L’école de la liberté : un modèle d’éducation autonome et démocratique

L’école de la liberté : un modèle d’éducation autonome et démocratique

Présentation de l’éditeur

livre l'école de la libertéImaginez un lieu où des garçons et des filles, dès l’âge de quatre ans, mènent chaque jour leur vie comme bon leur semble. Il s’agit pourtant d’une école – mais à la différence qu’ici il n’y a aucun programme prédéfini, le seul critère pour chaque élève étant : « Fais ce qui te motive, au rythme qui est le tien, aussi longtemps que tu le souhaites, et assume la responsabilité de tes choix. Les adultes sont là pour t’aider, uniquement quand et si tu en fais la demande. »

La Sudbury Valley School, une école ? Certainement, au vu des résultats : au terme de cette scolarité, certes atypique, les anciens élèves sont des êtres épanouis et responsables. Certains se lancent dans la vie active, d’autres suivent des formations ou entrent à l’université.

L’Ecole de la liberté n’est pas un traité sur l’éducation, mais un document fondateur, touchant et très instructif, sur une manière de considérer la jeunesse qui permet à chaque jeune de découvrir par lui-même ce qu’il veut faire de sa vie.

Car, pour l’essentiel, ce n’est pas nous qui enseignons aux enfants : nous les aidons simplement à apprendre… Et quand ils apprennent vite et bien, c’est parce qu’ils le veulent, et non parce qu’ils le doivent.

Ayant largement fait ses preuves, ce modèle a essaimé: il existe aujourd’hui des dizaines d’écoles de ce type un peu partout dans le monde, et elles commencent à prendre racine en France.

J’ai aimé

Ce livre se lit comme un véritable roman. Daniel Greenberg y raconte les débuts de l’école Sudbury Valley, première école démocratique du monde. L’école Sudbury Valley a été fondée en 1968 dans le Massachusetts (Etats-Unis) et est une école expérimentale unique en son genre. Cette école part du principe que tous les humains désirent naturellement apprendre. Les enfants, de 3 à 19 ans, y apprennent en suivant leur inclination naturelle,en utilisant leur temps comme ils veulent tous les jours et toute la journée. L’idée des fondateurs de cette école, dont a fait partie Daniel Greenberg, est simple : poussés par une curiosité naturelle, qui est l’essence même de la nature humaine, les enfants feront d’énormes efforts pour explorer et maîtriser le monde qui les entoure.

Le récit de Daniel Greenberg est précieux parce qu’il démontre que les enfants et les adolescents sont capables d’apprendre sans notes, sans cahiers, sans emploi du temps, sans enseignants, sans ségrégation par classe d’âge. A Sudbury, les enfants et adolescents ne sont pas triés par âge pour être assignés dans des classes mais sont libres de leurs mouvements et de leur temps. Les « élèves » de cette école apprennent uniquement ce qu’ils souhaitent apprendre et sont libres de choisir leur propre matériel, leurs livres et leurs éventuels enseignants s’ils estiment en avoir besoin. Greenberg rappelle qu’aucun élève n’est sorti de son école analphabète et que bon nombre d’entre eux ont suivi des études supérieures. Bien qu’ils n’aient pas de dossier scolaire avec des bulletins de notes, les grands avantages des élèves qui sortent de Sudbury sont leur force intérieure, leur connaissance d’eux-mêmes et leur détermination. Daniel Greenberg relate dans ce livre les parcours de nombreux adolescents qui ont voulu intégrer des écoles supérieures : ils ont été convoqués à des entretiens et ont tous su convaincre les administrateurs de les intégrer pour ce qu’ils sont, ce qu’ils ont à apporter à l’université plutôt que pour des bons bulletins scolaires.

Au-delà de l’idées des apprentissages autonomes et informels, la structure organisationnelle de Sudbury School Valley est qualifiée de démocratique. L’école est en effet dirigée comme une vraie démocratie par le conseil d’école où chaque élève et chaque membre du personnel détient une voix. Tout ce qui a trait à l’école fonctionne de cette manière : les règles de vie collective, le budget, l’administration, les embauches, les renvois et la discipline.

Daniel Greenberg a séparé son ouvrage en deux parties :

  • la première partie : apprendre

Dans cette première partie, Daniel Greenberg aborde les questions des apprentissages dits « fondamentaux » (compter, lire, écrire) ainsi que les apprentissages de compétences intrapersonnelles (la persévérance, l’organisation, la concentration, l’auto évaluation) et interpersonnelles (la gestion de projet, la gestion d’associations, la communication, la résolution de conflits…).

