8 étapes pour accompagner les peurs des enfants

8 étapes pour accompagner les peurs des enfants

accompagner les peurs des enfants

Dans son livre Au cœur des émotions de l’enfant, Isabelle Filliozat propose 8 étapes pour accompagner les peurs des enfants :

1. Respecter l’émotion

Quand un enfant a peur, il n’a ni tort ni raison mais il a sa/ses raison(s) d’éprouver de la peur. Ce n’est pas parce que les parents ne connaissent pas les raisons de cette peur qu’elle est illégitime. Une peur est à respecter, à écouter et à accueillir.

Il existe des peurs saines qui informe sur la présence d’un danger, qui donne de l’énergie au corps pour l’affronter, qui nous apprend à nous préparer face à l’inconnu. Les peurs saines sont utiles (comme le trac).

Mais il existe aussi des peurs démesurées qui paralysent et inhibent. Il faut alors y voir un message. Isabelle Filliozat écrit : « elles disent quelque chose de votre enfant ou votre enfant tente de vous dire quelque chose à travers elles. »

Quoiqu’il en soit, un enfant a le droit d’exprimer de la peur. Il s’agit de ne pas la nier ni la minorer, encore moins de forcer un enfant qui a peur ou de l’inciter à un courage excessif.

Les enfants dont on méprise systématiquement la peur ne deviennent pas des adultes ouverts et courageux.

Ces enfants dont on aura nié les émois auront un rapport perturbé à l’émotion de peur.

Isabelle Filliozat identifie 4 grandes réactions d’enfants dont les peurs ont été négligées :

  • nier toute crainte et devenir téméraire au point de prendre des risques de plus en plus grands pour enfin éprouver quelque chose
  • rester effacé toutes leur vie
  • avoir du mal à faire confiance et supporter l’intimité
  • développer une grande phobie  pour focaliser la peur sur un objet précis

quelqu'un de courageux n'est pas quelqu'un qui ne ressent pas la peur

 

2. Ecouter activement

Ecouter dans ce cas revêt deux dimensions :

  • prêter une oreille attentive,
  • aider l’enfant à exprimer sa vérité.

Ecouter ne veut pas forcément dire questionner ! Dans la plupart des cas, l’enfant ne connaît pas les motivations réelles et inconscientes de sa peur.

Les questions qui commencent par « Pourquoi ? » sont à éviter. En ce sens, Filliozat, Faber et Mazlish et Gordon se rejoignent.

Mais qu’y a-t-il de mal à poser la question directement à l’enfant Pourquoi as-tu peur ? 

Faber et Mazlish écrivent : « la question Pourquoi ? ne fait que s’ajouter à leurs problèmes. En plus de leur détresse initiale, ils doivent maintenant en analyser la cause et fournir une explication raisonnable. Très souvent, les enfants ne savent pas pourquoi ils se sentent de telle ou telle façon. A d’autres moments, ils sont réticents à en parler parce qu’ils craignent que leur raison ne soit pas assez bonne aux yeux des adultes : Tu pleures pour ça ?« . Par ailleurs, l’enfant n’a peut-être pas envie que l’adulte règle son problème et ne veut donc pas lui communiquer ses raisons. »

L’enfant sera plus à même de parler à un adulte qui accueille et accepte ce qu’il ressent qu’à un autre qui l’interroge pour obtenir des explications ou des justifications.

De la puissance de l’acceptation de la peur sans poser de questions

Je tiens à partager avec vous deux anecdotes pour illustrer le sujet, l’une présente dans Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent de Faber et Mazlish et l’autre dans Parents efficaces de Thomas Gordon.

Faber et Mazlish relatent dont l’histoire d’une jeune fille de 6° en pleurs dans le couloir d’un collège. Des adultes entouraient l’enfant et la harcelaient de questions : »Pourquoi pleures-tu ? », « Qu’est-ce qui ne va pas ? », « Qu’est-ce qui t’es arrivé ? », « ça va ? ». Mais chaque question déclenchait de nouveaux sanglots. Faber et Mazlish expliquent donc qu’elles ont éloigné la jeune fille du groupe en disant simplement : »Quelque chose te dérange vraiment. » C’est seulement à ce moment là que la collégienne a pu expliquer les causes de sa peur : une voiture est passée en pétaradant devant le bâtiment et elle a cru que c’était des coups de fusil. Or une personne avait été abattue à coups de fusil dans sa rue quelques jours auparavant. « Cela a dû te faire très peur » ont ajouté les auteurs. La jeune fille a confirmé en pouvant retrouver un état normal.

