La morsure chez les enfants de moins de 4 ans : pourquoi mordent-ils ? comment réagir ?

La morsure chez les enfants de moins de 4 ans : pourquoi mordent-ils ? comment réagir ?

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Pourquoi les jeunes enfants mordent-ils ? 

Dans son livre Guide pratique pour les pros de la petite enfance, Héloïse Junier explique que les jeunes enfants qui mordent tentent de communiquer par ce moyen sans chercher à faire mal volontairement à la personne mordue.

Il ne faut pas oublier qu’un jeune enfant n’est pas encore en capacité d’inhiber ses impulsions, ni ses émotions, et encore moins de les raisonner. – Héloïse Junier

Une morsure peut être :

  • la manifestation d’une impulsion (excitation positive comme négative);
  • une manière de se décharger d’une frustration (colère) sans en avoir les mots ou les outils de régulation émotionnelle;
  • une tentative de communication maladroite avec l’autre (à savoir que plus la parole va se développer, moins l’enfant aura besoin de mordre pour s’exprimer ou entrer en communication);
  • une envie d’explorer, la bouche étant un organe de découverte du monde (« un peu comme une troisième main » écrit Héloïse Junier);
  • un moyen d’attirer l’attention en cas de manque d’affection ou de réservoir affectif vide (un enfant qui chercher à attirer l’attention n’est pas un manipulateur ou un « capricieux » : il tente seulement de manifester son besoin d’affection pour qu’une personne en qui il a confiance puisse le combler).

La phase de la morsure est temporaire.

Il est important de comprendre que cette phase est temporaire.

Héloïse Junier rappelle que la durée de cette phase dépend de nombreux facteurs : le niveau de développement de l’enfant (notamment de langage), les expériences à la maison et en dehors de la maison (les modèles que l’enfant reçoit à copier et les manières dont sont traités ses émotions et comportements), le temps passé en collectivité (plus la séparation est longue avec les parents et plus le temps passé en collectivité est important, plus le réservoir affectif de l’enfant sera vide).

 

Comment réagir face aux enfants qui mordent ?

Consoler l’enfant qui a été mordu

Le plus important n’est pas les mots que vous prononcez mais la douceur avec laquelle vous les lui adressez. – Héloïse Junier

Il est utile à la fois de prendre soin de l’enfant mordu et d’accompagner son émotion avec des mots qui décrivent ce qui s’est passé (sans juger ni étiqueter l’enfant mordeur) et qui reflètent les émotions de l’enfant mordu (ex : « Tu pleures parce que tu as mal. Tu faisais ci/ça, toi tu voulais ci/ ça et J. le voulait aussi. Tu as été surpris quand J. t’a mordu. C’est normal, ça surprend et ça fait mal. Je vais m’occuper de la marque sur ton bras »).

Accompagner l’enfant qui mord

Il n’est pas utile de gronder l’enfant qui a mordu, ni de l’isoler « au coin » ou de le forcer à dire pardon. L’enfant qui a mordu a surtout besoin que l’adulte réponde à son besoin (d’apaisement, d’affection, de décharge, de sommeil…).

Se poser des questions à partir des besoins de l’enfant est aidant :

  • que s’est-il passé ?
  • de quoi l’enfant a-t-il besoin ? Lire les besoins fondamentaux des enfants : Les 8 besoins des enfants (selon Jacques Salomé)
  • a-t-il assez dormi ? assez mangé ?
  • s’est-il assez dépensé physiquement ?
  • a-t-il eu assez de câlins et de contacts physiques affectueux au cours de la journée ?
  • est-il soumis à trop de stimulations sensorielles (bruits, mouvements, stimulations visuelles…) ?

La douceur reste le meilleur antidote aux manifestations d’agressivité à la fois sur le coup et tout au long de la journée. Le besoin de contact physique est un besoin humain fondamental, de même que des rapports chaleureux, de l’attention positive.


En parallèle, il est utile de rappeler à l’enfant que mordre fait mal, de lui montrer que l’enfant mordu pleure pour le sensibiliser à l’émotion induite par la morsure.

Par la suite, il peut être utile de chercher et valoriser ce qui « va bien » chez l’enfant afin non seulement d’éviter de poser une étiquette sur l’enfant qui mord (ex : il est agressif, il est violent…) mais également de le lui souligner pour qu’il construise une image positive de lui-même et de ce qui est attendu de sa part par les adultes.

Anticiper

Si nous parvenons à être suffisamment attentifs, nous pourrons arriver à déceler des signes précurseurs et le type de situations propices aux morsures :

  • un enfant excité, tendu, nerveux, agité passera plus facilement à l’action et il est utile de réfléchir à des stratégies préventives (temps calme, jeu en duo avec un adulte, temps d’attention individuelle, massage…),
  • identifier les contextes et situations récurrentes au cours desquelles l’enfant se sent mal au point de mordre.

De même, certains outils de la parentalité positive peuvent aider les jeunes enfants à mieux comprendre les consignes et les comportements attendus :

  • privilégier le « stop » plutôt que le « non »,
  • formuler des consignes positives en soulignant ce qui est attendu et autorisé (plutôt que ce qui est interdit).

Aménager l’environnement 

Héloïse Junier rappelle l’importance de l’aménagement de l’environnement, surtout dans le cadre des crèches et autres lieux d’accueil de jeunes enfants :

  • restreindre le nombre d’enfants dans une même pièce ou sur une même activité (plus le nombre d’enfants dans un même espace est important, plus les risques des manifestations d’agressivité sont importants),
  • prendre le temps d’analyser le contexte : combien d’enfants y-a-t-il dans la pièce ? combien d’adultes ? les enfants sont-ils répartis dans l’espace ou regroupés dans un coin ? l’ambiance est-elle source de stress (adultes stressés eux-mêmes, bruits, mouvements, couleurs agressives, absence de matériaux naturels et de végétation…) ?

Quoiqu’il en soit, les punitions et les contre morsures (un adulte mord l’enfant qui a lui-même mordu pour qu’il « comprenne ») sont à bannir : elle ne sont ni efficaces en terme d’apprentissage ni respectueuses de l’intégrité de l’enfant.

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Source : Guide pratique pour les pros de la petite enfance : 38 fiches pour affronter toutes les situations de Héloïse Junier (éditions Dunod). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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