Daniel Greenberg décrit plusieurs cas d’enfants pour illustrer le fait qu’ils lisent lorsqu’ils sont prêts, certains à 5 ans, d’autres à 10. Tous finissent par lire, et bien lire même.

On découvre qu’il peut bel et bien y avoir des cours à l’école Sudbury… si les enfants ou adolescents en font la demande. Ce qui importe est ce que les élèves veulent prendre, pas ce que les enseignants veulent donner. A Subury, un cours est donc un accord entre deux parties : un élève (ou groupe d’élèves qui veulent apprendre quelque chose de précis) et un facilitateur d’apprentissage.

Par ailleurs, l’école est très largement ouverte sur l’extérieur : des intervenants peuvent venir y donner un coup de main ou travailler au sein de l’école par exemple sous forme d’ateliers, des ventes d’objets fabriqués par les élèves sont organisées au sein de l’école, les élèves sortent fréquemment des murs de l’école (pour des séances d’apprentissage avec des artisans du coin par exemple).

Daniel Greenberg consacre un chapitre entier à l’importance du jeu libre : « le fait est que le jeu représente une bonne partie de la vie à Sudbury Valley ».

  • la deuxième partie : la vie à l’école 

Dans cette deuxième partie, Daniel Greenberg décrit le fonctionnement administratif et disciplinaire de l’école. Il y détaille le fonctionnement du conseil d’école et expose une multitude d’anecdotes pour illustrer le fonctionnement à la fois démocratique et coopératif de l’école (à propos des vols, du ménage, de l’usage des différents matériels et pièces de l’école…).

Greenberg expose avec beaucoup d’humour et d’humilité les tâtonnements qui jalonnent la vie de l’école : certaines règles votées au conseil d’école ne sont pas suivies et il nécessitent de repasser par le conseil d’école, certaines demandes déclenchent des débats longs et difficiles à trancher, certaines règles ne sont pas adaptées et doivent être modifiées…

Une chose plus que remarquable à Sudbury est le statut du personnel : il n’y a pas de titulaire. Le conseil d’école engage le personnel et, à la fin de chaque année, des élections ont lieu pour choisir le personnel de l’année suivante. Quiconque veut en faire partie doit simplement poser sa candidature. Le conseil d’école (constitué des membres du personnel et des élèves quelque soit leur âge) discute de ce qui est nécessaire comme personnel puis étudie le cas de chaque candidat. Le jour de l’élection, toutes les personnes de l’école ont la possibilité de participer au vote secret. Cela oblige tous les adultes à rester vigilants et à faire leurs preuves années après année auprès des élèves.

Greenberg livre une réflexion très intéressante sur les élèves « fauteurs de troubles » et ceux « premiers de la classe » :

« être un fauteur de troubles est le signe même que vous n’avez pas renoncé à vous battre. Les gens ont beau essayer de vous faire céder, de vous changer, de vous faire entrer dans un moule, vous continuez à lutter au lieu de capituler. Il est vrai que leur énergie est souvent dirigée vers des activités auto-destructrices mais, une fois libérée de la guerre contre un monde oppressif, celle-ci peut rapidement se tourner vers la construction de leur monde intérieur, et même vers l’établissement d’une société meilleure. »

« les premiers de la classe sont tellement habitués à faire plaisir à leurs professeurs qu’ils sont complètement déboussolés lorsqu’ils arrivent chez nous. A qui faut-il plaire ici ? se demandent-ils. L’adaptation est douloureuse et découvrir que tout le monde à l’école est intelligent, a l’esprit vif et éveillé ne facilite évidemment rien. La lutte pour être le premier de la classe n’a aucun sens à Sudbury Valley et ne correspond à aucun cadre de référence. Ce sont ces enfants-là, et non les fauteurs de troubles, qui sont les vraies victimes de la société. Après des années passées à se conformer,à une autorité extérieure, ils ont perdu le contact avec eux-mêmes. »

Un chapitre est consacré au système de justice qui a pour objectif la liberté, la justice et l’équité pour tous. Avec ce système de justice collaboratif et équitable, les enfants apprennent à faire la différence entre les besoins de la vie collective et les questions personnelles (d’amitié par exemple). Chacun (adultes et enfants) sait que le fonctionnement de l’école en tant qu’institution repose sur une acceptation générale des règles votées par le conseil d’école.

