L’importance de reconnaître la présence de l’enfant intérieur malheureux en soi pour aller mieux

Les deux faces de l’enfant intérieur

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Lien entre bonheur et qualité de la relation avec l’enfant intérieur

Moussa Nabati, psychanalyste, estime que le bonheur d’une personne ou, à l’inverse, son malheur, dépendent de la nature des liens qu’entretiennent entre eux ses deux Moi, l’enfant et l’adulte.

La « maison-soi », à l’image d’une poupée russe ou gigogne, n’est donc pas exclusivement habitée par un seul locataire, le fameux « je », conscient, lucide, réaliste, désirant, agissant, raisonnable et raisonnant, soumis au principe de réalité, comme l’a si bien conçu et décrit Descartes. Elle abrite au moins un second hôte, invisible celui-ci, bien que maître à bord, à savoir l’enfant intérieur, le petit garçon ou la petite fille que chacun fut, qu’il est aujourd’hui encore et qu’il demeurera toujours, par-delà son sexe, sa position sociale et surtout son âge. – Moussa Nabati

L’enfant intérieur peut apparaître sous deux facettes, en fonction de ce qu’il a intégré de son passé, de ce qu’il a subi, de ce qu’il a réussi ou échoué à surmonter :

  • une facette sombre,
  • une facette lumineuse.

La facette sombre : quand l’enfant intérieur est facteur de malheur

Quand nous nous trouvons sous l’emprise inconsciente de notre enfant intérieur, nous cessons de ressentir et de réagir en adultes. Nous perdons notre autonomie psychique. C’est précisément « la démesure, l’exagération émotionnelle« , qui sert d’indice de la présence de l’enfant intérieur derrière le « masque adulte ».

En effet, l’enfant intérieur se comporte chez certains adultes en « persécuteur », les empêchant d’être eux-mêmes, de vivre et de s’épanouir, leur confisquant leur élan vital et les engluant dans des réactions émotionnelles infantiles.

La facette lumineuse : quand l’enfant intérieur est facteur de bonheur

L’enfant intérieur peut se comporter à l’égard de l’adulte d’une manière aidante. L’enfant intérieur peut en effet devenir une sorte d’ange gardien, un « collaborateur privilégié » du moi adulte.

Moussa Nabati estime que celles et ceux qui sont heureux le sont en en raison de la présence en eux de cette relation de qualité avec leur enfant intérieur. Ils jouissent alors d’une estime personnelle saine.

Confiants dans leurs capacités et conscients de leurs limites, ils acceptent ce qu’ils ont et ce qu’ils sont, dans le présent, leur âge adulte, leur sexe d’homme ou de femme, leur richesse, sans se laisser dévorer par la nostalgie, l’utopie, la panique ou l’euphorie, sans se malmener masochistement par l’ambivalence et la culpabilité. Ils ont le privilège, en un mot, d’abriter un petit garçon ou une petite fille qui les étaye de façon confiante et joyeuse, tel un ange gardien. – Moussa Nabati

2 signes importants pour reconnaître la présence de la facette sombre de l’enfant intérieur en soi

1er signe : la perte de l’autonomie psychique en tant qu’adulte

Moussa Nabati explique qu’il peut arriver à l’adulte, emporté par son enfant intérieur, de ne pas se reconnaître dans certains de ses choix disproportionnés, semblables à des « enfantillages« , comme si cet adulte avait été télécommandé par une force étrangère. Par ailleurs, la moindre frustration ou contrariété peut devenir pour l’adulte submergé par son enfant intérieur insupportable et gravissime, risquant de le déstabiliser en ravivant ses craintes infantiles de se voir rejeté, mal aimé, seul, inutile.

C’est par conséquent l’enfant en nous, et non pas vraiment l’adulte, qui craint qu’on ne l’« aime pas », qu’on le « juge mal », qu’on le « critique », qu’on lui « reproche » ceci ou cela, qu’on le « culpabilise », qu’on le « gronde », qu’on le trouve « nul, bête et vilain ». C’est lui qui doute de ses capacités, ne se croyant pas à la hauteur, se trouvant inutile ou mauvais, dramatisant tout problème, hésitant sans cesse face aux choix de la vie, sans réussir à se décider. C’est aussi lui qui a peur que tout aille de mal en pis, sans espérer une issue positive. C’est encore lui qui s’impatiente, s’emporte, s’énerve, devient coléreux, agressif ou violent, ou qui, à l’inverse, s’expose masochistement comme bouc émissaire dans des situations d’échec, de rejet et de harcèlement, cherchant des bâtons pour se faire frapper. C’est enfin lui qui s’épuise à plaire, à briller, à se faire remarquer, à se vanter, à séduire, par le biais de la réussite et de la renommée, pour se croire quelqu’un, pour exister, être reconnu, désiré, important et aimé. – Moussa Nabati

2ème signe : le phénomène de l’ambivalence de pensées contradictoires

Pour Moussa Nabati, ce qui dévoile le plus la suprématie de l’enfant intérieur sur l’adulte est relatif à l’ambivalence.

La personne submergée par la face sombre de son enfant intérieur est envahie par la présence simultanée en lui de « deux pensées, deux affects, deux volontés opposées, amour et haine, oui et non, « je veux » et « je ne veux pas », à l’égard du même objet, ce qui rend la situation inextricable et toute décision impossible ».

Pris entre deux êtres en elle, la personne indécise rumine sans cesse, parce que la voix adulte l’encourage à avoir confiance et à s’affirmer, tandis que celle de l’enfant ordonne d’obéir, par peur de décevoir ou de blesser, de déplaire et d’être rejeté.

Ainsi, le Moi adulte, séquestré par l’enfant en lui, peut paraître immature, infantile, souffrant de sous-développement psychique. Privé d’autonomie et empêché de s’épanouir, il gaspille son énergie vitale à lutter, d’une certaine façon, contre lui-même, en combattant les poussées d’angoisse, d’ambivalence et de culpabilité émises par son enfant intérieur. Mais, paradoxalement, plus il s’acharne contre ces manifestations, plus il les rend agressives, tout en épuisant ses propres réserves d’énergie. – Moussa Nabati

La dépression infantile précoce, lieu d’émergence de l’enfant intérieur malheureux

D’après Mousa Nabatu, ce qui empêche l’enfant d’habiter pleinement son enfance pour pouvoir poursuivre sainement sa croissance est dû à l’émergence d’une dépression infantile précoce (DIP).

La dépression infantile précoce se produit lorsqu’un enfant humain subit une carence narcissique, une privation significative d’amour et de sécurité dans son enfance.

Moussa Nabati liste plusieurs facteurs de dépression infantile précoce :

  • l’enfant est victime de désamour, d’abandon ou de maltraitance.
  • les parents de l’enfant, bien que physiquement présents, deviennent psychologiquement absents, voire inexistants, absorbés par leurs soucis et difficultés.
  • l’enfant se convainc qu’il est coupable de tout ce qui arrive de négatif, qu’il est donc mauvais, nocif et, par conséquent, indigne d’être aimé.
  • l’enfant peut souffrir de carence narcissique s’il n’a pas été désiré simplement pour lui-même, dans la gratuité du désir (s’il a été conçu, par exemple, pour remplacer un petit frère ou une petite sœur disparu(e), pour réparer le couple parental bancal et est donc chargé d’une mission thérapeutique inconsciente).
  • l’enfant peut se trouver concerné, sans en avoir conscience, par un contentieux transgénérationnel (celui-ci consiste à recevoir du côté des générations précédentes ce qui est demeuré refoulé, secret, interdit d’accès à la parole et à l’élaboration consciente, ou, d’une façon générale, tout ce dont le deuil n’a pu être accompli : conflit, trouble, accident, mésaventure, etc.).

Pour ce motif, la digestion, la métabolisation, le recyclage de ces événements afin de les transformer en engrais, en sève et en tremplin pour nourrir et élever le psychisme deviennent compromis. Tout ce qui n’a pas été normalement vécu, qui a subi brutalement un avortement, un arrêt, se transforme en fantôme errant et persécuteur au lieu de servir d’ange gardien protecteur. – Moussa Nabati


L’importance de reconnaître la présence de l’enfant intérieur malheureux en soi pour aller mieux

Moussa Nabati rappelle qu’aucun humain ne cherche délibérément à souffrir et que la seule volonté ne suffit pas pour aller mieux. Selon lui, aucun programme de développement personnel ni aucune injonction thérapeutique ne peut être efficace sans un travail de guérison préalable de l’enfant intérieur malheureux. Cet enfant intérieur demande à être reconnu et écouté plutôt que nié ou malmené par des démarches du type « prends confiance en toi », « profite de l’instant présent » ou encore « prends de la hauteur ».

