La théorie de l’attachement : les 3 types d’attachement construits dans l’enfance et leurs répercussions à l’âge adulte

La théorie de l’attachement

Le paradigme de la situation étrange

Pour Bowlby, psychologue anglais père de la théorie de l’attachement, l’instinct qui conduit un bébé à rechercher sa mère n’est pas celui de l’alimentation, dite pulsion orale chez Freud, mais bien plutôt un instinct de protection satisfaisant un besoin de sécurité à travers la relation à autrui, et notamment sa figure d’attachement (le plus souvent sa mère).

Etre attentif aux besoins d’un enfant ne conduit pas à faire de lui un enfant gâté, ne laissant plus ensuite sa famille en paix par ses pleurs et ses caprices, bien au contraire. – Yvane Wiart

Le paradigme de la situation étrange permet d’évaluer les réactions d’un bébé au stress, le déclencheur du stress étant la séparation brève d’avec sa mère et la confrontation avec une personne étrangère. Se retrouver seul face à un inconnu sert de déclencheur du comportement d’attachement, mettant fin à l’exploration chez le bébé. La présence ou le retour de la mère constitue le signal d’extinction du comportement qui cesse alors.

C’est ce paradigme de la situation étrange qui a permis d’évaluer les réactions du bébé à la séparation d’avec sa mère et à la présence d’un inconnu, d’observer son comportement lors des retrouvailles ainsi que ses capacités d’exploration de l’environnement en fonction du contexte.

C’est à partir de l’observation des réactions des enfants au retour de la mère que Mary Ainsworth,à la suite de Bowlby, a établi la classification de l’attachement des bébés en trois catégories :

  1. l’attachement insécure ambivalent/anxieux,
  2. l’attachement insécure évitant,
  3.  l’attachement sécure.

 

L’émergence d’une classification des types d’attachement

La principale caractéristique qui différencie un attachement sécure d’un attachement insécure est liée au fait que, dans le premier cas, le parent répond adéquatement aux signaux et aux besoins de l’enfant et ce dernier n’a pas d’effort particulier à faire pour être entendu et objet d’attention, d’affection. Dans le second cas, la réponse est soit inadaptée, soit incohérente, ce qui conduit l’enfant à devoir mettre en place des stratégies particulières d’adaptation (soit de type évitant, soit de type anxieux).

Dans la première catégorie (attachement insécure ambivalent/ anxieux), les interactions entre la mère et son bébé se passent sans heurts mais sans véritable partage affectif non plus. La mère est jugée intrusive dans le sens où elle impose beaucoup sans tenir compte des envies de son enfant (de faire par lui-même, de décider de ses propres jeux, voire d’être laissé tranquille). Cette volonté de projet éducatif ne respecte pas nécessairement les capacités de l’enfant et conduit celui-ci à ne se sentir aimé qu’en cas de réussite. Il apparaît néanmoins comme un enfant aimable et éveillé.

Dans la deuxième catégorie (attachement insécure évitant), l’enfant maîtrise ses émotions et est très indépendant avec peu d’interactions avec sa mère (surtout pas affectives). Il arrive même que l’enfant se montre plus enjoué avec un inconnu qu’avec sa mère, celle-ci se montrant souvent davantage intéressée par les visiteurs que par son enfant. Quand l’enfant exprime de la détresse ou de la douleur, sa mère détourne son attention.

Les parents évitants découragent les tentatives de rapprochement de leur enfant et les parents anxieux découragent les tentatives d’exploration.

Dans la troisième catégorie (attachement sécure), les bébés peuvent se montrer très inquiets lors de la situation étrange et pleurer beaucoup. Mais les chercheurs ont remarqué que le niveau de l’hormone de stress (cortisol) augmente peu pendant l’expérience, comme si les pleurs fonctionnaient seulement comme un signal devant assurer le retour de leur mère, et non comme l’expression d’un désespoir profond.

Une quatrième catégorie a été ajouté par Mary Main, autre chercheuse en psychologie : l’attachement désorienté/ désorganisé. Mais l’attribution d’une des trois premières catégories reste préservée, par rapport à celle dont l’enfant se rapproche le plus quand il n’est pas totalement désorganisé. Chez les enfants désorganisés/ désorientés, des ruptures et des incohérences apparaissent dans les stratégies d’attachement : ils sont susceptibles de s’immobiliser comme pétrifiés de peur au moment de rejoindre leur mère, qu’ils tentent parfois d’approcher de biais, ne parvenant pas à maintenir leur attention au point de paraître absents, confus, désorientés.

 

Les 3 types d’attachement

1. Attachement secure

L’attachement sécure est corrélé à la sensibilité de la mère ainsi qu’au plaisir que cette dernière prend à s’occuper de son enfant.

La relation mère/enfant est fluide et les réactions cohérentes et appropriées de part et d’autre, sans indépendance ou dépendance marquée.

Les enfants dont l’attachement à la mère est évalué sécure à 12 mois se montrent plus actifs et plus enthousiastes dans leurs activités d’exploration, s’avérant aussi particulièrement disposés à jouer avec les psychologues expérimentateurs. Les enfants ont été jugés comme tels à 12 mois car ils jouent avec plaisir et explorent l’environnement avant la séparation, ils manifestent le manque de leur mère en pleurant et appelant, ils recherchent activement sa proximité à son retour avec un désir d’être pris dans les bras et, finalement, retournent tranquillement à leurs jeux une fois rassurés.

Cependant, l’attachement secure n’est pas monolithique. Yvane Wiart écrit :

Les trois grands types d’attachement se placent en fait dans un continuum avec l’attachement sécure au milieu, certaines catégories en son sein comportant une proximité avec les styles évitant d’un côté, anxieux de l’autre.

Ainsi, certains bébés sécures se montrent indépendants et recherchent peu la proximité si ce n’est qu’ils ont d’importants changes affectifs avec leurs mères (sourires, regards, vocalises), la préférant au visiteur en cas de stress, ce qui les distingue des évitants.

D’autres, au contraire, ont besoin de beaucoup de contacts physiques et s’agitent lorsqu’ils ne peuvent les obtenir mais ils ne montrent ni colère intense ni passivité exagérée, à la différence des bébés avec attachement anxieux. Leurs mères semblent apprécier cette dépendance et encouragent ouvertement les câlins, sans interférence ni entrave notables dans les activités d’exploration de leur enfant cependant.

La troisième sous catégorie, la plus typiquement sécure, est celle où mère et enfant prennent manifestement plaisir à leur compagnie mutuelle, partageant situation de stress et situations de jeu. En cas de stress, l’enfant recherche sa mère qui le réconforte sans difficulté; en situation d’exploration, soit à distance, soit à proximité, le partage affectif est important, à l’initiative et de l’enfant et de la mère qui exprime, elle aussi, ouvertement ses émotions.

A l’âge de 6 ans, les enfants évalués sécures à 12 mois se montrent peu affectés par la séparation d’une heure avec leurs parents. A leur retour, ils les accueillent calmement mais avec plaisir, les associant volontiers à leur activité en cours.

A l’âge de 19 ans, ils présentent des récits structurés et cohérents de leur enfance et de leurs relations avec leurs parents, reconnaissant les enjeux et l’importance de l’attachement.

Ce schéma sécure se maintient au long des années et est associé à une certaine flexibilité attentionnelle et cognitive alternant les points de vue et les centres d’intérêt, sans se mettre sur la défensive systématiquement en cas de contradiction.

 

2. Attachement évitant

Un attachement évitant est marqué par un évitement par l’enfant de ses états émotionnels qui ne sont pas reconnus et traités en tant que tels par les adultes. L’attachement évitant est caractérisé par un manque d’attention de la mère face à la détresse de son enfant, par des réactions de colère ou des moqueries de la part de la mère. Les enfants à l’attachement évitant inhibent leurs manifestations affectives pour en éviter les conséquences indésirables (les réactions négatives de la figure d’attachement). L’accent est placé sur le raisonnement au détriment des affects.

Les enfants évalués évitants à 12 mois se remarquent dans la situation étrange par leur apparente indifférence à l’absence de leur figure d’attachement puis à son retour, continuant à jouer et explorer comme avant la séparation, même quand ils sont laissés seuls. Tout se passe comme si plus l’insécurité est grande (environnement et personnes inconnus), plus ces enfants adoptent une attitude nonchalante et attentive en même temps pour ne courir aucun risque de rejet de leur mère et s’assurer une proximité minimale en cas de danger extérieur.

A l’âge de 6 ans, ces enfants continuent de se montrer évitants lors des retrouvailles avec leur mère. Ils évitent subtilement les conversations par des silences ou des absences de développement sur les sujets abordés (réponses courtes, « je ne sais pas », « rien »…).

A l’âge de 19 ans, ils présentent des expériences d’enfance globalement sous un jour positif mais ils sont incapables de fournir des détails précis pour alimenter cette image idyllique (voire se contredisent). Ils idéalisent souvent leurs parents et n’établissent généralement pas de lien entre ce qu’ils ont vécu enfants et leurs difficultés relationnelles/ comportementales actuelles. Ils vont même jusqu’à nier l’intérêt et l’impact de l’attachement (c’est-à-dire de l’amour même ou en tout cas de preuves d’amour).

 

3. Attachement ambivalent (ou anxieux)

L’attachement ambivalent/anxieux s’illustre par un fonctionnement quasi exclusif sur un mode émotionnel chez l’enfant, là encore engendré par des réactions parentales qui peuvent être opposées telle que l’hypervigilance anxieuse (surprotection) ou au contraire le désintérêt ou la négligence.

En l’absence de sa mère, le bébé à l’attachement ambivalent/anxieux est agité et pleure intensément. La figure d’attachement arrive rarement à le calmer à son retour.

A l’âge de parler, l’enfant anxieux/ambivalent pourra manipuler volontairement l’autre particulièrement en feignant des émotions qui ne sont pas réelles ou en exagérant celles qui le sont. Ces stratégies coercitives de maintien du lien peuvent s’exprimer d’autres manières : opposition, agressivité, mensonges, fausses excuses, séduction, critiques, plaintes…

La séduction alterne avec l’agressivité par manque de confiance en soi et manque de confiance en l’autre.

 

Des répercussions à l’âge adulte

Une des fonctions de l’attachement est de permettre de se sentir en sécurité, de façon à pouvoir partir à la découverte de ce qui nous entoure. Cela est très important pour le développement intellectuel et moteur du bébé, mais demeure une constante dans la vie adulte, sous forme de curiosité intellectuelle, curiosité relationnelle et absence de crainte face à la nouveauté ou à l’inconnu. – Yvane Wiart

 

La négation de l’impact et de l’intérêt de l’attachement (creuset des représentations traditionnelles qui conduisent à une insensibilité envers les enfants)

Toutes les études récentes montrent que les personnes à l’attachement évitant, dont l’enfance a été marquée par un manque affectif, sont extrêmement déstabilisées dès qu’on leur parle d’attachement et d’amour

Elles sont incapables d’évoquer leur enfance de manière réaliste et elles nient l’impact que cela a pu avoir sur leur personnalité et leurs réactions actuelles (configuration assez peu compatible avec le développement d’un intérêt profond pour la relation mère/enfant et son impact ultérieur).

Une représentation du monde et des autres négative

Quand les parents ne fournissent pas aux enfants une base sécure vers laquelle se replier à tout moment, en rejetant leurs comportements de rapprochement, en se moquant d’eux, en ne leur prêtant aucune attention ou simplement en n’étant pas présent ni disponible, les enfants sont limités dans leurs explorations qui s’avèrent bien trop dangereuses dans ces conditions.

Yvane Wiart prévient :

Ce qui se joue avec le bébé ou le petit enfant risque fort de se reproduire ultérieurement car il est peu fréquent qu’on change d’environnement familial et lorsque les conditions changent, c’est souvent dans des conditions dramatiques.

Ainsi, un schéma de ce type aura tendance à se trouver renforcé jour après jour aboutissant à la construction d’une représentation du monde comme un lieu plein d’inconnus et de menaces potentielles, où l’enfant devenu adolescent puis adulte, se sentira incapable d’affronter seul toute nouveauté, où il se dira que les autres ne sont pas fiables, qu’ils ne sont pas disponibles en cas de problème et que de toute façon, il ne mérite pas d’être aidé.

En outre, ce qui vaut pour les situations d’exploration de l’environnement physique vaut aussi pour ce qui est de l’environnement psychique, à savoir la connaissance et la compréhension de soi et d’autrui, le droit de poser à ses parents des questions personnelles, d’avoir une réponse authentique, de pouvoir exprimer ses émotions, donner un point de vue.

L’attachement évitant

Les personnes à l’attachement évitant apparaissent comme des personnes calmes, responsables et prévisibles, en apparence agréables à vivre par la transformation de leurs affects en façade positive.

Pourtant, ces stratégies résistent plus ou moins bien au stress et l’effondrement peut être brutal et spectaculaire, se traduisant par des colères, des sarcasmes et une prise de distance, voire une décompensation dans la dépression quand les affects douloureux ne peuvent plus être contenus.

