A quoi ressemble une société dans laquelle la prolactine (hormone de l’allaitement) est rare ? (pour une humanité écologique)

Michel Odent est un obstétricien français, fervent défenseur de l’accouchement physiologique. Il est l’auteur de l’ouvrage Le bébé est un mammifère dans lequel il expose en quoi (re)connaître notre nature de mammifère peut nous éclairer sur les besoins des femmes qui accouchent et ceux du nourrisson. Il s’interroge notamment sur le lien entre le faible taux de prolactine dans nos sociétés et le peu d’intérêt collectif porté à la protection de la nature (et de la vie de manière plus générale).

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L’équilibre hormonal de la femme qui allaite

Ocytocine et prolactine

La mère qui nourrit son bébé est dans un équilibre hormonal particulier. Elle est sous l’effet de deux hormones principales indispensables à la sécrétion du lait par le sein : l’ocytocine et la prolactine.

L’ocytocine est libérée avant et pendant la tétée : elle permet le réflexe d’éjection du lait. Il y a de l’ocytocine dans le lait humain : le bébé en absorbe en tétant. C’est l’hormone de l’amour, de l’altruisme et, dans une certaine mesure, de l’oubli de soi-même.

La prolactine est l’hormone qui pousse l’animal à construire un nid (voir dans cet article en quoi le besoin d’intimité est caractéristique des femmes qui accouchent) et qui déclenche les comportements de défense agressive caractéristiques des mammifères qui allaitent.

Par ailleurs, la prolactine réduit la libido et l’intérêt sexuel. Elle tend également à engendrer des états de subordination, de soumission, et aussi un certain degré d’anxiété.

Les effets de la prolactine

Les effets de la prolactine sur les comportements représentent des avantages pour la survie de l’espèce.

D’une part, quand une femme allaite, tous les effets de l’ocytocine, hormone de l’amour, tendent à se diriger vers le bébé. D’autre part, la subordination et l’anxiété générées par la prolactine permettent d’un côté une disponibilité maximale vis-à-vis des demandes du bébé et de l’autre une capacité de vigilance accrue pendant l’allaitement et une tendance à ne pas atteindre les phases de sommeil profond.

A quoi ressemble une société dans laquelle la prolactine est rare ?

La rareté de la prolactine est le propre de notre société.

Or Michel Odent remarque que nos sociétés occidentales modernes se caractérisent par un nombre d’enfants par femme faible et par une durée d’allaitement très courte (voire inexistante). Cela signifie que les taux élevés de prolactine ne concernent qu’une fraction infime de la vie d’une femme occidentale. Dans d’autres milieux et d’autres temps, ils concernent la plus grande partie de la vie d’une femme adulte. Odent en conclue que la rareté de la prolactine est le propre de notre société. Il s’interroge alors sur les conséquences de cet état de fait à l’échelle des comportements collectifs.

Connaissant les effets de la prolactine sur les comportements, la tentation est grande de poser une question innocente : quelles devraient être, a priori, les caractéristiques d’un milieu culturel où la prolactine est rare ? – Michel Odent

Détruire et se détruire ?

Odent émet plusieurs hypothèses :

  • dans une telle société, la satisfaction des besoins des bébés n’est pas prioritaire;
  • dans une société où l’hormone de nidification est quasi absente, on peut s’attendre à la négation du besoin d’intimité de la femme qui accouche et accueille son nouveau-né;
  • on peut s’attendre à l’abondance de stimulations proprement érotiques, dans la mesure où l’hormone d’amour tend à privilégier une seule direction;
  • on peut s’attendre à un défaut de subordination vis-à-vis des lois de la nature, à une certaine imprudence dans la relation avec les phénomènes naturels, et à une tendance à « jouer avec le feu ».

Cette vision de notre civilisation à travers les données des sciences biologiques méritera d’être approfondie le jour où la priorité sera l’avènement d’une humanité écologique, d’une humanité qui cessera de dominer la biosphère au point de la détruire et par là même de se détruire. Priorité difficile à imposer dans une société où la prolactine est rare. – Michel Odent

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Source : Le bébé est un mammifère de Michel Odent (éditions L’Instant Présent). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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