Les crises à la sortie de l’école

Les crises à la sortie de l’école : les facteurs

Les crises à la sortie de l'école

Il est fréquent que les enfants fassent des crises émotionnelles à la sortie de l’école. Ils peuvent hurler, pleurer, crier, ne plus vouloir marcher, réclamer l’autre parent, refuser un biscuit cassé

Ces réactions sont normales dans le sens où les journées d’école telles qu’elles sont conçues dans le système traditionnel sont mal adaptées aux besoins et aux stades de développement des jeunes enfants. Pour un enfant, les journées d’école sont génératrices de stress. Ces crises à la sortie de l’école peuvent être expliquées par plusieurs facteurs :

  • le cerveau des enfants est immature

Le petit enfant est dominé par son cerveau archaïque (siège des réactions spontanées, sans passage par le raisonnement et la maîtrise des impulsions). Les circuits neuronaux qui relient le cerveau supérieur (siège de la réflexion) aux cerveaux archaïque et émotionnel ne sont pas fonctionnels.

Comme les circuits qui lient le cerveau émotionnel au cerveau supérieur ne sont pas encore construits, le petit enfant est dominé par son cerveau émotionnel : il vit ses émotions avec une extrême intensité.

Les bébés naissent avec un cerveau très immature, ce qui explique :

  • certaines des réactions des jeunes enfants (avant 5 ans) : ils ne peuvent absolument pas se contrôler et encore moins se comporter comme des adultes,
  • qu’on ne peut pas leur demander de faire ce que leur cerveau n’est pas capable de comprendre.
  • les temps longs de séparation sont difficiles pour les jeunes enfants

La peur de l’abandon et la séparation sont une des principale cause d’anxiété chez les enfants. Haïm Ginott écrit : « pas de séparation sans préparation » car la plus grande peur des enfants est que leurs parents arrêtent de les aimer et les abandonnent.

  • le réservoir affectif est vidé par de nombreuses raisons

Pour expliquer l’attachement des enfants aux parents, Lawrence Cohen, psychologue américain, utilise l’image du réservoir d’amour à remplir chaque fois qu’il se vide. La figure primaire d’attachement de l’enfant est la station d’essence auprès de laquelle l’enfant a besoin de s’approvisionner. C’est auprès d’elle qu’il revient entre deux excursions dans le monde extérieur.

Le réservoir de l’enfant est vidé par la faim, la fatigue, l’isolement, la séparation, le stress, les disputes, des blessures, des écorchures… Et un enfant dont le réservoir affectif est vide aura tendance à être plus sensible, à chercher de l’affection et de l’attention par des moyens plus ou moins efficaces, à être plus irritable, moins coopératif… en particulier envers sa figure primaire d’attachement (la mère ou le père dans la plupart des cas).

  • le trop plein d’émotion ni exprimées ni accueillies à l’école devient une décharge de stress 

Isabelle Filliozat différencie bien deux choses quand on parle des émotions des enfants :

1. Les émotions primaires

Les émotions primaires sont des réactions adaptatives qui viennent de l’intérieur pour s’exprimer à l’extérieur. La décharge de l’émotion est à écouter : pleurer, ça fait du bien !

Les émotions primaires sont la colère, la tristesse, la peur, le dégoût, la joie (d’autres y rajoutent la honte et l’amour).

2. Les réactions émotionnelles parasites (= le stress)

Les crises qui durent longtemps et qui sont désorganisées (pleurs, cris, roulements par terre…) sont des réactions émotionnelles inappropriées et disproportionnées. Ce sont des décharges de stress dûes à un cerveau saturé et désorienté. En effet, si des pleurs, des tremblements, des « pleurnicheries » durent plus de quelques minutes, il s’agit d’une réaction parasite, pas d’une émotion primaire.

Contrairement aux émotions primaires qui sont à accueillir et écouter, les réactions parasites nécessitent une recherche de la cause pour permettre à la vraie émotion (l’émotion cachée, secondaire) de sortir. C’est à nous parents de réfléchir avec notre cerveau d’adultes :

  • est-ce que mon enfant est vraiment en train de pleurer pour ça ? 
  • qu’est-ce qui se passe vraiment ? 
  • de quoi mon enfant m’a-t-il parlé avant ? 

Les comportements de nos enfants ont toujours des raisons d’être : les comportements sont comme la partie émergée d’un iceberg et les raisons d’être sont la partie immergée.

 

Des outils pour faire face aux crises des enfants à la sortie de l’école

Raisonner en termes de besoins physiologiques

Les besoins physiologiques des enfants peuvent être sous-estimés ou mal évalues. Un enfant peut avoir très faim et/ou très soif à la sortie de l’école; il peut être épuisé; il peut avoir besoin de mouvement, de nature, de plein air; il peut avoir besoin de toucher tendre, de câlin.

Pour le découvrir, il suffit de poser la question à l’enfant ou d’agir en fonction de ce que l’on suppose et évaluer le résultat. Cela peut être de prévoir une gourde d’eau et un petit en-cas à manger dès la sortie de l’école, un temps de jeu libre avant de remonter dans la voiture quelques instants devant l’école (pour ramasser des fleurs par exemple)…

 

Comprendre la crise et le lien entre stress et école

Quand l’enfant ressent au cours de la journée un mille feuille d’émotions sans possibilité de les exprimer (à l’école ou à la crèche par exemple), les émotions restent en tension. Quand la figure principale d’attachement réapparaît (la mère le plus souvent), l’enfant se sent assez en sécurité pour relâcher les tensions et libérer l’expression émotionnelle.

C’est justement dans ces moments-là que nous pouvons être le plus désemparés car nous ne comprenons pas l’enfant (une des caractéristiques des réactions émotionnelles parasites est de nous rendre démunis) et car nous n’arrivons pas à calmer l’enfant avec des paroles (le stress fait « disjoncter » le cerveau et l’enfant n’a plus accès à ses capacités supérieures de réflexion… qui sont par ailleurs moins développées que celles des adultes !).

 

Accorder du temps et de l’espace à l’enfant pour libérer son stress

Pour libérer leur stress, les enfants peuvent avoir besoin soit de se dépenser physiquement, soit d’un câlin (ou les deux selon les besoins et préférences des enfants).

Donner le temps et l’espace aux enfants, à la sortie de l’école, de crier, sauter, courir, et même de pleurer peut être une façon de libérer le stress accumulé pendant la journée. C’est important de prendre le temps de bouger un peu avant de remonter dans la voiture car il faut évacuer le stress avant de chercher à calmer l’enfant :

  • sauter,
  • crier (crier vers le ciel mais pas crier sur quelqu’un),
  • lancer les bras vers le ciel,
  • sortir la tension par le mouvement,
  • respirer si la charge n’est pas trop forte.

Il est également possible de donner un câlin à l’enfant (sans l’imposer s’il n’en veut pas) en l’accompagnant de paroles empathiques (et courtes) : « On dirait que tu as eu un journée difficile aujourd’hui. J’ai l’impression que tu as besoin d’un gros câlin ». Parfois, le câlin peut venir après la dépense physique, une fois que l’enfant a libéré son trop plein énergie.

Par ailleurs, notre responsabilité d’adulte est de diminuer le stress des enfants :

  • en respectant au mieux leurs besoins affectifs et physiologiques,
  • en proposant un environnement adapté (l’école de l’enfant est-elle un lieu adapté ? comment faire au mieux ?) ,
  • en adaptant nos attentes en fonction de leur développement physique et émotionnel,
  • en permettant des temps et des espaces de mouvements et de jeux libres,
  • en accueillant les émotions primaires pour éviter qu’elles ne s’accumulent en tension,
  • en raisonnant en termes d’attachement et de réservoir affectif.

