Pourquoi raconter des histoires qui font peur aux enfants ? Enjeux de la peur en littérature jeunesse + propositions d’albums

Pourquoi raconter des histoires qui font peur aux enfants ?

A l’occasion d’une rencontre avec les éditeurs de littérature de jeunesse, Francisca Lefort, spécialiste des albums jeunesse et formatrice, analyse les enjeux de la peur en littérature jeunesse et dresse un panorama des albums à faire découvrir aux enfants.

Une vidéo proposée par www.deslivrespourlajeunesse.fr

Il faut s’amuser à avoir peur pour faire peur à la peur. – Pierre Péju

L’imaginaire est quelque chose d’absolument indispensable, autant que le coeur qui bat et le souffle de l’air. Avec l’imaginaire, on construit un double du réel qui permet de l’affronter, sinon le réel serait proprement insupportable. – Jean-Marie Vignot

C’est grâce à l’imaginaire que les enfants parviennent à la catharsis. –  Maurice Sendak

 

Les enjeux de la peur en littérature jeunesse

Dans les livres, les enfants peuvent affronter leurs plus grandes peurs car c’est pour de faux (peur de la mort, de la dévoration, de l’abandon, de la séparation…). L’album peut s’ouvrir et se fermer à volonté !

Les choix artistiques donnent forme à l’inommable. La fiction déclenche l’imaginaire qui permet alors d’affronter des situations qui seraient impossibles à affronter dans le réel.

Les histoires donnent le goût de partager et de transmettre.

Tout est toujours possible : les livres qui font peur montrent qu’il y a toujours un moyen de survivre, de compter sur les autres, de compter sur la force des liens entre humains.

Les livres qui font peur aident à dépasser une situation proprement impensable et participent à la construction de l’humanité en chaque enfant.

Les albums qui font peur aident les enfants à grandir progressivement, à affronter leurs peurs, à nourrir et consolider l’estime de soi.

 

Quelques propositions d’albums

Les qualités littéraires, les qualités plastiques, le déroulement de l’histoire, les astuces de l’auteur comptent dans le choix des albums qui accompagnent les enfants dans leur développement et qui leur donnent envie de grandir sans se résigner.

Des histoires inventées

Max et les maximonstres de Maurice Sendak

max et les maximonstresÀ force de faire bêtise sur bêtise dans son terrible costume de loup, Max s’est retrouvé puni et enfermé dans sa chambre. Mais pas seulement. Voilà qu’il se retrouve aussi roi d’une armée de bêtes immondes, les Maximonstres. Max le maudit les a domptés. Ils sont griffus, dentus, poilus, vivent sur une île et ne savent rien faire que des sarabandes, des fêtes horribles où il n’y a rien à manger. Max a la nostalgie de son chez-lui, des bonnes odeurs de cuisine et de l’amour de sa mère.

Que faut- il faire pour rentrer ? Peut-être commencer par le désirer… A partir de 5 ans.

Bémol : le livre Max et les maximonstres met en scène un enfant puni. Bien que l’histoire de départ soit une scène de violence éducative ordinaire, je le trouve intéressant dans le sens où il montre bien ce qui peut se passer dans la tête d’un enfant puni et ce que cela peut engender d’insécurité et de peur. Il permet par ailleurs d’amorcer une discussion avec les enfants autour de la punition : comment la maman aurait pu réagir autrement ? qu’est-ce qui se serait passé dans leur tête à eux s’ils avaient été punis comme Max ? Pour ma part, c’est un livre que j’ai emprunté à la bibliothèque car je ne voulais pas l’acheter.

Le tunnel d’Anthony Browne

le tunnelUn frère et une soeur, différents à tous égards, ne s’entendent pas.

Un jour, leur mère les envoie jouer dehors et ils découvrent un tunnel mystérieux, qui changera leur relation…

A partir de 5 ans

 

Peau d’âne de Charles Perrault

Une reine à l’agonie fait promettre au roi son époux de ne se remarier après sa mort qu’avec une femme plus belle qu’elle. Après de vaines recherches, le roi se rend à l’évidence : seule sa propre fille est comparable en beauté. La princesse n’a bientôt plus d’autre choix que de s’enfuir de chez elle, vêtue d’une peau d’âne…


Dessine de  Bill Thomson

dessineDessine, et ta vie changera ! Voilà ce que suggèrent Bill Thomson et son dinosaure à l’entrée du parc. Nos trois jeunes héros se laissent tenter. Et voilà que leur après-midi s’ensoleille. Suivez-les.

Pas besoin de mots. Un album sans parole.

A partir de 6 ans.

>>> J’ajouterais ma sélection personnelle : 3 livres pour les petits téméraires (et ceux qui voudraient bien l’être)

 

Des histoires inspirées par la réalité

Mao et moi de Jiang Hong Chen

mao et moiDans une ville du nord de la Chine, au milieu des années soixante, un petit garçon mène une vie normale, semblable à celle de beaucoup d’enfants chinois. Il habite avec ses parents, ses grands-parents et ses deux sœurs dans un tout petit appartement. Il adore dessiner, et comme il n’y a pas assez d’argent pour acheter du papier, sa sœur lui a rapporté de son école un petit morceau de craie. Un jour, le président Mao proclame la révolution culturelle C’est le début d’une période difficile et exaltante. Chaque jour il se passe des choses infiniment brutales, souvent déchirantes, et pourtant le pays tout entier, la jeunesse en tête, a foi dans son président. Le petit garçon de ce livre, c’est Chen Jiang Hong, et c’est avec son regard d’alors qu’il raconte tout à la fois la vie de sa famille et l’une des périodes les plus vertigineuses et effrayantes de l’histoire contemporaine.

A partir de 6 ans

 

Grand père de Rapaport

grand pèreComment transmettre une mémoire qui n’est pas la nôtre, qui n’est pas seulement celle d’un homme, mais de millions d’êtres…

À travers le destin d’un individu broyé par les camps nazis, Gilles Rapaport signe un album d’une rare intensité émotionnelle.

Ce livre fait partie de la sélection « La littérature à l’école, Liste de référence cycle 3, 2013 ». A partir de 7 ans.

Navratil de Olivier Douzou

navratilUn album souvenir ou comment un vieux monsieur se penche sur son passé. Ce matin de 1912, Michel Navratil, 3 ans et demi et son frère Edmond âgé de 18 mois embarquent avec leur père à bord du.. Titanic. Survivant d’une des grandes catastrophes du siècle dernier, il raconte le naufrage.

Album primé en 1997 lors du Salon de Montreuil. A partir de 7 ans.

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2 réponses

  1. Bravo pour cet article (et cette vidéo) qui remettent les clichés surprotecteurs de l’enfance à leur place. Lorsque j’étais Rédactrice-en-chef du magazine Abricot, j’avais fait un n° spécial Loup qui avait eu un succès… MONSTRE 🙂 Et je défendais l’idée que les enfants, non seulement ont besoin de la peur des contes pour vaincre leurs peurs profondes, mais aussi, comme les adultes, ils vont même jusqu’à aimer l’excitation de la peur. Le « thrill », comme disent les Anglais.

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