Construire une nouvelle approche des limites à poser aux enfants

Construire une nouvelle approche des limites à poser aux enfants

nouvelle approche des limites à poser aux enfants

Quand nous réfléchissons à la notion de « limites » à poser aux enfants, nous pouvons prendre en compte quelques éléments qui nous permettront non seulement de changer de regard mais aussi de pratique pour cheminer vers la bientraitance éducative.

L’important est de faire évoluer notre regard sur l’enfance et les enfants avant de chercher à les éduquer. On sait aujourd’hui que tous les bébés naissent avec des compétences empathiques : charge à nous de préserver ces compétences plutôt que de forcer des enseignements par des leçons de morale ou un système punition/ récompense.

Il n’est pas facile de se défaire de la croyance que les enfants nous manipulent, nous testent, nous cherchent et qu’il faut qu’ils obéissent à tout prix.

Quelques questions clés peuvent nous aider à déterminer les valeurs clés que nous souhaitons suivre dans nos relations avec nos enfants ;

  • Est-ce que je veux que mes enfants obéissent à tous les ordres qu’ils recevront quelle qu’en soit la valeur éthique ?
  • Suis-je prêt.e à sacrifier les compétences émotionnelles, relationnelles et l’éthique de mon enfant pour avoir la paix au quotidien ?
  • Est-ce que je veux baser ma relation avec les enfants sur la peur ou l’amour (peur et amour cohabitant très mal) ?
  • Est-ce que je veux que mes enfants adoptent la loi du plus fort comme manière de fonctionner parce que je leur aurais montré que le plus fort a le droit de faire preuve de violence sur les plus faibles ?
  • Est-ce que je peux modifier mon vocabulaire et parler de maladresse plutôt que de bêtise, d’énigme à résoudre plutôt que de caprice, de coopération plutôt que d’obéissance ?

C’est notre responsabilité de reconnaître la nature aimante et juste de l’enfant pour la nourrir et la cultiver. Les humains sont câblés à la naissance pour entrer en résonance avec l’autre et prédisposés à agir de manière juste et éthique, ce qui nous permet de vivre ensemble dans une certaine harmonie. Les adultes n’ont donc pas à créer de l’empathie, du sens moral ou de l’altruisme chez les enfants mais plutôt à soutenir le développement de ces qualités morales et sociales. Les humains étant par nature des être de culture, les enfants vont apprendre les comportements qu’ils voient : bien que câblé pour l’empathie, un enfant qui est éduqué par la violence apprend la violence. L’éducation fait toute la différence.

Par ailleurs, avoir quelques notions sur les étapes du développement des enfants permet d’avoir des attentes appropriées et d’adapter les consignes. Il est vain d’attendre d’un enfant de moins de 5 ans qu’il maîtrise ses colères face à la frustration ou mange sans se tâcher.

Voir cet article : Synthèse des grandes étapes du développement de l’enfant (18 mois à 11 ans)

Comprendre le lien entre émotions et besoins est également utile pour construire une nouvelle approche des limites à poser aux enfants. Les émotions n’ont pas de valeur morale en soi : elles sont simplement des messagères qui attirent l’attention sur des besoins non satisfaits. Quand un enfant « fait une colère », c’est probablement qu’un de ses besoins n’est pas satisfait. Les besoins peuvent être de plusieurs ordres :

  • besoins physiologiques (manger, dormir, boire, aller aux toilettes…)
  • besoins affectifs (attention, affection, présence, empathie…)
  • besoins de mouvement (sauter, jouer, courir, créer…)
  • besoin d’apprendre (explorer, comprendre, agir, faire des expériences avec l’eau, la nourriture, la terre…)
  • besoin d’autonomie (faire tout seul, faire des choix…)

Tant que nous n’identifions pas les causes du comportement d’un enfant (c’est-à-dire les motivations positives comme satisfaire un besoin non comblé), il y a peu de chances qu’il modifie son comportement inapproprié.

Les enfants ont plus besoin qu’on raisonne en termes de besoins qu’en termes de limites : y a-t-il un besoin non comblé qui pourrait expliquer le comportement de l’enfant ? Si c’est le cas mais que nous ne pouvons satisfaire ce besoin, il est au moins possible de le reconnaître, de le verbaliser afin de créer une connexion empathique avec l’enfant. Cette connexion empathique va remplir le réservoir émotionnel de l’enfant et c’est déjà beaucoup !

De plus, les « crises » ne sont souvent rien de plus qu’une décharge émotionnelle normale dans le sens où il s’agit d’un processus physiologique de guérison des tensions accumulées. Ces crises ne sont pas confortables pour nous parents mais elles ont une fonction de soupape tout à fait saine.


Quand le lait déborde, mieux vaut éteindre le gaz ! Crier, punir, donner des fessées, envoyer au coin, mais aussi tolérer un comportement inacceptable, satisfaire toutes les demandes… reviennent à mettre un couvercle sur le lait qui déborde. En effet, ces réactions ne s’attaquent pas à la cause (au gaz). Cela ne sert à rien d’empêcher le lait de sortir de la casserole si on n’éteint pas le gaz !

 

Par ailleurs, limites et apprentissages vont de pair : pour apprendre quelque chose, l’enfant a besoin de se sentir en sécurité affective et physique. Cela suppose de notre part à la fois des encouragements, une compréhension empathique et, en même temps, la mise en place de règles et d’un environnement sans danger.

L’enfant va apprendre des compétences petit à petit et ces apprentissages vont prendre du temps, avec parfois des retours en arrière.

Dans le même temps, il est de notre responsabilité de limiter les expériences qui dégradent l’environnement et le matériel ou qui portent atteinte à autrui, qui mettent en danger. Ces limites peuvent tout à fait être posées sans violence mais avec compréhension des motivations internes de l’enfant : « Ah oui, c’est rigolo de… et ça, c’est dangereux », « C’est vrai que ça te faisait envie de… ».

Avec les plus jeunes, il est plus efficace d’utiliser des gestes sans violence et avec tendresse pour empêcher l’enfant d’agir, les gestes étant plus efficaces que les grands discours (par exemple, retirer un objet des mains avec douceur).

Cette manière de poser des limites tout en respectant la dignité de l’enfant implique de :

  • Ecouter et accompagner la frustration de l’enfant qui a été empêché et à qui on a dit non (la colère ayant une valeur réparatrice),
  • Réorienter vers une activité autorisée qui satisfait le besoin d’expérimenter de l’enfant,
  • Mettre le matériel en sécurité,
  • Donner des informations aux enfants et, même mieux, des idées (pour les plus grands, il est possible de les solliciter et de leur demander de nous donner 3/5/10 idées),
  • Utiliser le jeu et la parentalité ludique pour susciter la coopération et générer des émotions positives (des idées ici et ).

 

Quand les comportements de nos enfants réactivent des souffrances de notre propre enfance

Il serait incomplet de chercher à construire une nouvelle approche des limites à poser aux enfants sans prendre en compte les émotions élastiques et la mémoire traumatique. Ces deux éléments rendent la question des limites particulièrement explosives.

A chacune de nos réactions disproportionnées correspond une blessure d’enfant que nous n’avons pu exprimer, travailler, pleurer à aucun moment. En effet, dans notre mémoire traumatique sont stockées toute les situations douloureuses que nous n’avons pas pu réévaluer consciemment afin qu’elles servent d’expériences, de souvenirs. Elles peuvent revenir à la mémoire quand un élément en lien avec la blessure inconsciente la réactive dans le corps sans que nous sachions faire le lien avec la blessure originelle.

Face à nos propres enfants, c’est toutes nos blessures d’enfance qui sont ramenées dans notre corps sans que nous en comprenions les tenants et aboutissants. Nous nous retrouvons souvent à rejouer des situations dans lesquelles nous faisons avec nos enfants ce que nos parents ont fait avec nous quand nous étions enfants.

Les mots et les gestes violents ne partent jamais tout seuls : ils sont liés à la réactivation de la mémoire traumatique. 

Catherine Dumonteil-Kremer propose par exemple de tenir un journal émotionnel afin de consigner les scènes difficiles dans lesquelles nous avons perdu le contrôle et fait preuve de comportements disproportionnés, violents. Le travail sur la mémoire traumatique peut également nécessiter un accompagnement thérapeutique.

De même, il est important de prendre en compte notre propre état : la fatigue, l’isolement et le stress sont les trois principaux ennemis des parents. Souvent, les enfants sont punis ou reçoivent une fessée non pas en fonction de ce qu’ils ont fait mais en fonction de l’état dans lequel se trouvent les parents.

Nous avons donc beaucoup à gagner à profiter de l’éducation de nos enfants pour nous éduquer nous-mêmes et apprendre à :

  • prendre soin de nous-mêmes,
  • faire preuve d‘auto empathie,
  • développer notre intelligence émotionnelle ,
  • remplir notre propre réservoir affectif ,
  • transformer la culpabilité en moteur pour comprendre ce qui est se passe en nous (OK, je suis pas aligné.e avec mes valeurs quand je fais ça -> comment reprendre le contrôle et recréer du lien ? plutôt que ruminer et s’auto miner).

Les enfants ont besoin d’être en contact avec des adultes qui leur donnent envie de grandir et d’être adultes.

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1 réponse

  1. laura dit :

    bonjour rien à voir avec l’article en particulier mais je ne reçois plus la newsletter et impossible de trouver comment me réinscrire 🙁
    merci

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