Gordon quant à lui propose de décoder les mots de l’enfant pour comprendre ce qu’il veut réellement nous dire. Il s’agit d’entendre les mots ET les sentiments. Ainsi, un enfant qui manifeste sa peur de l’eau de cette manière : »Je ne veux pas y aller. C’est trop profond et j’ai peur des vagues ! » prend le prétexte de la profondeur de l’eau mais son message est plutôt : »Ne me force pas à y aller, j’ai trop peur ! ». Le parent peut alors exprimer sa compréhension par une phrase de ce type : »Tu as peur, et tu ne veux pas que je te force à aller dans l’eau. » plutôt que dire que l’eau est peu profonde au bord.

3. Accepter et comprendre

Des mots de reconnaissance et d’approbation encourageront l’enfant à tenter de vaincre cette peur.

Vous pouvez alors lui dire des phrases du type :

Je comprends que tu aies peur.

Je vois que tu as peur.

J’ai l’impression que quelque chose te met mal à l’aise.

On dirait que quelque chose te dérange vraiment.

Tu as l’air d’avoir peur.

Ça fait longtemps que tu n’as pas (vu cette personne/ mis les pieds dans l’eau…)/ c’est la première fois que tu (prends l’avion/ vois un gros chien…), c’est normal que tu aies peur.

Il ne s’agit cependant pas de chercher à « guérir » ou résoudre le problème à la place de l’enfant mais de faire preuve d’empathie (l’enfant a le droit de ressentir ce qu’il ressent).

A ce moment-là, l’enfant aura normalement pu dire son propre vécu, révéler ses propres sentiments, dévoiler ses propres émotions.

 

4. Dédramatiser : « moi aussi »

Isabelle Filliozat et Jane Nelsen (auteur de La discipline positive) partagent ce principe : un partage d’expérience personnelle similaire à celle de l’enfant permet de montrer de l’empathie et de montrer à l’enfant qu’il est « normal ». Vous aussi avez eu (et avez toujours en certaines occasions) peur ! On peut lui parler d’émotions d’hier ou d’aujourd’hui. Les récits seront encore plus efficaces s’ils s’appuient sur des souvenirs de nous-mêmes au même âge que l’enfant. Cela peut être appuyé par des mots du type :

« Quelquefois on a peur, mais on y va quand même. On peut y aller avec la peur, la dépasser. Ceux qu’on aime sont là pour nous encourager. »


Enfant et parent sont là dans le partage, il serait inefficace et contre productif d’inventer une expérience non vécue.

Isabelle Filliozat conseille même de choisir une peur que l’enfant n’a pas, de manière à ce qu’il se sente plus fort que nous !

 

5. Chercher les ressources propres à l’enfant

L’objectif de cette étape est de rappeler à l’enfant une expérience positive qu’il pourrait utiliser pour traverser sa peur. Après avoir partagé une anecdote de votre vie, c’est maintenant dans son propre passé que l’enfant va pouvoir puiser des forces.

« Tu te rappelles d’une peur que tu avais et que tu n’avais plus après ? »

Si l’enfant n’arrive pas à se remémorer de souvenirs, nous pouvons l’aider :

« Par exemple, la première fois que… »

L’idéal est de le faire parler de ses sentiments, de ses craintes, de ses sensations, de tout ce qu’il a éprouvé alors.

« Et puis, tu as décidé d’y aller/ de le faire. Tu te rappelles comment tu t’es décidé(e) ? Et tu te rappelles comment ça s’est passé ? Tu es revenu à la maison content(e)/ satisfait(e)… Tu t’en souviens ? »

Il est alors possible de rebondir sur cette expérience positive pour rappeler à l’enfant son succès précédent :

« Tu as dépassé cette peur. Tu te rappelles comme tu étais fièr(e) ? Est-ce que tu vois comment tu pourrais utiliser cette expérience pour la peur que tu as de… ? »

Le ton utilisé est important : l’enfant ne doit pas comprendre qu’il est bête cette fois parce qu’il a déjà réussi une fois, mais de l’aider à se souvenir et à le remettre en contact avec le plaisir et la fierté éprouvés alors.

