Montessori à la maison : 8 principes directeurs

Montessori à la maison :  8 principes directeurs

Pour Maria Montessori, les parents sont les premiers éducateurs et le cerveau de l’enfant est une éponge qui absorbe tout (elle parle de l’esprit absorbant). L’enfant suit un processus d’adaptation et d’apprentissage pour être bien dans son environnement.

Maria Montessori insiste sur la dignité des enfants et considère l’éducation comme une « aide à la vie ». L’éducation encourage donc le développement de l’élan vital. Les principes directeurs de la pensée Montessori peuvent être appliqués à la maison, sans pour autant en faire un dogme ou des principes rigides.

1.La liberté de mouvement

On peut regarder la maison avec des yeux d’enfants pour leur permettre d’explorer sans danger (par exemple en se mettant nous mêmes à 4 pattes ou sur les genoux !).

Il s’agit de préparer l’environnement avec le moins de dangers possible sans pour autant faire de la maison un bunker.

En ce qui concerne les très jeunes enfants, la pédagogie Montessori et le concept de motricité libre se rejoignent.

Le principe de la motricité libre tel que développée par Emmi Pikler est de ne pas mettre un enfant dans une position qu’il n’est pas capable d’atteindre seul ou dont il ne peut pas sortir seul.

Quand on apporte systématiquement un objet à un enfant, quand on le met debout, quand on le cale en position assise, quand on le prend par les mains pour le faire marcher, on agit à contre nature. Pourtant, la nature fait mieux les choses que notre intelligence. L’enfant a en lui toutes les compétences nécessaires pour se développer.

L’acquisition des habiletés qui vont mener les jeunes enfants à l’autonomie passent par plusieurs principes qui sous tendent la motricité libre :

  • Offrir un environnement riche en possibilité d’expériences sensorielles et motrices
  • Sécuriser l’espace des enfants pour ne pas limiter les mouvements et l’exploration
  • Adapter l’environnement au fur et à mesure des progrès
  • Proposer des jeux adaptés aux capacités du moment
  • Inutile d’essayer de précipiter les apprentissages des bébés
  • Encourager
  • Respecter les temps de pause et les retours en arrière
  • Faire confiance à l’enfant
  • Eviter de comparer ou de se référer à des normes trop rigides

L’autonomie est bel et bien un mode de vie, pas des petits moments octroyés par ci par là. La confiance en soi et la conscience en soi sont fondamentalement soutenues par la motricité libre parce que le petit enfant fait à la fois ce qu’il veut et ce qu’il peut, il sait qui il est et il est.

La motricité libre participe à la construction de la confiance en soi et de l’estime de soi.

Avec la motricité libre et la pensée Montessori, le regard des adultes sur l’enfant change du tout au tout.

2.La protection de la concentration

Tant qu’il n’y a pas de danger (pour lui ou pour les autres) ou bien de risque de destruction, il s’agit de ne pas interrompre l’enfant dans sa tâche.

La concentration est un des piliers de la pensée Montessori. Maria Montessori insiste sur les connexions faites dans le cerveau quand un enfant est concentré, dans le « flow ». L’enfant a besoin de répéter pour acquérir la maîtrise. Par ailleurs, la répétition d’un geste correspond toujours à une expression de l’élan vital de l’enfant.

Le respect de la concentration de l’enfant est donc clé dans l’approche montessorienne, sans pression pour finir ou interrompre une tâche en cours. On peut profiter des moments de relâchement de la concentration pour les transitions (ex: repas, sortie, coucher…) et intégrer les activités de vie pratique (cuisine, ménage) dans le travail (au sens d’activités spontanées) de l’enfant.

Si les activités spontanées de l’enfant sur lesquelles il a pu exercer toute sa concentration ont induit du dérangement ou des saletés, c’est l’occasion de l’inviter à ranger et nettoyer une fois que son activité est terminée.

La pédagogie Montessori insiste bien sur un point : l’enfant réalise la construction de sa personnalité quand il travaille tout seul sans crainte d’interruption ou de critiques.

3.L’indépendance

La préparation de l’environnement est la préalable à l’indépendance de l’enfant. Quand l’environnement est adapté, l’enfant se sent bienvenu et peut faire des choses par lui-même.

Ainsi, un mobilier à hauteur d’enfant, des rangements à portée de mains, un tabouret pour l’accès au lavabo, une petite cruche et un verre à disposition pour se servir à boire sont autant d’aménagements qui permettent l’indépendance de l’enfant.

Maria Montessori a conçu une chambre de bébé qui respecte les besoins des bébés avec un lit bas posé au sol, un tapis au sol bloqué contre un mur, un miroir d’environ un mètre accroché au mur dans lequel l’enfant peut se voir en pied puis une barre de traction fixée au mur une fois que l’enfant commence à se tenir assis.

Elle a également conçu une tour d’observation dans laquelle les enfants peuvent grimper afin de voir et participer à l’activité familiale, dans la cuisine notamment.

Par ailleurs, montrer les gestes précis attendus aux enfants leur permet de satisfaire leurs besoins de contribution et d’autonomie (ex : se servir à boire, éponger la table, lacer les chaussures…). Si je veux montrer quelque chose, je peux d’abord décrire les attentes lentement et doucement (dans la posture du corps et le ton de la voix) avec juste quelques mots précis puis je me tais et je montre avec mes mains (parler avant ou après mais pas pendant les gestes de démonstration). Ensuite, je laisse l’enfant répéter le geste autant de fois qu’il en a besoin pour lui laisser l’opportunité d’auto analyser son mouvement.

4.L’auto discipline

La liberté de mouvement, le respect de la concentration et la possibilité d’indépendance favorisent naturellement l’auto discipline.

La liberté et la discipline ne sont rien d’autre que deux aspects de la même chose. – Maria Montessori

5.La relation

Une interaction humaine chaleureuse et positive est importante dans les actes de soins et du quotidien : se regarder dans les yeux, se parler, lire des livres, écouter, être pleinement là dans une posture chaleureuse.

L’approche de Montessori est bienveillante.

Selon elle, les personnes en contact avec les enfants se préoccupent trop des « tendances méchantes de l’enfant » et de la « façon de corriger les actes indésirables ».

Au contraire, les adultes en contact avec les enfants auraient tout à gagner à commencer par rechercher leurs propres défauts, leurs propres tendances au mal.

Au sujet de l’orgueil, Maria Montessori écrit :

[L’adulte] croit, dans son orgueil, créer tout ce qui existe chez l’enfant. C’est lui qui le rend intelligent, bon et pieux; qui lui confère les moyens d’entrer en relation avec son ambiance, avec les hommes […]. Dure tâche ! Pour rendre le tableau complet, il nie qu’il exerce la tyrannie. Y eut-il jamais tyran qui confessa sacrifier ses sujets ?

Pour Maria Montessori, il faut faire acte d’humilité et modifier notre état intérieur, notre attitude d’adulte.

C’est l’humilité spirituelle qui prépare à comprendre l’enfant.

Ainsi, nous pouvons cheminer vers une prise de conscience de notre orgueil et de notre violence pour les dépasser et incarner une véritable aide à la vie.

Cela est d’autant plus important que, selon Maria Montessori, l’éducation morale ne peut être que « vécue » et non pas transmise magistralement : vécue par les conquêtes successives que doit faire l’enfant, lui-même aidé par les adultes.

6.L’ordre

L’ordre physique et visuel donner la possibilité de mettre de l’ordre à l’intérieur, de classifier, de nuancer. En ambiance Montessori, les jouets et les objets mis à disposition des enfants sont facilement accessibles (à hauteur d’enfant et non empilés), peu nombreux, de belle qualité (matériaux naturels, couleurs douces) et correspondent aux besoins des enfants (stimulation des sens, mouvement, concentration…).

Lire aussi : Vivre la pensée Montessori à la maison : la question des jouets 

7.La confiance et le respect de la personnalité de l’enfant

La confiance en l’intelligence de l’enfant est inébranlable dans la pensée Montessori.

Quand un enfant va plus lentement que ce que la norme voudrait, on a tendance à se substituer à l’enfant dans toutes les actions que celui-ci voudrait pourtant accomplir par lui-même. Cette attitude d’aide non sollicitée pour aller plus vite et se conformer à un rythme commun à tous est l’obstacle le plus puissant au développement de la vie de l’enfant.

Le rythme fait partie intégrale de l’individu; c’est un caractère qui lui est propre, au même titre que la forme de son corps.

Le respect de la personnalité de l’enfant passe par la répétition des activités autant que l’enfant le souhaite et en a besoin, le libre choix des activités, l’absence de récompense et de punition.

Nous ne pouvons pas savoir les conséquences de l’étouffement d’un acte spontané, alors que l’enfant commence à peine à agir : sans doute est-ce la vie même que nous étouffons. L’humanité qui se manifeste à l’âge de l’enfance, comme le soleil se manifeste à l’aube, devrait être religieusement respectée : et si un acte éducatif peut être efficace, ce n’est que celui qui tente d’aider au complet déploiement de la vie.

Il faut, pour cela, éviter rigoureusement d’arrêter les mouvements spontanés et d’imposer des actes par la volonté d’autrui; à moins qu’il ne s’agisse d’actions inutiles ou néfastes, précisément parce qu’elles doivent être étouffées. – Maria Montessori

8.La liberté encadrée

Les enfants ont besoin de liberté pour exercer leurs besoins d’autonomie, de croissance, de mouvement. Cependant, cette liberté a elle-même besoin de cadres pour ne pas se transformer en chaos. Ce cadre se traduit sous forme de règles (par exemple, dans les écoles Montessori, les enfants n’ont pas le droit de choisir un plateau d’activités pour lequel ils n’ont pas reçu de leçon. En revanche, ils ont le droit d’aller se servir à boire ou d’aller aux toilettes librement).

Ce cadre est posé sans avoir recours à un système punition/ récompense et se fait tranquillement sur un ton naturel, porté par la conviction de la nécessité de ce cadre (comme celle de la ceinture de sécurité en voiture).

Pour Maria Montessori, la discipline s’atteint par une voie indirecte, grâce au développement du travail spontané dont le but à atteindre est intérieur.

Toujours imbus de ce préjugé que le but à atteindre est extérieur, nous habillons et lavons l’enfant, nous lui arrachons des mains les objets qu’il aime tant manier, nous lui donnons à manger. Et après cela, nous le jugeons incapable. Nous le trouvons en outre impatient, quand c’est nous qui n’avons pas la patience d’attendre que ses gestes obéissent aux lois du temps, différentes des nôtres; et tyrannique précisément parce que nous employons la tyrannie.

Lui, comme tout fort qui défend ses droits à la vie, se révolte contre celui qui offense cette force intérieure à laquelle il doit obéir; alors il manifeste, par des gestes violents, par des cris et par des pleurs, qu’il a été écarté de sa mission. Il se révèle comme un rebelle, un révolutionnaire, un destructeur à celui qui, ne le comprenant pas, le fait régresser en croyant l’aider. – Maria Montessori

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Pour aller plus loin :
L’enfant dans la famille de Maria Montessori (éditions Desclée De Brouwer)

Appliquer la pensée Montessori chez soi de Emmanuelle Opezzo (éditions Marabout Poche)

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3 réponses

  1. MION dit :

    Merci pour ce site.

    • Caroline dit :

      Avec joie 🙂 Et merci pour ce message car le blog se nourrit des retours des lecteurs et des lectrices !

      Belle journée
      Caroline

  2. OERLEMANS dit :

    Je suis assistante maternelle, et j’adopte souvent certaines attitudes faces aux enfants que j’ai chez moi.

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