Nos enfants souffrent-ils du trouble du déficit de nature ?

Nos enfants souffrent-ils du trouble du déficit de nature ?

trouble déficit nature

Le concept de « trouble du déficit de nature » a été inventé par Richard Louv en 2005 dans son livre « Last child in the wood ». Ces termes font référence à la déconnexion que nos sociétés connaissent avec le monde naturel (et les problèmes qui en découlent). Cette déconnexion de la nature commence à un âge de plus en plus précoce. Certains considèrent même qu’il s’agit d’un problème de santé publique aux États-Unis. Pour preuve, voici quelques chiffres alarmants :

  • les enfants américains passent entre 40h et 65 heures par semaine devant les écrans
  • moins de 1 enfant sur 5 va à l’école à pieds
  • l’obésité enfantine est passée de 4% en 1960 à 20% dans les années 2000
  • seuls 6% des enfants âgés de 9 à 13 ans jouent dehors par semaine

Ce trouble du déficit de nature touche également de plus en plus d’adultes, notamment des jeunes adultes et donc des jeunes parents (qui auront plus de mal à jouer leur rôle de passeurs de nature).

 

Les causes du trouble du déficit de nature

  • Un accès restreint aux espaces naturels (en ville avec une urbanisation galopante, à l’école avec des cours de récréation de plus en plus goudronnées)

 

  • Plus de temps passé à l’intérieur :

    • il est plus facile pour les parents de superviser leurs enfants à l’intérieur que dehors
    • la technologie et les écrans poussent à rester à l’intérieur
    • la pratique de sports collectifs et de loisirs est la plupart du temps intérieure

 

  • Moins de temps pour jouer :

    • la pression scolaire pour plus de devoirs, plus de temps passé en classe ou à l’école
    • moins de jeu libre, plus d’activités structurées et à visée éducative

 

  • Le rôle des médias :

    • sur médiatisation des risques pour les enfants : les parents en deviennent sur protecteurs et ne veulent plus laisser les enfants jouer seuls dehors
    • publicité omniprésente pour les nouveaux objets et jouets high tech

 

  • Le mode de vie occidental :

    • urbain,
    • sédentaire,
    • sur occupé et sur stimulé (moins de temps pour les sorties familiales en nature).

 

trouble de déficit de nature

Les conséquences du trouble du déficit de nature

  • Conscience écologique peu développée (peu de respect pour les ressources naturelles, peu d’intérêt sociétal pour les questions écologiques et environnementales)
  • Des choix de vie dommageables pour la santé (sédentarité, alimentation…)
  • Moins d’empathie pour les plantes et les animaux
  • Baisse d’acuité des 5 sens qui ne sont pas assez stimulés (une tablette ou un écran n’a pas le même pouvoir de stimulation que les odeurs naturelles, le toucher de la terre ou les beautés de la nature qui engagent tous les sens à la fois)
  • Baisse des performances cognitives et intellectuelles
  • Renfermement sur soi, inhibition de l’altruisme naturel
  • Augmentation du nombre de troubles du comportement (TDA/H, troubles oppositionnels…)
  • Baisse de la confiance en soi et de l’estime de soi des enfants
  • Moins de prise de risque et d’entrainement moteur, perte d’autonomie physique des enfants
  • Diminution de la curiosité et de la créativité

 

Les bénéfices du lien avec la nature et du jeu en plein air sur les enfants

Le lien régulier avec la nature

Des liens forts et réguliers avec la nature ont des effets plus que positifs sur les enfants (physiquement, émotionnellement et cognitivement). Le retour à la nature est même prescrit par certains pédiatres et dans le traitement de certains troubles du comportement (TDA/H, autisme, dépression…)

  • Des effets positifs sur le niveau de bonheur

Le jeu dans la nature accroit l’estime de soi et diminue le niveau de stress. Les enfants y apprennent l’auto discipline, la gestion du risque et des dangers, évaluent eux-mêmes leurs limites et expérimentent une réelle liberté.

 

  • Des effets positifs sur la santé

Le jeu dans la nature renforce le système immunitaire, développe les muscles longs et la force, et participe au maintien d’un poids sans risque lié à l’obésité.

 

  • Des effets positifs sur le cerveau des enfants

La nature stimule la créativité et la capacité à résoudre des problèmes. Des études ont montré que les élèves qui sont en contact régulier avec la nature réussissent mieux à l’école. Le contact avec la nature a également un effet bénéfique sur la concentration.

 

  • Des effets positifs sur les relations sociales et familiales

Les familles qui pratiquent régulièrement des sorties dans la nature tous ensemble ont une meilleure capacité à se connecter et à communiquer entre eux.

 

  • Des effets positifs sur le développement psychomoteur

Le jeu dans la nature a des effets bénéfiques sur la coordination, le développement des cinq sens, sur la dextérité manuelle et la motricité fine, sur la perception de la profondeur et le repérage dans l’espace.

 

déficit de nature enfant

Le jeu libre en plein air

Jouer avec des objets trouvés (ou loose parts) soutient le développement du langage parlé, de la créativité et de la coopération.

Grimper aux arbres et explorer la nature améliorent l’équilibre et la conscience de soi.

Le jeu dans la nature offre des moments de solitude régénérants et fondamentaux pour la construction psychique.

La construction d’abris, de cabanes, de sculptures ou de toute autre sorte de construction favorise le travail par objectif, l’auto détermination, la capacité à prévoir, s’organiser, à coopérer et à travailler en groupe.

Dessiner dans la nature participe à construire les capacités artistiques et incite à être attentif à la vie sauvage, aux mécanismes naturels, à l’organisation des animaux, à la faune et la flore locale.