 

6. L’aider à se détendre corporellement, à libérer son énergie physiquement

Des exercices avec le corps pourront aider l’enfant à se décoincer, à évacuer la sensation d’oppression qui accompagne la peur :

L’imagination peut aussi être d’une grande aide dans ce type de cas : on peut inciter l’enfant à s’identifier à une personne qui n’aurait pas peur dans cette situation (sans culpabiliser ou comparer mais en s’imaginant qu’il est à l’intérieur du personnage). L’objectif est bien que l’enfant se sente fort, puissant, à l’aise dans une nouvelle peau. Cela peut aussi bien être un copain, un membre de la famille, une célébrité (acteur/trice,  sportif/ive…) qu’un personnage de fiction  (Spiderman, James Bond…).

« Tu sens la sensation de confiance et de force ? Je crois que tu peux décider que c’est ta force à toi ! »

 

7. Satisfaire le besoin d’information

Il est inutile de chercher à raisonner une personne (et a fortiori un enfant) qui a peur ! Tant que la personne est tétanisée par la peur, elle ne pourra pas entendre d’arguments objectifs visant à vaincre cette peur (comme « L’avion est le moyen de transport le plus sûr », « Ce chien est gentil », « Tu ne crains rien dans la piscine avec tes brassards », « C’est pas la petite bête qui va manger la grosse », « Les requins tuent moins de gens que les accidents de voiture »).

La personne qui a peur ne sera capable d’entendre des informations qu’à partir du moment où elle a été entendue, comprise, validée et soutenue. C’est la raison pour laquelle les explications n’arrivent qu’en septième étape. Par ailleurs, les explications seront d’autant plus efficaces que l’enfant les aura trouvées par lui-même.

« Qu’est-ce que tu peux faire pour savoir si c’est dangereux ? »

Isabelle Filliozat propose d’aider l’enfant à réfléchir : cela peut passer par rechercher une information dans des livres, des documentaires, par parler avec des connaisseurs, des experts, par visiter des musées, des simulateurs…

 

8.Faire élaborer différentes réponses possibles face à la peur

Isabelle Filliozat propose d’associer peur et envie : qu’est-ce qui peut donner suffisamment envie à l’enfant de se confronter à ce qui lui fait peur ? Il est possible de poser la question directement à l’enfant. En fonction de la/ des réponse(s), il est possible de lui demander d’en évaluer la portée et les conséquences (sans apporter de jugement personnel ou chercher à orienter vers la solution qu’on aurait nous-mêmes choisi) :

« Oui, c’est une idée. Tu peux faire ci/ demander ça. Qu’est-ce que tu peux faire d’autre ? »

« Et si tu fais ça, qu’est-ce qui se passera ? Est-ce que tu auras moins peur ? »

L’essentiel dans cette démarche est de ne pas mettre la pression sur l’enfant pour qu’il dépasse sa peur rapidement et forcément devant nous : son libre choix est la seule clé. Il est important de ne jamais insister car l’enfant a besoin de temps pour décider vraiment par lui-même, pas pour faire plaisir à quiconque.

Isabelle Filliozat écrit que

« La décision « j’y vais » signe le déclic qui transforme la peur inhibitrice en peur motrice. »

Thomas Gordon renchérit à propos du libre choix et de l’autonomie :

« Le parent qui sera le plus efficace est celui qui de façon régulière pourra appliquer le principe suivant : tout d’abord donner à l’enfant la chance de résoudre ses problèmes lui-même avant de lui proposer ses solutions. »

Le fait que les parents cherchent à résoudre les problèmes des enfants à leur place ou de les influencer sur la bonne et unique manière de faire est le meilleur moyen de retarder l’évolution de ceux-ci car ils les empêchent d’apprendre à utiliser leurs propres ressources et de développer autonomie et initiative.

D’autant plus que la fierté enracine le succès et la confiance en soi donc il est important que l’enfant se sente responsable de sa réussite.

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Je vous recommande la lecture de ces livres pour aller plus loin :

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5 réponses

  1. aurelie matern dit :

    merci de partager tout cela! Lire vos articles m’apporte soutien et aide au quotidien.
    Vous faites un travail formidable! Continuez comme ça!

    Aurélie

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