L’addiction et la dépendance au sucre des enfants : une fatalité ?

L’addiction et la dépendance au sucre des enfants : une fatalité ? 

une nouvelle autorité sans fessée ni punition pour une parentalité positiveDans son livre Une nouvelle autorité sans punition ni fessée, Catherine Dumonteil-Kremer consacre un passage au spectre de l’addiction. Je me suis assez retrouvée dans cette manière de voir les choses et j’ai eu envie de le partager avec vous.

Catherine Dumonteil-Kremer écrit que nous avons tendance à dramatiser avant de chercher à comprendre ou qu’on ajoute de la fatalité là où s’exprime seulement un besoin ou un malaise.

Quand une addiction se met en place, c’est rarement le produit utilisé qui en est la cause, mais plutôt une souffrance que l’on veut éviter de ressentir. Est-ce le cas de votre enfant ? Est-il en train de colmater une brèche en lui ? S’isole-t-il avec son jeu pour éviter de ressentir sa blessure ? Si tel est le cas, l’intervention d’un tiers professionnel l’aidera à comprendre dans quel processus il se trouve. – Catherine Dumonteil-Kremer

Elle prend l’exemple du sucre.

Des limites à poser pour la consommation de sucres ? Comment s’y prendre avec les enfants ?

dépendance addiction sucres-enfants

Catherine Dumonteil-Kremer nous fait quelques suggestions pour comprendre notre malaise ou nos contradictions face à la consommation de sucres (bonbons, biscuits, sodas…) :

  • essayons de prendre conscience de la façon dont nous gérons les bonbons, biscuits, sodas

Pourquoi en donnons-nous ? Est-ce pour consoler, récompenser, faire patienter, calmer… ?

Comment cela se passait-il pour nous dans notre enfance ? Nos propres parents ont-ils utilisé le sucre pour nous manipuler d’une manière ou d’une autre (chantage, récompense…) ?

Comment consommons-nous des sucreries ? Pour quelles raisons ?

Pouvons-nous revenir au simple plaisir gustatif en dehors de tout aspect psychologique ?

 

  • ne soyons pas responsables de la première prise

Les enfants n’ont pas besoin de consommer des sucreries. Nous pouvons attendre qu’ils réclament avant de nous poser la question des limites (par imitation des copains/ copines/ cousins/ cousines…, lors d’une fête, dans le rayon des bonbons ou gâteaux au magasin…)

 

  • faisons le point sur notre propre consommation

Les enfants apprennent par imitation et la meilleure façon de faire en sorte qu’ils consomment peu de sucreries est de ne pas en manger nous-mêmes. Cela ne veut pas dire qu’ils n’en mangeront pas, mais simplement qu’ils n’en trouveront pas à la maison et qu’ils ne verront pas leurs parents en manger.

 

  • faisons confiance à la capacité d’auto régulation des enfants

En général, ce qui est interdit attire et revêt un caractère transgressif. Interdire le sucre aura plutôt tendance à rendre les enfants compulsifs : quand ils auront enfin l’occasion d’en manger, ils se jetteront dessus.

Toute une gamme de possibilités s’offrent à nous pour gérer la consommation de sucres de nos enfants :

  • laisser les sucreries achetées à disposition : quand le stock est vide, il faut attendre les prochaines courses,
  • fabriquer des bonbons ensemble : là encore, quand le stock est vide, il faut attendre le prochain atelier de cuisine,
  • instaurer une « journée de la sucrerie » : pendant une journée (sur un rythme à trouver – par exemple une fois par mois), adultes et enfants ont le droit de consommer tout le sucre qu’ils désirent,
  • rester le décisionnaire de la consommation et donner un bonbon de temps en temps (sur une base régulière et/ou par surprise),
  • donner des choix et des responsabilités : « J’ai acheté un paquet de gâteaux/ de bonbons, il est pour toi. Tu peux décider de tout manger maintenant ou d’en garder pour la semaine, sache seulement que je n’en rachèterai pas avant XX jours/ semaines. »

Je me souviens que, quand j’étais petite, mes parents n’achetaient jamais de bonbons, sauf pour nos anniversaires avec les copains/ copines. En revanche, nous avions un peu d’argent de poche et mon frère et moi avions un rituel : nous achetions une poignée de bonbons les dimanches matins à la boulangerie. Ces bonbons pouvaient durer un jour ou une semaine et si nous avions envie d’autre chose avec l’argent de poche, nous en achetions moins ou pas. Nos parents nous laissaient totalement libres de la manière dont nous dépensions cet argent.

Avec ma fille, je me suis vraiment rendue compte que la consommation de bonbons est une question d’habitude : je n’en consomme pas moi-même et je n’ai pas l’habitude d’en acheter. Les rares fois où ma fille m’accompagne en courses, elle me demande un paquet de bonbons. J’ai toujours accédé à sa demande en la laissant libre de sa consommation… et systématiquement, le paquet a trainé à moitié entamé oublié dans le placard pendant plusieurs semaines sans même qu’elle s’en souvienne !

En revanche, elle mange un ou deux bonbons après chaque repas chez son père car il l’a « éduquée » comme ça : si tu manges bien, tu auras un bonbon. C’est donc devenu une habitude là-bas mais elle fait bien la différence entre ici et là-bas. Elle ne m’a jamais demandé de bonbons en fin de repas… et mange pourtant très bien. Je me faisais d’ailleurs la remarque il y a quelques temps : quand elle n’a plus faim, elle ne prend pas de dessert (et cela arrive fréquemment). Elle n’a pas besoin de sucre pour finir son repas : elle mange un dessert si elle a faim, elle n’en mange pas si elle n’a pas faim.

Je sais que nous cuisinons énormément ensemble, que je n’achète plus de gâteaux industriels ni de sodas, que nous allons régulièrement au marché ensemble et que je ne suis pas rigide sur la quantité de la nourriture ingérée. Elle peut très bien manger un bout de pain, des raisins secs, des amandes ou une compote, voire une glace, à 18h si elle a faim. Je ne l’oblige jamais à finir son assiette non plus; si elle a envie, elle peut commencer son repas par le fromage ou un fruit. Est-ce que cela est lié au fait qu’elle mange de tout et qu’elle ne cherche pas à « compenser » le fait qu’elle mange des légumes par des choses sucrées ? Ou est-ce que j’ai de la « chance » qu’elle ait un goût développé ? Difficile de répondre à ces questions et de démêler la génétique des habitudes éducatives…

Quoiqu’il en soit, je suis convaincue que les habitudes peuvent se changer : l’année dernière, j’amenais systématiquement des barres chocolatées à 11h30 parce que ma fille avait faim. Je ne sais pas pourquoi j’ai eu cette drôle d’idée d’amener des barres chocolatées industrielles et bourrées de sucres (je crois que c’était pour amener un peu de douceur pour couper la journée de ma fille qui déteste l’école). Bref, cette année, je lui ai dit que je n’amènerai plus ces fameuses barres mais des fruits secs et des amandes. Je m’attendais vraiment à une levée de bouclier… et c’est passé comme une lettre à la poste :). Je crois que tout dépend du niveau de conviction qu’on met dans nos décisions et des alternatives proposées (nous nous sommes mises d’accord sur le fait qu’elle pourrait manger une barre chocolatée par semaine… elle y a pensé les deux premières semaines puis a oublié la semaine dernière !).

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Source : Une nouvelle autorité sans punition ni fessée de Catherine Dumonteil Kremer (éditions Nathan)

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