 

Cet ouvrage est réellement passionnant dans le sens où il fait la démonstration de la réussite du modèle des écoles démocratiques. Le livre est d’une telle richesse qu’il est difficile de lui faire honneur et d’en rendre compte avec fidélité. On se laisse embarquer par les récits des vies des élèves et des facilitateurs d’apprentissage, par cette aventure humaine à travers laquelle on se rend compte de l’énorme potentiel des enfants qui en font la pleine démonstration quand on leur en laisse les moyens.

Ce livre est une ode à la nature humaine, à la vie, à l’enfance, à la confiance, aux droits des humains. Je rêve que chaque humain puisse un jour goûter cette liberté d’être dans une optique de pleine réalisation de soi au service du collectif.

A défaut de généraliser ce modèle à toutes les écoles, lire ce livre permet d’envisager l’instruction sous un jour différent. Le groupement des écoles démocratiques françaises (EUDEC France) milite d’ailleurs pour une reconnaissance de ce modèle par les pouvoirs publics afin de pouvoir ouvrir des établissements subventionnés par l’Etat à un coût plus abordable que les écoles hors contrat. L’objectif est que chaque famille dispose d’un éventail de choix aussi large que possible près de chez elle pour réellement choisir quel type d’instruction offrir à ses enfants.

Etre laïc en termes d’éducation, ce n’est pas imposer un modèle d’éducation standard et commun à tous. – Ramin Farhangi (fondateur de l’Ecole Dynamique à Paris et membre actif de EUDEC)

Quelques citations

A Sudbury Valley, aucun enfant n’a jamais été forcé, poussé, pressé, cajolé ou manipulé pour qu’il apprenne à lire. Aucun des élèves sortis de notre école n’est illettré ou analphabète fonctionnel. En rencontrant nos élèves les plus vieux, personne ne peut deviner à quel âge ils ont commencé à apprendre à lire ou à écrire.

[Au sujet d’un élève qui passait ses journées à pêcher et dont le père était inquiet] Il a appris à s’accrocher à un sujet et à ne pas le lâcher. Il a appris à apprécier la liberté de pouvoir se consacrer aux choses qui l’intéressent vraiment en les approfondissant autant qu’il le souhaite et où que cela le mène. Et il a appris à être heureux. Personne ne peut lui enlever ces choses là. Le jour ou l’année où il perdra son intérêt pour la pêche, il fournira le même effort dans un autre domaine.

Lorsque les élèves diplômés quittent l’école pour entrer dans le monde, ils savent se donner à fond dans tout ce qu’ils entreprennent, en n’oubliant pas de rire et de profiter de la vie comme elle vient.

S’inquiéter du nombre de jours ou d’années qui se sont écoulés depuis qu’une personne est née semble simplement n’avoir aucune importance. A Sudbury Valley, tout le monde a le temps.

A Sudbury Valley, les individus sont tous égaux, même les plus jeunes.

Le fait est qu’à Sudbury Valley l’équité profite à tous. Personne n’a peur d’une autorité, personne n’a peur des adultes, des enseignants ou de tout autre individu. Les gens se regardent droit dans les yeux, en tant que membres égaux de la communauté scolaire. Chacun est confiant : il sait qu’ici la liberté est protégée par un système de justice pour qui l’âge, le sexe et le statut ne font aucune différence.

…………………………………………………..

L’école de la liberté : un modèle d’éducation autonome et démocratique de Daniel Greenberg (éditions Mama) est disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

Commander L’école de la liberté sur Amazon ou sur Decitre.

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. Waouh !!!
    Moi qui suis en pleine réflexion sur le unschooling car je ne trouve pas d’école autre que « classique » par chez moi, je viens de rêver en lisant cet article !!!
    J’avais déja lu et entendu le nom de Sudbury valley mais sans savoir quel en était réellement le concept ; désormais je comprends. Je suis totalement persuadée du bien fondé de cette démarche : épanouissement, développement du meilleur de l’enfant garantis !!!
    Merci pour ce partage.
    Mon commentaire est très court car je me restreints : il y a tellement à dire que si je me lâche ça va être long …mdr!!!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *