Les dégâts de la pédagogie noire et comment la dépasser pour incarner la pédagogie blanche

Pédagogie noire et pédagogie blanche : comment dépasser la première pour adopter la deuxième ?

La manière dont nous avons été élevés laisse une empreinte sur chacun de nous et souvent aussi, insidieusement, sur nos descendants. Que nous ayons été bien ou mal traités dans les tout débuts de la vie et après colore notre vie et nos actions de façon quasiment indélébile. – Anne Ancelin Schützenberger

La pédagogie noire

Les principes de la pédagogie noire

Le concept de pédagogie noire a été créé par Katharina Rutschky (et repris par Alice Miller) pour expliquer et décrire les méfaits d’une éducation qui veut briser la volonté de l’enfant, guidée par la croyance dans la nature mauvaise de l’enfant et la nécessite de faire obéir les enfants aux adultes (parents et enseignants). L’objectif de la pédagogie noire est de faire des enfants des êtres dociles et malléables.

Le noir est à associer au côté sombre de cette manière de traiter les enfants : cela fait référence à la part d’ombre de l’inconscient.

L’éducation punitive corporelle avec humiliation de l’enfant, qu’on maltraite émotionnellement (enfant traité de « bête », « nul », « méchant »), est loin d’avoir disparu au XXI° siècle.

Selon Alice Miller, les principes, souvent inconscients, de la pédagogie noire sont les suivants :

  • les adultes sont les maîtres de l’enfant,
  • les adultes tranchent du bien et du mal tels des dieux de l’Olympe,
  • leur colère est le produit de leurs propres conflits mais ils en rendent l’enfant responsable,
  • être parent, c’est être sacré et ce sont les parents qui ont besoin d’être protégés de la mauvaise nature des enfants de peur d’être « bouffés »,
  • les sentiments vifs qu’éprouve l’enfant pour son « maître » constituent un danger (La pédagogie noire repose sur la répression et la négation des sentiments quels qu’ils soient. Il ne faut pas montrer trop d’amour sous peine de passer pour un être mièvre, il ne faut pas non plus exprimer de colère.),
  • il faut le plus tôt possible, sans qu’il s’en aperçoive, ôter à l’enfant sa volonté propre pour qu’il ne puisse pas trahir l’adulte (Les moyens de l’oppression sont : les pièges, les mensonges, la manipulation, l’intimidation, la privation d’amour, la honte, l’isolement, l’humiliation, le mépris, la moquerie jusqu’à l’utilisation de la violence. Le ridicule et l’humiliation peuvent tout autant blesser un enfant que des coups.)

Cette pédagogie noire (ou éducation traditionnelle) repose plus sur des rapports de pouvoir que des rapports de respect et d’amour.

Les ressorts de la pédagogie noire

Pour comprendre les ressorts de la pédagogie noire et de la punition, il faut se rappeler que, parmi les personnes qui constituent la société actuelle, beaucoup ont été battus et/ou menacés pendant leur enfants et même leur adolescence.

Sous un masque d’affection se cache l’atrocité du mode de traitement des châtiments corporels : on veut persuader l’enfant que c’est pour son bien ou qu’il l’a mérité. Ses véritables sentiments seront refoulés. Et les tensions peuvent venir s’inscrire dans le corps. –  Anne Ancelin Schützenberger

Ainsi, Alice Miller écrit dans son livre Le corps ne ment jamais que de nombreux troubles somatiques survenaient chez ses patients autour de la période de la Saint Nicolas (dus aux peurs enfouies du Père Fouettard).

Or maltraiter un enfant (physiquement via des fessées, des claques, des pincements… ou émotionnellement via des humiliations, des menaces, du chantage, l’isolement…) fait surtout du bien au parent et la valeur éducative se limite bien souvent pour l’enfant à apprendre à battre à son tour, à se couper de toute empathie envers les plus faibles (d’où les fameux « J’ai reçu des fessées et j’en suis pas mort » qui indique bien qu’une partie de l’humanité de ces personnes est malheureusement morte…) ou à manquer cruellement d’estime de soi.

Les dégâts de la pédagogie noire

La pédagogie noire fait le lit de la névrose, de la violence, vis-à-vis de soi, vis-à-vis des autres, car elle méprise et persécute l’enfant, réprime la vie, la créativité et la sensibilité. – Anne Ancelin Schützenberger

Alice Miller a étudié dans son livre C’est pour ton bien les points communs clé dans les enfances de personnes ayant montré, à l’âge adulte, des comportements destructifs envers les autres (nazisme, mères infanticides, criminalité sadique) ou envers soi-même (drogue, prostitution) :

  • la destructivité apparaît comme la décharge d’une haine accumulée et refoulée dans l’enfance et comme son transfert à d’autres objets ou à soi,
  • les sujets ont été maltraités et profondément humiliés dans leur enfance de façon continue. Ils ont grandi dans un climat de cruauté,
  • la réaction saine et normale à ce type de traitement serait une fureur narcissique d’une forte intensité mais dans le système autoritaire de ces familles, ce mouvement d’expression de la colère réparatrice est sévèrement réprimé,
  • de toute leur enfance, ces êtres n’ont jamais rencontré une personne adulte à qui confier leurs sentiments, et particulièrement celui de haine (une personne ouverte, chaleureuse, empathique; « tuteur de résilience » comme les appelle Boris Cyrulnik),
  • chez ces êtres, il y avait le même besoin pulsionnel de communiquer au monde leur expérience de la souffrance endurée et ils ont tous un certain don pour l’expression orale,
  • comme la voie de la communication simple et sans risque leur était interdite, ils ne pouvaient communiquer au monde que via des troubles somatiques du corps ou sous le forme de mises en scène inconscientes (ces mises en scène provoquant chez les autres un sentiment d’horreur et de répulsion, ajoutant à la solitude et au rejet ressenti par ces sujets).

La pédagogie blanche

La pédagogie blanche est une manière douce et ferme (fermeté sur le comportement, souplesse sur les émotions) d’élever les enfants, en aidant à leur développement, en encourageant leurs efforts sans porter de jugement sur eux.

En pédagogie blanche, les adultes font la différence entre une action et la personne elle-même : elle mise sur le futur plutôt que le passé (quels enseignements tirer de tel ou tel comportement ?). En parallèle, le cadre et les règles permettent d’assurer la sécurité des enfants et des adultes.

La pédagogie blanche fait référence à la lumière, comme une manière « éclairée » d’accompagner les enfants.

Le petit être humain naît inachevé et a besoin d’un accompagnement respectueux, bienveillant et tendre d’un point de vue physique pour grandir. La pédagogie blanche présente les caractéristiques suivantes :

  • respect de l’enfant (ses besoins autant physiologiques qu’émotionnels, besoins de contact physique et d’attachement),
  • respect de ses droits (droit aux soins, à une vie privée, droit de jouer, de donner son avis, d’apprendre…),
  • accueil des émotions des enfants (toutes les émotions sont légitimes, tous les comportements ne le sont pas),
  • volonté de tirer du comportement de l’enfant deux types d’enseignement : apprendre à l’enfant les comportements appropriés pour une vie en société et acquérir une meilleure connaissance en tant qu’adultes sur la nature de l’enfant (ses besoins, sa personnalité, ses goûts, ses habitudes, son type d’intelligence…).

Psychogénéalogie et pédagogie noire

La psychogénéalogie peut permettre de dépasser durablement et efficacement la pédagogie noire. Cela est d’autant plus vrai quand on essaie de pratiquer la pédagogie blanche mais qu’on se surprend à avoir des comportements violents (fessées/ claques/ humiliations qui partent « toutes seules », comportements répétés inconsciemment bien que combattus consciemment).

En effet, l’être humain est comme un iceberg : la partie invisible sous l’eau est celle qui détermine sa conduite et explique ce qui se passe à la surface.

Pour Anne Ancelin Schützenberger, la psychogénéalogie revient à « nettoyer son histoire, laver et nettoyer son arbre généalogique et accepter les faits de la vie, les actes et situations de ses divers ancêtres. Cela demande un long travail. Il y a souvent tout un travail de deuil et de clôture à faire.

La psychogénéalogie ouvre des possibles : maintenir les loyautés qui nous conviennent; faire émerger tout ce qui a pu être joyeux, honorable agréable et paisible; déposer le fardeau des erreurs, souffrances, plaies et fautes du passé; accepter qu’il peut y avoir du mauvais, des hontes et des non-dits, des drames non résolus dans notre famille, des pertes impossibles à admettre, et prendre avec recul tout cela pour vivre, enfin, sa vie à soi. – Anne Ancelin Schützenberger

Entreprendre un travail sur soi, sur l’enfant intérieur, sur la psychogénéalogie permet de mieux résister aux pressions directes et indirectes tant familiales que sociales, culturelles.

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Source : Psychogénéalogie : Guérir les blessures familiales et se retrouver soi de Anne Ancelin Schützenberger (éditions Payot). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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2 réponses

  1. Tibellule dit :

    Je trouve dommage et dommageable d’employer ces adjectifs de couleurs pour distinguer ces deux types pédagohoques… cette dichotomie moyen-ageuse est très néfastes pour la perception de soi et de l’autre … à réfléchir (cf l’étude menée par des scientifiques américains demandant à des enfants de choisir entre deux poupées, une blanche et une noire… les enfants (y compris les enfants noirs) prennent toujours la blanche, parce que la noire est « méchante »parce qu’elle est noire selon eux… il est temps que ces perceptions infondées changent, n’est ce pas??!??

    • Caroline dit :

      Bonjour

      j’ai précisé dans l’article à quoi font référence ces termes dans l’article. Ici, le noir est à associer au côté sombre de cette manière de traiter les enfants : cela fait référence à la part d’ombre de l’inconscient. La pédagogie blanche fait référence à la lumière, comme une manière « éclairée » d’accompagner les enfants.

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