 

Comment retrouver une éducation qui favorise le lien avec la nature ?

Ni alarmisme, ni approche trop technique

Pour Richard Louv, une éducation à la nature ne passe pas que par une sensibilisation au réchauffement climatique ou à la pollution. Une approche trop « technique » est à la fois désincarnée (et ne touche le cœur ni des adultes ni des enfants) et effrayante (risquant de provoquer du découragement ou du fatalisme).

Louv nous conseille de faire attention à la manière dont nous parlons des désordres climatiques aux enfants parce que nous avons tendance à vouloir les informer trop tôt et de manière trop détaillée. Comme les enfants ont de moins en moins l’opportunité de jouer dehors et d’apprécier les plaisirs offerts par la nature, ils auront du mal à associer cette dernière comme une partie inextricable de leur existence (en cours et à venir) ou alors ils risquent d’associer la nature aux dangers (danger écologique,environnemental et dangers perçus de l’extérieur comme les agressions, les kidnappings, les piqûres d’insectes, les blessures… puisque les médias et les adultes les présentent comme tels).

déficit de nature

Une approche globale et intégrée

Richard Louv propose plutôt une approche globale et intégrée pour lutter contre le trouble du déficit de la nature. Tous les aspects de notre civilisation doivent changer : l’agriculture, l’architecture, le design des villes, l’éducation, la consommation et la production d’énergie…

Pour lui, le futur appartient aux personnes qui comprennent le pouvoir et l’importance de la nature dans tous les secteurs de la société : dans les entreprises, dans les écoles, dans les familles, chez les fournisseurs d’énergie et de service de transport, dans les institutions publiques… Les adultes peuvent et doivent devenir des « passeurs de nature ».


Louv préconise un mouvement basé sur des éléments variés mais imbriqués :

  • Le mouvement SLOW

Pour découvrir les vertus de l’éducation lente, je vous propose cet article.

 

  • Le design et l’architecture biophiliques

La biophilie est l’amour de ce qui est vivant. L’être humain a un besoin intrinsèque de vivre avec son environnement naturel. Le design et l’architecture biophiliques intègrent des éléments naturels tels l’air frais, la lumière du jour et l’eau dans une construction humaine. Pour aller plus loin : Avancée biophilique

 

  • Le retour à la simplicité et au minimalisme

Mes trois livres de référence sont :

parents-tout-simplement

famille zéro déchet

loose parts

 

  • Des sorties en nature régulières et faisant partie de la routine (au même titre que le brossage de dents !)

Les parents et les éducateurs (enseignants de tous niveaux, personnel de crèche/ de garderie/ de centre de loisirs…) ont un rôle de passeurs de nature (pour reprendre l’expression de Scott Sampson dans son livre « Comment élever un enfant sauvage en ville »). Un passeur de nature va par exemple faire comprendre aux enfants qu’une plante n’est pas seulement décorative ou alimentaire : elle participe à la biodiversité et permet la migration de tel oiseau ou la reproduction de tel insecte.

Il est facile d’envisager de passer un petit temps dehors avec les enfants chaque jour sans technologie, quel que soit le temps. 10 minutes peuvent suffire, il y aura toujours quelque chose à observer, à expérimenter, à découvrir, à partager, à sauter, à escalader…

Je vous recommande deux livres pour s’engager durablement et avec plaisir dans cette démarche :

La famille buissonnière de Marie Gervais

la famille buissonnière

Comment élever un enfant sauvage en ville de Scott Sampson

comment élever un enfant sauvage en ville

 

  • Des écoles et des garderies tournées vers la nature

Les enfants apprennent mieux dehors (pas seulement des connaissances liés à la nature, à la biologie, à la physique… mais aussi et surtout des matières dites fondamentales).

Les écoles et les garderies en forêt sont des concepts développés dans les pays nordiques (Scandinavie, Danemark). Les enfants sont encouragés à jouer, explorer et apprendre dans un environnement naturel où l’adulte est une personne ressource et non un guide dans une posture d’enseignant.

école dans la forêt

D’autres écoles ont choisi d’autres voies pour se rapprocher de la nature :

  • s’inspirer de la biophilie,
école maternelle

Maternelle au Japon

  • implanter un bâtiment construit avec des matériaux naturels au milieu de la nature,
verdure école

Ecole à Bali

  • intégrer des éléments naturels dans la cour de récréation,

cour d'école espaces verts

 

  • organiser des espace extérieurs par fonction (jardin, établi de bricolage, jeu libre, ferme…)
Ecole du 3° type - Bretagne

École du 3° type – Bretagne

 

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Je suis tout à fait d’accord! Nombres des problèmes de comportements chez nos enfants viennent d’un déficit de nature, or elle est indispensable au développement harmonieux du bébé et de l’enfant qui doit pouvoir explorer son environnement avec tout ses sens! Et quoi de plus riche, varié et beau qu’un coin de nature! Pas le parc d’enfant sans grand intérêt au final…non, la vraie nature!
    Les enfants y trouvent des motifs de découvertes, de manipulation et d’épanouissement qui de 0 à 6 ans lui sont tout à fait nécessaires.
    Bravo pour l’article qui a le mérite de nous rappeler qu’avant de proposer telle ou telle pédagogie à nos enfants, il est urgent de leur offrir ces instants précieux dans la nature avant tout, sans objectifs d’ailleurs…mais pour leur simple bonheur et équilibre.

  1. 18 novembre 2016

    […] Nos enfants souffrent-ils du trouble du déficit de nature ? […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *