Les écrans sont comme des desserts pour le cerveau.

Les écrans sont comme des desserts pour le cerveau.

Les écrans sont comme des desserts pour le cerveau.

Elena Pasquinelli, chercheuse en philosophie et sciences cognitives, estime que les écrans sont comme des desserts pour le cerveau.

Dans son livre Comment utiliser les écrans en famille, elle écrit que les éléments nécessaires à l’obtention d’un jeu vidéo à succès correspondent aux préférences du cerveau liées à l’histoire de l’évolution humaine.

Elle rappelle que ce qui attire plus facilement notre attention et nous distrait est un stimulus sensoriel : un bruit inattendu, un flash lumineux, un objet qui bouge… cela ne vous rappelle rien 🙂 ?

Quand nous pensons aux dispositions qui ont permis à nos ancêtres de survivre (repérer les mouvements, les bruits et odeurs inhabituels puis se préparer au mouvement – fuite ou attaque), certains de nos goûts et préférences face  aux stimulis artificiels que sont les écrans sont compréhensibles.

Elena Pasquinelli explique que, bien que très récents dans l’histoire de l’évolution humaine, les écrans (et les jeux vidéo en particulier) fournissent le genre de stimuli que notre cerveau associe à des informations vitales.

Des stimuli sensoriels

Les jeux vidéos proposent des lumières et des bruits, des couleurs et des mouvements, des changements et des événements soudains qui nous prennent au dépourvu et activent notre vigilance.

Des tâches pratiques avec la poursuite d’un objectif

Notre cerveau apprécie particulièrement les tâches d’ordre pratique, visant la poursuite d’un objectif. C’est pourquoi les jeux vidéo proposent aux joueurs une ou plusieurs tâches concrètes ainsi qu’un objectif tout aussi concret, qu’il s’agit d’atteindre et sur lequel il faut concentrer ses efforts.

Des objectifs réalisables et des niveaux

Il faut que l’objectif du jeu reste réalisable. Une fois atteint, le cerveau l’enregistre telle une récompense. Il produit alors de la dopamine – une substance chimique émise lors des échanges entre les neurones d’un circuit particulier, à savoir celui dédié à l’apprentissage et à la focalisation de l’attention, mais qui suscite aussi l’envie d’aller à nouveau chercher le même type de stimulus.

Pour simplifier, les neuroscientifiques le nomment « circuit du plaisir » ou « circuit de la récompense.

Des récompenses atteignables et ayant un sens pour le joueur

D’une certaine façon, le cerveau reçoit une double ration de dessert à base de dopamine : la première quand il s’attend à recevoir une récompense et la seconde quand il la reçoit vraiment !

Des éléments narratifs 

Le cerveau aime les histoires et est sensibles aux éléments narratifs. Dès son plus jeune âge, le cerveau humain développe ainsi des intuitions et des idées qui lui permettent d’expliquer les événements qui se produisent autour de lui et de les relier les uns aux autres par un lien causal. Ainsi, les films, les séries et les jeux vidéos basés sur une trame narrative plaisent particulièrement au cerveau humain.

 

Ces caractéristiques offrent à notre cerveau un type de stimulus auquel il lui est difficile (mais pas impossible) de résister : c’est la raison pour laquelle Elena Pasquinelli compare les jeux vidéos (tablettes, smartphones, consoles de jeux) à des desserts pour le cerveau.

 

Pourquoi les enfants préfèrent-ils les écrans à d’autres activités ?

Les sciences cognitives ont montré que le cerveau humain n’est pas fait pour penser.

Elena Pasquinelli rappelle que, pour réfléchir, notre cerveau doit mettre de côté ce qui lui vient spontanément en tête, inhiber et faire le tri. Cela exige forcément de l’autodiscipline et un gros effort cognitif. Par ailleurs, cela nécessite d’accepter de ne pas savoir, de se remettre en question, de supporter l’incertitude et d’avouer ses erreurs quand c’est le cas.

A l’inverse, la fiction soumet les faits à nos exigences et à nos intérêts et nous pouvons nous laisser transporter par l’émotion, sans expérimenter un risque réel.

Par ailleurs, la lecture, qu’on oppose souvent aux activités sur écrans (films, vidéos, jeux vidéos), n’est pas une fonction naturelle parce que c’est une tâche éloignée de celles pour lesquelles notre cerveau s’est développé au cours du règne animal, à savoir agir et percevoir.

Ainsi, on comprend mieux pourquoi les jeux vidéos et les films sont plus attractifs que la lecture notamment : ils ajoutent une couche de perception et d’action à notre passion pour la fiction.

Les sciences cognitives ont également montré qu’il existe dans notre cerveau une attraction invisible vers le chemin de moindre résistance. Cette attraction peut dicter nos vies davantage que nous ne le croyons, créant une barrière imperméable au changement et au développement positif.

Shawn Achor (assistant de Tal Ben-Shahar à Harvard, figure majeure de la psychologie positive) cite des études selon lesquelles les adolescents américains sont deux fois et demie plus susceptibles de connaître une satisfaction intense quand ils s’adonnent à un passe-temps que lorsqu’ils regardent la télévision, et trois fois plus quand ils pratiquent un sport. Et pourtant, Achor note un paradoxe : ces mêmes jeunes passent quatre fois plus d’heures devant le petit écran qu’à se livrer à une activité sportive ou de loisir.

Nous sommes attirés par la facilité, la commodité, l’habitude, et il est très difficile de surmonter cette inertie. La nature humaine nous emmène fréquemment sur le chemin de moindre résistance.

 

A chaque enfant et chaque famille de trouver ses propres stratégies pour un rapport sain aux écrans

Un rapport sain aux écrans serait celui qui ne détériore pas les relations parents/ enfants, qui ne dégrade pas l’atmosphère familiale, qui permet à la fois aux jeunes d’exercer leur autonomie, de jouer avec les outils de leur société et aux parents de satisfaire leurs besoins de contribuer à la bonne santé mentale et physique de leurs enfants.

Elena Pasquinelli rappelle que certains d’entre nous savent mieux que d’autres résister à la tentation d’un dessert. Il est donc impossible de préconiser une stratégie unique qui convienne à tout le monde pour un rapport sain aux écrans.

Cela dit, nous savons que ces capacités de résistance, de contrôle et d’inhibition sont plus fragiles chez les enfants (leur cerveau étant immature, l’auto contrôle des enfants est peu développé) et les adolescents (lié à l’élagage neuronal et à l’effet de groupe/ la socialisation).

Elena Pasquinelli estime qu’il est du rôle des adultes de fournir un cadre et d’aider les jeunes à développer leurs propres capacités exécutives de contrôle. Cela peut se faire de manière respectueuse et sans usage de punition ni récompense.

La chercheuse en sciences cognitives propose quelques mesures en fonction de l’âge des enfants :

  • Pour les plus jeunes, éviter d’utiliser les écrans comme des « sucettes du XXI° siècle » (expression de Catherine Dumonteil Kremer)

Plus facile à dire qu’à faire… mais l’avoir en tête est déjà une première étape Le problème apparaît quand les écrans sont utilisés comme substituts aux relations et comme moyen de censurer les émotions, de réguler les comportements sans laisser assez de temps pour les interactions humaines et les temps de décharge émotionnelle.

 

  • Ôter de la vue les écrans

Le cerveau est un organe de nature paresseuse. Il préfère ne pas penser, même s’il en est capable, et éviter tout effort si des alternatives existent. Entre un jeu vidéo et une autre activité (comme un livre 🙂 ), la concurrence risque d’être déloyale.

Mieux vaut donner libre accès aux activités qui sont les plus consommatrices en énergie (lire, aller jouer dehors, faire du sport…). Rien de tel pour faciliter les choix difficiles que d’ôter de la vue les alternatives faciles (les écrans en l’occurrence).

 

  • S’attendre à des réactions de colère à l’arrêt des écrans

Mettre quelque chose qui ressemble à un gâteau entre les mains des enfants et penser qu’ils ne manifesteront pas d’émotions lorsque ce dessert leur sera retiré revient à ignorer une caractéristique normale du fonctionnement humain.

La colère est l’émotion réparatrice face à la frustration. Il ne s’agit ni d’un caprice ni d’une addiction, simplement d’une réaction physiologique normale qui est à entendre et accueillir pour ce qu’elle est (l’expression de la frustration et de l’impuissance face à un bon moment qui prend fin et à l’imposition d’une décision).

L’écoute empathique permettra de traverser sereinement ce moment difficile pour l’enfant et le parent (« oui, c’est vrai, tu aurais préféré continuer à jouer », « c’était tellement bien que tu aurais préféré continuer à jouer », « c’est difficile quand quelque chose qu’on aime bien prend fin »…).


En amont, il est également possible de définir un temps de jeu (avec référence à la pendule : par exemple, quand la grande aiguille est en haut) et de prévenir l’enfant 5 minutes puis 2 minutes avant qu’il doive arrêter. Si l’enfant veut continuer à jouer, lui demander de combien de temps il a encore besoin est également une solution.

 

  • Expliquer le fonctionnement du cerveau aux enfants

Il est tout à fait possible d’expliquer aux enfants et adolescents que, pour leur cerveau, les consoles de jeux, le smartphone ou la tablette sont une sorte de dessert et qu’il est normal que cela leur soit difficile de s’en séparer ou d’y résister. Mais difficile ne veut pas dire impossible.

 

  • Aider les enfants et adolescents à trouver des stratégies, soit en les proposant, soit en les encourageant

Les écrans et les jeux vidéos ne sont pas des ennemis en soi. Avec les enfants plus âgés (à partir de 7/8 ans), il est possible de les impliquer dans des choix conscients pour déterminer quand et comment utiliser les technologies numériques et les supports électroniques.

Cela peut se faire lors de temps d’échange en famille où chacun (enfants et parents) expose ses besoins, ses peurs, ses valeurs et où des idées sont envisagées, sont discutées dans l’objectif de trouver des solutions qui conviennent à tout le monde. Il est important de se souvenir que, lorsqu’une personne se sent comprise et acceptée telle qu’elle est, elle n’a plus besoin de lutter ou de rentrer dans des jeux de pouvoir. Cela ne signifie pas qu’il n’y aura plus de conflit autour des écrans mais qu’ils ne prendront pas proportions énormes dans la famille et que ces conflits seront vus comme des occasions d’apprendre, de progresser, de mieux se connaître mutuellement.

Par exemple, un parent peut proposer l’utilisation d’un sablier ou d’un minuteur pour réguler les temps d’écran. Cette proposition sera alors discutée afin d’arriver à une règle familiale à partir de cela (la solution pouvant être tout à fait différente de l’idée de départ).

Je sais que, dans certaines familles, il y a des tickets en fonction du temps d’écran accordé selon l’âge + minuteur : une fois les tickets consommés, il faut attendre la semaine suivante pour les nouveaux tickets autorisant l’accès aux écrans. Dans d’autres familles, les accès aux écrans sont libres et non contrôlés. Cela ne veut pas dire pour autant que ces enfants passeront tout leur temps devant un écran, simplement qu’ils y ont accès en autonomie et sans restriction en dehors des temps structurés (comme le temps passé à l’école, dans des activités extra scolaires, les repas, les sorties…).

Ainsi, Ramin Farhangi, co créateur d’une école démocratique à Paris et auteur du livre Pourquoi j’ai créé une école où les enfants font ce qu’ils veulent, consacre plusieurs passages de son livre aux jeux vidéos. Sa conception est intéressante dans le sens où elle va complètement à contre courant des recommandations et avis habituels. Il considère que les jeux vidéos sont de véritables laboratoires d’apprentissages (sens logique, capacité d’appréhender la complexité, créativité, gestion, sens des responsabilité, auto discipline…) et plaide pour un usage libre et non restreint des écrans.

Aux parents qui limitent le temps que leurs enfants dédient aux jeux vidéos : je vous invite d’abord à questionner la légitimité d’une telle autorité et si l’alternative que vous leur proposez offre de telles opportunités d’apprentissage. – Ramin Farhangi

L’idée est que les règles sont amenées à évoluer, notamment en fonction de l’âge des enfants et des valeurs importantes de chaque famille.

 

  • Faire preuve de souplesse et d’intérêt

En tant que parents, nous pouvons nous impliquer à travers la parole et les actes

Poser des questions avec intérêt sur le contenu du jeu vidéo ou sur la chaîne You Tube regardée,

Partager leur joie et leur fierté quand nos enfants gagnent une partie,

Accepter qu’ils finissent une partie en cours quand le minuteur a sonné,

S’intéresser à la manière dont fonctionne le jeu afin de mieux comprendre leurs réactions (exemple : il est normal qu’un adolescent réagisse avec colère si on lui coupe l’accès aux écrans lors d’un jeu en réseau parce qu’il risque d’être rejeté par le groupe s’il ne termine pas sa part).

S’intéresser ne veut pas dire valider : il est possible de faire part des méfiances et des peurs en lien avec les contenus. La communication bienveillante donne des pistes pour y parvenir sans rompre le lien.

 

  • Privilégier les interactions réelles et le temps passé en famille

Pasquinelli tient à rappeler un élément fondamental de la relation parents/ enfants : jouer et interagir avec ses enfants, c’est les accompagner dans la gestion de leurs propres ressources d’attention, de mémoire et de contrôle. Les activités ensemble, le partage de temps quotidiens « banaux » (faire une partie de petits chevaux, aller se promener dehors, cuisiner ensemble, discuter, faire du shopping avec les ados ou une sortie vélo et même regarder un film ensemble…) participent à renforcer les liens et les interactions réelles.

Par ailleurs, le temps et le jeu libres offrent des possibilités de pouvoir personnel pour que les enfants et adolescents trouvent ailleurs que dans les écrans des occasions d’être des « héros », d’avoir de l’autonomie et de la reconnaissance. Il est donc souhaitable de laisser les enfants expérimenter dans la « vraie vie » (se servir d’un marteau, d’un râteau, jardiner, bricoler, leur apprendre à manier des allumettes sans danger…) et de les aider à créer quelque chose de leurs propres mains (construire un petit meuble, coudre un vêtement…) pour qu’ils se sentent puissants, créateurs.

Dans son livre Libre pour apprendre, Peter Gray cite à ce sujet une étude (Przybylski, 2009) qui a montré que les enfants qui ont des opportunités de jouer à la fois sur écran et dehors vont la plupart du temps choisir un équilibre entre les deux. Les enfants qui restent scotchés devant leur écran apparaissent être ceux qui ont peu d’opportunités de jouer dehors et/ou de manière libre et autonome par ailleurs (que ce soit dans le cadre familial et/ou scolaire).

 

  • Montrer l’exemple en faisant un usage modéré des écrans

Est-ce que les écrans ne seraient pas aussi nos « sucettes » à nous ? A quel point sommes-nous capables de nous passer de nos smartphones ? Attendons-nous des choses de le part de nos enfants que nous ne sommes pas capables de faire ?

Je vous livre ma manière personnelle de gérer les écrans (qui n’a pas valeur de prescription mais seulement de champs des possibles… ) :

J’ai décidé volontairement de retreindre mon usage des écrans. Nous n’avons pas de tablette à la maison et mon téléphone est un smartphone basique avec peu d’espace de stockage. J’y ai supprimé de nombreuses applications présentes d’office et en ai téléchargées très peu (avec quelques jeux pour ma fille de 8 ans). J’ai fait le choix d’être assez peu présentes sur les réseaux sociaux (je ne suis pas présente sur Instagram par exemple avec mes blogs et je n’ai ni Twitter ni Pinterest sur mon téléphone, je n’y accède qu’avec l’ordinateur… et moins d’une fois par mois !).

Je consulte encore trop mon téléphone à mon goût (notamment les notifications de commentaires sur les blogs et les comptes Facebook…) et nous avons mis en place un code avec ma fille. Quand elle se sent exclue parce que je consulte mon téléphone en sa présence, elle me dit « vieille chaussette pourrie » parce qu’elle se sent justement mise de côté comme une vieille chaussette. C’est le signal pour que je pose mon téléphone :).

 

Quoiqu’il en soit, être un parent au XXI° est une lourde tâche et nous pouvons toujours décider d’adopter une posture de parents chercheurs… à défaut de parents parfaits :).

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Source : Comment utiliser les écrans en famille : petit guide à l’usage des parents 3.0 de Elena Pasquinelli (éditions Odile Jacob). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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