Nos enfants doivent-ils obéir ? (ou la notion de congruence pour redéfinir l’autorité)

Nos enfants doivent-ils obéir ?

Les dangers du culte de l’obéissance

L’obéissance, ça déresponsabilise. L’obéissance nous vide de sens. – Agnès Dutheil

En voulant des enfants obéissants et sages, nous courons le risque de leur inculquer le culte de l’autorité inviolable et non contestable. C’est ce culte-là qui amène à la violence collective car cette obéissance nie la conscience de l’individu et il n’y a plus de barrage contre des ordres injustes, inhumains, dégradants, contraires à la conscience humaine.

Une relation responsable, bien traitante à l’enfant construit des adultes conscients, critiques, dotés d’une éthique personnelle.

L’enfant a surtout besoin de parent qui l’accompagne par la mise en mot de ce qui se passe pour lui, d’être contenu. L’enfant a besoin de grandes personnes de référence, de modèles pour se civiliser et non d’adultes qui jouent aux grandes personnes avec leur pouvoir, leur autoritarisme. – Arnaud Deroo

Plusieurs expériences dans le cadre d’études en psychologie montrent combien le culte de l’obéissance est nocif. L’expérience de Milgram notamment voulait évaluer le degré d’obéissance d’un individu devant une autorité qu’il juge légitime et analyser le processus de soumission à l’autorité, notamment quand elle induit des actions qui posent des problèmes de conscience. Des sujets de l’expérience sont allés jusqu’à administrer des charges électriques dangereuses à d’autres sujets parce que des expérimentateurs qui se présentaient comme des scientifiques le leur ont demandé. L’expérience de Stanford de Philip G. Zimbando a également montré l’impact de l’obéissance à tout prix : des étudiants ont été payés pour simuler des rôles de prisonniers et de gardiens et il est apparu que des séances de maltraitance des gardiens envers les prisonniers sont apparus dès le premier jour.

Alice Miller a également montré dans ses livres les méfaits du culte de l’obéissance à travers l’analyse des enfances d’Adolphe Hitler et de Christine F., droguée, prostituée.

A lire : C’est pour ton bien : racines de la violence dans l’éducation de l’enfant de Alice Miller (éditions Flammarion)

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La notion de congruence pour redéfinir l’autorité

Comment élever des enfants adaptés, qui comprennent qu’il faut des règles pour vivre ensemble, et en même temps libres de s’engager quand cela leur semble juste, aligné ou de ne pas s’engager quand cela leur semble injuste ?

Agnès Dutheil, mère de 5 enfants, certifiée en psychologie positive et auteure du livre La psychologie positive avec les enfants (Eyrolles) propose de remplacer la notion d’obéissance par celle de congruence pour y parvenir. Faire preuve de congruence, c’est être aligné, c’est répondre à des questions sur soi :

Qui suis-je ?

Qu’ai-je envie d’incarner ? 

Quelles sont mes valeurs ?

Qu’est-ce que j’ai envie que mes enfants incarnent comme valeurs ? 

Quel est le sens de ma vie ?

Quel exemple ai-je envie de donner ?

Quelle est mon éthique personnelle ?

Est-ce que je me donne le droit de faire des erreurs ?

Quels sont mes schémas de comportement répétitifs (quand je crie, je m’énerve…) ? 

Est-ce que je donne le droit à mes enfants de pouvoir dire oui et de pouvoir dire non ?

Répondre à ces questions permet de donner corps et âme aux outils d’éducation positive. Ce travail sur soi est un pilier essentiel avant de redéfinir l’autorité et de faire autrement dans la pratique.

L’éducation positive/bienveillante/ non violente/ consciente/ respectueuse/ créative/ ludique (quelle que soit le nom qu’on lui donne) est une philosophie et un chemin de développement personnel; ce n’est pas une accumulation d’outils et de méthodes pour se faire « obéir » sans crier.

Une autorité saine inculque une conscience d’eux aux enfants, un sens de l’autre qui leur fait intégrer les règles de la vie sociale. Dans l’autorité saine, les enfants coopèrent de leur plein gré quand ils ressentent que c’est juste et constructif pour eux. Ils ne sont pas dans un rapport de force ou dans un jeu de pouvoir; ils sont dans l’auto-discipline.

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Sources :

Porter un regard bien-traitant sur l’enfant et sur soi : « Sois sage, obéis ! » de Arnaud Deroo (éditions Chronique Sociale)


La psychologie positive avec les enfants : Pour que vos enfants donnent le meilleur d’eux-mêmes de Agnès Dutheil (éditions Eyrolles)

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1 réponse

  1. 5 mai 2017

    […] Lire aussi : Nos enfants doivent-ils obéir ? Les dangers du culte de l’obéissance […]

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