La violence n’est pas une fatalité, l’empathie est universelle (Muriel Salmona)

La violence n’est pas une fatalité, l’empathie est universelle

La violence n’est pas une fatalité, l’empathie est universelle (Muriel Salmona)

Dans son livre Châtiments corporels et violences éducatives, Muriel Salmona écrit que, de façon innée, dès le plus jeune âge, les êtres humains sont des êtres sociaux, empathiques et solidaires vis-à-vis de leurs congénères.

Le rôle des neurones miroirs

Les neurones miroirs permettent de ressentir avec une grande justesse les émotions d’autrui, et cette contagion émotionnelle, pour laquelle les êtres humains sont programmés, leur donne la capacité de se mettre à la place de celui qui souffre. Muriel Salmona écrit que ,grâce à cette empathie, nous pouvons alors réagir immédiatement et mettre en œuvre une stratégie adaptée pour protéger la personne qui souffre, la secourir et la réconforter, même si nous n’en espérons aucune récompense.

De ce fait, et en toute cohérence, chaque être humain, et d’autant plus un enfant, s’attend tout naturellement à être l’objet de bienveillance et de sollicitude de la part d’autrui, particulièrement de ses parents et de ceux qui en ont sa garde, et à ce que sa détresse déclenche une réaction d’empathie par contagion émotionnelle.

Cette contagion émotionnelle est une réaction automatique, c’est pourquoi ressentir l’émotion de la personne qui souffre comme si on est à sa place rend les violences intolérables.

Ainsi, remarque Muriel Salmona, la violence s’oppose donc à notre nature profonde et génère un état de mal-être insupportable, lié aux émotions et au stress intense que nous ressentons face à la souffrance de celui qui en est victime.

Les violences sont contre nature

Pour exercer des violences, en être complice ou les tolérer, il est nécessaire de passer au-delà ou de se déconnecter de cette réaction empathique naturelle qui nous pousse à protéger autrui et à lui porter secours (Favre, 2005).Selon Muriel Salmona, cette surdité à la réaction empathique a pour fonction essentielle de ne plus ressentir d’émotions gênantes, douloureuses.

Cette anesthésie émotionnelle permet d’éliminer une détresse et un mal-être jugés très contraignants pour quelqu’un de déterminé à exercer des violences pour se dissocier et mettre en place une domination sur autrui (Rice, 1994; Mehrabian, 1997).

De fait, une certaine pression sociale, une vision méprisante des enfants, auxquels sont attribués une moindre valeur et une propension à être mauvais si on ne les corrige pas, encourage la froideur émotionnelle chez les parents, prônant la vertu de la violence pour éduquer, ce qu’Alice Miller nomme la pédagogie noire (Miller, 1985). D’où la diffusion d’un discours mensonger sur la nature humaine, violente par essence, et sur les enfants, qui, non encore suffisamment civilisés et éduqués auraient une violence « naturelle » dont il faudrait se protéger par une violence obligée, alors qu’il ne s’agit que de légitimer la possibilité de dresser, de soumettre et de dominer.- Muriel Salmona

Les conséquences de cette vision au sujet des enfants

Les violences éducatives ordinaires aliénantes sont légitimées

Muriel Salmona qualifie la violence d’aliénante car elle a un impact considérable sur la santé et le devenir d’un enfant. Et elle a le pouvoir de le « coloniser » et de le détourner de ce qu’il est, et de ses potentialités, d’autant plus si elle est exercée par un parent avec qui l’enfant est condamné à vivre pendant de longues années, et parfois presque toute sa vie, sans que jamais elle ne soit dénoncée, ni reconnue et réparée.

Muriel Salmona paraphrase Gilbert Cesbron : laisser un enfant subir des violences c’est une vie exceptionnelle qu’on assassine (Cesbron, 1966). C’est priver un enfant de l’avenir qui aurait pu être le sien et qu’il aurait pu choisir en toute liberté, et priver le monde de toutes ses potentialités, de toutes les réalisations qu’il aurait pu apporter, au lieu de s’épuiser à lutter pour sa survie. C’est se priver d’un monde meilleur et plus juste.

Difficulté à reconnaître les symptômes traumatiques

Muriel Salmona regrette que les symptômes psychotraumatiques, qui traduisent une grande souffrance chez les enfants et les adolescents victimes de violence, soient le plus souvent interprétés comme provenant de l’enfant, de sa nature, de son sexe, de sa personnalité, de sa mauvaise volonté, de ses provocations…

Le Dr Salmona ajoute que, plutôt que de relier ces troubles à des violences, de nombreuses rationalisations vont chercher à les expliquer par la crise d’adolescence, les mauvaises fréquentations, l’influence de la télévision, d’Internet ou par la malchance et la fatalité, voire même par l’influence délétère d’une surprotection: « On l’a trop pourri, gâté. C’est un enfant roi! »

L’hérédité est parfois également appelée à la rescousse: « Il est comme… son père, son oncle, sa grand-mère, etc. », ainsi que la maladie mentale.

C’est avec ces rationalisations que les suicides des enfants et des adolescents, ou les jeux dangereux, sont mis sur le compte d’une contagion ou de dépressions; les violences subies n’étant presque jamais évoquées comme cause principale.

Très fréquemment, devant un enfant en grande souffrance, avec des troubles du comportement et des conduites à risque, les adultes censés le prendre en charge ont recours à des discours moralisateurs et culpabilisants: « Tu ne dois pas te conduire comme cela. Regarde la peine que tu fais à tes parents. Avec tout ce que l’on fait pour toi! »

Au lieu de se demander ce que cet enfant a bien pu subir et de lui poser les questions qui devraient être systématiques:

  • Est-ce qu’on t’a fait du mal ?
  • Est-ce que tu as subi des violences ?

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Source : Châtiments corporels et violences éducatives : Pourquoi il faut les interdire en 20 questions réponses de Muriel Salmona (éditions Dunod). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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