Stop aux batailles autour de l’habillage des enfants

Focus sur le quotidien : réflexions sur l’habillage et les vêtements des enfants

Je suis dans une phase où ma fille « consomme » beaucoup de pantalons (dans le sens où elle saute, court, grimpe et tombe finissant par déchirer tous ses genoux de pantalon) et je suis toujours prise entre deux eaux : la laisser se mouvoir à sa guise ou la restreindre pour « sauver » les malheureux pantalons qui restent à sauver. En fait, clairement, je penche pour la première option mais la deuxième commence à me démanger sérieusement ! Autant j’arrive à raccommoder les leggings, autant les pantalons sont plus difficiles à rapiécer : les coutures finissent par craquer et les thermocollants par partir au lavage…

Et, synchronicité (ou pas !), je suis tombée sur un passage qui parle justement de l’habillage dans un livre sur la pensée Montessori.

Il y est écrit que les enfants ne doivent pas être gênés dans leurs gestes et leurs déplacements.

L’esthétisme est certes important, mais tâchons de ne pas oublier le confort, déterminant pour le développement de la motricité de l’enfant. Bannissons les vêtements trop rigides, trop longs, trop amples, trop épais… – Emmanuelle Opezzo

Non seulement de nombreux vêtements sont inadaptés aux mouvements et découvertes des enfants mais ils viennent en outre freiner leur autonomie dans l’habillage. Ainsi les chemises ou chemisiers risquent de décourager l’autonomie des plus jeunes car le boutonnage en est difficile.

Emmanuelle Opezzo, auteure de Appliquer la pensée Montessori chez soi, nous conseille de prendre garde :

  • aux pantalons trop longs avec lesquels les enfants peuvent s’entraver et tomber,
  • aux manches trop longues qui nuisent aux gestes des enfants,
  • aux jeans et salopettes trop rigides (qui gênent la marche à quatre pattes des petits notamment mais également la course chez les plus âgés),
  • aux robes chez les filles (elles gênent les plus petites pour ramper ou faire du quatre pattes mais également les plus grandes qui ne peuvent pas faire certains gestes au risque de montrer leur culotte – le short sous la jupe ou le legging permettant de remédier à ce souci. Par ailleurs, les adultes portent plus d’importance au respect et à la propreté des robes, comme une injonction faite aux filles de moins bouger et moins expérimenter que les garçons),
  • aux vêtements d’hiver (manteaux longs et épais, bonnets, tours de cou, cagoules, écharpes…) qui sont la hantise de beaucoup d’enfants. Ces derniers ont souvent trop chaud sous toutes les couches dont nous les couvrons (ils sont souvent plus réchauffés que nous car ils bougent plus !) et sont engoncés dans des habits inadaptés à leur besoin d’activité physique. Trouvons un compromis entre protection du froid et liberté de mouvement… et faisons leur confiance quant au ressenti de leur propre température corporelle.

Emmanuelle Opezzo conseille les leggings ou joggings pour les jeunes enfants car ces vêtements confortables n’entravent ni la motricité ni l’autonomie des petits humains en développement. Pour les bébés, à l’intérieur de la maison et si la température le permet, le mieux est encore de rester en couche ou en body.

Haïm Ginott rejoint ces recommandations. Il écrit même :

Les enfants ne devraient pas se rendre à l’école vêtus comme de petits princes. Ils ne devraient pas avoir à se soucier de garder leurs vêtements propres. La liberté de courir, sauter, jouer au ballon devrait avoir préséance sur la distinction de leur apparence. Si l’enfant revient de l’école avec une chemise sale, le parent peut lui dire : « La journée a l’air d’avoir été bien remplie. Si tu veux te changer, il y a une autre chemise dans le placard. » Il est inutile de dire à l’enfant qu’il a l’air négligé, sale et combien nous en avons assez de laver et repasser son linge. Un enfant est incapable de placer la propreté au dessus de son envie de jouer; cela ne peut donc pas servir de base pour élaborer une approche réaliste. On devrait au contraire accepter que les vêtements des enfants ne restent pas propres bien longtemps. Une douzaine de vêtements bon marché ne nécessitant pas de repassage contribuent davantage à la santé mentale qu’une douzaine de sermons sur la propreté. 

Je me souviens d’ailleurs, qu’ayant grandi à la campagne au milieu des vignes, ma mère nous demandait de nous changer systématiquement quand on revenait de l’école avec mon frère. Elle avait mis en place un système de vêtements de rechange pour aller jouer dehors : les vieux vêtements troués, tâchés ou un peu petits étaient mis de côté pour notre tenue d’extérieur :).


Ginott ajoute que les disputes autour des tenues négligées sont stériles. Il prend l’exemple des lacets : on fait mieux d’éviter les conflits en achetant à l’enfant une paire de chaussures sans lacets, ou encore en attachant des lacets dénoués sans commentaires. On peut être certain que, tôt ou tard, l’enfant va apprendre à garder ses chaussures lacées.

Ceci me fait également penser aux jeunes enfants qui apprennent à mettre leurs manteaux en les déposant par terre à l’envers : a-t-on jamais vu des adultes enfiler leurs manteaux de cette façon 🙂 ?

Par ailleurs, plus les vêtements sont simples et confortables, plus les enfants auront la possibilité de s’habiller eux-mêmes… diminuant ainsi les conflits autour de l’habillage du matin. Des vêtements simples auront également l’avantage de permettre aux enfants d’accéder à l’autonomie sur d’autres plans : se déshabiller, aller aux toilettes…

Si l’enfant est sensible au choix de ses vêtements, nous pouvons le laisser faire. Il aura certainement plus d’audace que nous n’en aurions… et cela est une façon de nous apprendre le lâcher prise :). Néanmoins, cela nécessite de trier la commode au préalable et de ne laisser à disposition que ce qui est adapté (en fonction de la saison, de la taille, des occasions…). Ainsi, les tenues de « fête » (jolies chemises, robes à ruban…) peuvent être stockées en hauteur et ressorties le jour J.

 

Quant à ma fille, pas de bataille pour quatre pantalons : elle ira à l’école avec des pantalons (un peu) troués (il parait que c’est la mode…), avec des pièces surpiquées… et puis c’est l’occasion de lui apprendre à repriser (elle m’a d’ailleurs déjà aidé la dernière fois que je recousais un trou dans son legging !).

Pour aller plus loin : 

14 pistes pour développer l’autonomie des enfants

5 compétences pour susciter la coopération des enfants

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Sources :
Appliquer la pensée Montessori chez soi de Emmanuelle Opezzo


Entre Parent et Enfant de Haïm Ginott (édition L’Atelier des Parents)

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