Des vertus libératrices

Pour Moussa Nabati, reconnaître la présence de l’adulte et de l’enfant, reliés et interdépendants, au sein de chaque être humain comme un phénomène psychique normal a des vertus libératrices :

  • pour redonner du sens à la souffrance

Accepter la double facette du psychisme humain permet d’apaiser la personne adulte en l’aidant à réaliser que sa souffrance n’est pas la conséquence d’un manque réel dans la vie présente, mais qu’elle constitue l’expression des craintes de son enfant intérieur.

  • pour protéger contre les tentatives de manipulation/ culpabilisation/ jeux de pouvoir

Reconnaître l’existence d’un enfant intérieur malheureux à comprendre et à soigner protège la personne malheureuse contre les tentatives extérieures de manipulation (famille, collègues, amis, publicité, « fake news », complotisme…). En effet, ces tentatives de manipulation, s’adressant aux émotions, aux peurs et aux espoirs, réussissent à court-circuiter la lucidité et l’intelligence des adultes colonisés par leur enfant intérieur.

Des pistes pour une guérison : comprendre pourquoi l’enfant intérieur malheureux agit de manière destructrice

L’enfant intérieur agit de façon négative et destructrice quand la personne n’a pas vécu pleinement son enfance.

Moussa Nabati parle d’une « enfance non consommée, avortée, sautée, inaccomplie, inachevée, manquée, ratée, blanche. » Il utilise l’expression de « enfance blanche » pour désigner une enfance « non vécue, comme un bulletin de vote blanc sur lequel rien n’est inscrit, comme une nuit blanche sans sommeil ».

Au lieu de s’intégrer au psychisme et d’en devenir le réservoir d’énergie vitale, l’enfance blanche donne naissance à une enfant intérieur sombre, qui s’exile dans l’inconscient et finit par resurgir, tôt ou tard, tel un « fantôme errant« , malfaisant parce que malheureux.

L’enfant intérieur peut se manifester sous la forme de symptômes gênants et incompréhensibles parce que sans lien avec la réalité présente.

Ainsi, plus le sujet s’est vu empêché dans son Ailleurs et Avant de vivre sainement sa vie d’enfant, plus il sera plus tard poursuivi, ligoté par le retour du refoulé exigeant la satisfaction de ses demandes, demeurées en suspens. – Moussa Nabati

Reconnaître et accueillir la souffrance de l’enfant intérieur pour le guérir

Transformer la souffrance en engrais

Une « enfance blanche » du fait de n’avoir pas été vécue se transforme en fantôme venant hanter l’adulte ici et maintenant, dans le but de se faire reconnaître et entendre.

Ainsi, Moussa Nabati rappelle que toute souffrance reconnue, assumée peut enfin être digérée et perdre de son intensité et de sa nuisance, voire se transformer en engrais, en nourriture affective.

Guérir son enfant intérieur signifie le rechercher, le reconnaître, l’écouter pour pacifier ses liens avec lui. – Moussa Nabati

Comment adopter un comportement aimant de l’adulte envers l’enfant intérieur ?

Un comportement aimant, c’est celui qui nourrit et soutient notre croissance émotionnelle et spirituelle et celles des autres. Cela implique avant tout d’assumer sa souffrance comme sa joie. – Margaret Paul

S’aimer soi-même, c’est donc :

  • prendre la responsabilité de guérir nos blessures passées et présentes,
  • explorer nos croyance négatives et limitantes afin de les décontaminer en rétablissant la vérité,
  • découvrir ce qui, pour soi, est source de joie,
  • agir dans le sens de la joie.

Aimer les autres, c’est :

  • vouloir pour eux ce qu’ils veulent pour eux-mêmes,
  • les soutenir dans tout ce qu’ils entreprennent pour vivre dans la joie.

Ce tableau proposé par Margaret Paul récapitule les effets des choix qui s’offrent à nous : nous ouvrir ou nous fermer au ressenti de l’Enfant intérieur. Tant que notre Adulte intérieur abandonne l’Enfant intérieur, les conséquences négatives ne peuvent que s’aggraver. La seule façon d’obtenir les résultats positifs que nous souhaitons est de changer notre décision pour l’ouverture, de nous relier aux émotions de notre Enfant intérieur, de découvrir ce qu’elles signifient pour nous et de prendre du temps chaque jour pour dialoguer avec cet Enfant intérieur, lui manifester de l’attention, de l’amour, du soutien, de la compréhension dans un dialogue intérieur.

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Sources :

Guérir son enfant intérieur de Moussa Nabati (éditions Fayard)

Renouez avec votre enfant intérieur de Margaret Paul (éditions Le Souffle d’Or)

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