 

Réfléchir à ce que fait l’autre parent (quand l’enfant le réclame)

Quand un enfant réclame l’autre parent (ou quelqu’un d’autre : nounou, papi, mamie, le grand frère ou la grande soeur), il est possible de :

  • accueillir la déception de l’enfant : « Oh, tu aurais préféré que ce soit… qui vienne te chercher ce soir. Tu aimes bien quand c’est lui/elle qui vient te chercher. »
  • réfléchir à ce que l’autre personne fait différemment : venir avec un goûter ? autoriser l’enfant à courir ou escalader sur le chemin du retour ? faire une pause active ou câlin avant de monter dans la voiture ? venir avec le chien ? Si ce n’est pas possible d’accorder cela à l’enfant, reconnaître sa déception et éventuellement lui accorder dans l’imaginaire : « Tu aimes bien quand c’est… qui vient te chercher parce que… Imagine que je vienne avec 5 pains au chocolat, non je sais 10, non mieux 100 ! Ce serait trop bien, non ? »

 

Remplir le réservoir affectif vide

Le fait de remplir le réservoir affectif vide peut se faire de plusieurs manières, à chaque famille de trouver la manière qui lui convient le mieux. L’idée principale est que ce soit une moment de réelle reconnexion, agréable pour tout le monde (et si possible sans distractions extérieures comme le smartphone) :

  • cuisiner (des crêpes pour le goûter par exemple)
  • jardiner
  • jouer à un jeu de société
  • colorier/ dessiner/ peindre ensemble
  • chanter
  • se dire des mots agréables, positifs, encourageants
  • se faire des massages
  • aller à la médiathèque
  • lire un livre/ une lecture offerte
  • faire une promenade sans écran dans la nature
  • prendre le temps de discuter, d’être vraiment à l’écoute

Préparer les séparations en amont

Les enfants supportent plus facilement la séparation quand on les prépare à l’avance. Cette préparation peut passer par des mots, des jeux, des mimes, des livres… Par exemple, on peut inviter les enfants à se joindre à nous pour jouer à l’école avec des personnages ou des peluches. Les jeux de cache-cache pourront aider les tout-petits à comprendre qu’une personne absente peut revenir.

On pourra également créer un planning ou un semainier sur lequel l’enfant pourra visualiser les jours avec et sans école.

Isabelle Filliozat propose plusieurs conseils pour préparer les enfants à la séparation :

  • parler de la personne qui s’occupera de l’enfant (le ou les enseignant.e.s, les ATSEM, les animateurs.tricse)
  • évoquer avec l’enfant ce qu’il fera pendant la classe (la récréation, la sieste, le repas, les temps de garderie…)
  • écouter les émotions de l’enfant : il a le droit d’être triste, en colère ou d’avoir peur
  • évoquer et visualiser les retrouvailles
  • dans la mesure du possible, habituer l’enfant progressivement
  • partir en disant bien « au revoir » pour éviter le sentiment d’abandon et de trahison
  • manifester lamour par des petits objets (mouchoir avec l’odeur du parfum; petit galet ressource dans la poche ou la trousse; dessin de bisou au creux du poignet; bisous virtuels déposées dans les poches….)

 

Repenser l’alimentation

Isabelle Filliozat expose le lien entre alimentation et certains problèmes récurrents que peuvent rencontrer les enfants : hyperactivité, problèmes comportementaux, difficultés à manger, envies de sucre, etc.

Isabelle Filliozat souligne plusieurs problèmes liés à l’alimentation dans le développement des enfants :

  • les allergies
  • le rôle excitant du sucre
  • la nocivité des additifs et des phosphates dans l’hyper activité et le déficit de l’attention
  • les perturbateurs endocriniens
  • le gluten et la caséine qui peuvent déclencher de l’agressivité

Le fait d’éviter les plats préparés, les bonbons, les gâteaux industriels, le sucre blanc et les sodas peut avoir un effet positif sur le comportement des enfants.

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