L’attachement anxieux/ambivalent

Les personnes à l’attachement anxieux/ambivalent sont marquées quant à elles par l’irrégularité des réactions parentales subies dans l’enfance et qui engendre d’importants sentiments de frustration, de colère et de peur (liés au fait de ne pas être pris en compte, de ne pas être entendu, de risquer d’être abandonné).

On se retrouve alors en présence soit d’une personne qui se montre invulnérable et en colère (qui fait porter la responsabilité aux autres), soit d’une personne vulnérable et peureuse (qui persuade autrui de lui porter secours).

Les personnes à l’attachement anxieux/ambivalent ont besoin de l’autre pour exister, même si les relations sont chaotiques (associant agressivité et soumission).

A noter qu’il existe de nombreuses personnes qui associent ces réactions en fonction des interlocuteurs et en fonction des circonstances.

 

Type d’attachement et relations amoureuses

Les adultes sécures n’ont aucune difficulté à devenir intimes et à faire confiance à leur partenaire. Ils pensent que l’amour existe et peut être durable. Ils sont en même temps capables de reconnaître et exprimer les affects négatifs engendrés par la relations et d’imaginer des issues positives en cas de conflit.

Les adultes ambivalents/anxieux ont des demandes affectives démesurées et leur peur d’être abandonnés les mène à douter de la sincérité de l’amour de l’autre.

Les adultes évitants se caractérisent par un rejet de l’attachement et de la dépendance affective. Ils ont tendance à se maintenir à une certaine distance physique et/ou psychologique de leurs partenaires. Ils se protègent des expériences de détresse affective par une désactivation des émotions douloureuses (ce qui leur permet de ne rien ressentir mais les empêchent de savoir s’ils sont heureux ou non…). Cette maîtrise affective s’étend aux émotions positives : pas d’explosion de joie donc !

 

Pas de déterminisme immuable : prise de conscience, neuroplasticité et tuteurs de résilience

Neurosciences et attachement

Daniel Siegel, neuroscientifique américain, fournit une approche neurodéveloppementale de l’attachement, montrant comment la structure même du cerveau est modelée par les interactions avec autrui, et tout particulièrement les interactions précoces.

La répétition d’un certain type de réponses obtenues à une stimulation, les pleurs de bébé ou au contraire ses tentatives de contact positif, créent un conditionnement, une association neuronale spécifique qui rapidement s’active en présence de stimuli semblables, voire dans la simple anticipation de tels stimulis.

Pour autant, le cerveau est plastique et peut se reconfigurer à tout moment de la vie. Il suffit que dans un sous ensemble, un élément nouveau apparaisse, suffisamment proche pour ne pas être rejeté comme incompatible, et cependant suffisamment différent et porteur d’une forte valeur informative pour que l’ensemble du système s’en trouve modifié. Ou alors on peut assister à l’intégration d’éléments différents proches entre eux, dont l’accumulation finit par introduire une masse critique faisant basculer les paramètres du schéma d’origine.

C’est tout l’intérêt d’un accompagnement thérapeutique : les psychologues cherchent à relancer l’évolution vers davantage d’intégration et de complexité dans le système relationnel humain et dans les connexions neuronales qui le sous tendent au sein du cerveau en présentant de nouveaux contextes et en introduisant plus de flexibilité.

 

Une reprise de contact avec l’instinct d’attachement

Ainsi, il est possible d’envisager une reprise dans une évolution bloquée :

  • soit par une action thérapeutique professionnelle,
  • soit par une rencontre avec une personne sécure qui peut parvenir à faire évoluer les modalités d’attachement insécure d’un partenaire,
  • soit par une prise de conscience personnelle sur ce qu’il y a de mieux à faire (mais ce cas est extrêmement rare et difficile).

Dans tous les cas, patience et attention sont des prérequis vers une vie plus harmonieuse.

C’est pour cette raison qu’Yvane Wiart milite pour la diffusion massive d’informations sur l’importance d’un attachement sécure pour l’épanouissement tant personnel qu’interpersonnel (voire sociétal).

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Source : L’attachement, un instinct oublié de Yvane Wiart (éditions Albin Michel). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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2 réponses

  1. Lefevre dit :

    Tres bon article qui m a fait prendre conscience des traumas de ma toute petite enfance et de caractere emotionnel a ce jour

  1. 31 mars 2017

    […] Source : apprendre à éduquer […]

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