’un protagoniste de la nature (rivière, arbre, fougère, animaux, insectes, nuages, roches, terre, algues…) autour d’une problématique (par exemple : la construction d’une route pour traverser la forêt, l’absence de pluie depuis 2 mois, une marée noire…).

 

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Source : Comment élever un enfant sauvage en ville (disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet)

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