Les « pommes de terre chaudes » ou transmissions transgénérationnelles : quand la psychogénéalogie guérit les blessures familiales

Les « pommes de terre chaudes » ou transmissions transgénérationnelles : quand la psychogénéalogie guérit les blessures familiales pour mieux se retrouver soi-même

Les pommes de terre chaudes

Nombre de nos réactions émotionnelles excessives, inappropriées et/ou incompréhensibles sont le fruit d’expériences passées, pas forcément dans notre histoire personnelle mais possiblement dans notre histoire transgénérationnelle. Les thérapeutes ont l’habitude de prendre l’exemple de la pomme de terre chaude pour expliquer ce phénomène : sur le modèle de la patate chaude que l’on passe au voisin pour éviter de se brûler, des parents « passent » des scénarios inachevés ou des modèles de sentiments à leurs enfants ou de génération en génération. Nous héritons alors d’un bagage inconscient lié aux émotions refoulées par nos ancêtres.

Les mécanismes inconscients

Cancer au même âge que le père, accident ou perte de travail au même âge que la mère, suicides, morts d’enfants, drames variés… Même des événements dans lesquels nous n’avons aucune part de responsabilité peuvent se représenter génération après génération (ou parfois en sautant une génération).

Tout ce passe comme si la vie nous proposait le même problème jusqu’à ce qu’il soit solutionné positivement. En effet, quand les causes profondes sont identifiées, les réactions émotionnelles douloureuses (répétition de ce qu’ont traversé les ancêtres, réparation de leurs blessures, prise en charge inconsciente des souffrances, loyauté invisible, syndrome d’anniversaire) disparaissent : c’est seulement quand des mots peuvent être posées, quand la cohérence dans l’histoire générationnelle est revenue que le cercle de la transmission émotionnelle s’efface.

La psychogénéalogie : un processus de développement personnel

Les objectifs de la psychogénéalogie

Anne Ancelin Schützenberger est psychothérapeute et spécialiste de la psychogénéalogie. Elle définit la psychogénéalogie comme une démarche qui permet de comprendre et d’utiliser au mieux l’héritage psychique ou, si besoin est, de le transformer. Ce terme s’applique à une généalogie recadrée dans le contexte des recherches en psychologie : psycho-histoire, travail contextuel, constatations cliniques de la psychanalyse, travail de recherche sur la communication non verbale (langage du corps, lapsus verbaux, actes manqués, expressions involontaires du corps comme une transpiration spontanée, une sensation de froid à des moments précis, une fatigue subite).

Anne Ancelin Schützenberger prévient que la psychogénéalogie ne consiste pas à appliquer une grille de lecture pour trouver de simples répétitions de dates qui ne seraient pas obligatoirement significatives.

Faire de la psychogénéalogie (qui procède à l’investigation approfondie de cas individuels), c’est, pour le client, poser les valises de son passé et accepter de lâcher prise pour surmonter les dégâts des traumatismes qu’il a incorporés, les contrecoups, les conséquences et les éventuels effets néfastes d’un passé familial, de ses plaies, erreurs, fautes, hontes, culpabilités, regrets, déracinements, pertes, deuils, secrets et non-dits, etc. – Anne Ancelin Schützenberger

L’objectif de la psychogénéalogie est de permettre à chacun de devenir des êtres autonomes, choisissant et dirigeant leur vie et non pas la subissant ou répétant la vie, les malheurs, les souffrances, les manques et les fautes de leurs ancêtres dans un monde devenu différent.

Le corps a besoin de clore tout travail commencé et inachevé car on ne peut pas rester dans une « respiration sans arriver au bout de son souffle commencé ou de son air à expirer ». C’est un besoin humain normal. Les tâches terminées sont quant à elles « rangées » dans la mémoire et peuvent être oubliées dans la vie de tous les jours pour nous permettre de vivre et de passer à autre chose.

Anne Ancelin Schützenberger nous invite à distinguer deux types de transmissions entre générations qui forment en quelque sorte la partie visible et la partie invisible de l’iceberg :

  • la transmission intergénérationnelle (ce qui est clair, connu et consciemment transmis, la plupart du temps verbalement, entre générations se connaissant);
  • la transmission transgénérationnelle (ce qui est tenu caché, non dit, non su, l’informulé, l' »impensé », ce qui n’a pas été digéré, ni élaboré mais confusément ressenti ou exprimé en maux et transmis « brut de décoffrage » entre des générations ne se connaissant pas forcément).

L’importance de la prise de conscience de l’influence des liens transgénérationnels sur nous est fondée sur la constatation que les traumatismes et les « tâches inachevées » auxquels on n’a pas donné sens ou fin par une clôture, même symbolique, resurgissent souvent et pendant des générations, sous forme de mal être, de maladie, de morts tragiques ou prématurées, de prises de risques finissant tragiquement ou d’accidents. – Anne Ancelin Schützenberger

Anne Ancelin Schützenberger relate plusieurs type d’expériences de patients qu’elle a accompagnés en psychogénéalogie :

  • des patients peuvent tousser et cracher reproduisant les symptômes du grand-père gazé au cours de la Première Guerre Mondiale,
  • certaines personnes peuvent avoir une poussée de boutons autour du cou le jour anniversaire de la mort de Louis XVI,
  • des troubles somatiques survenant autour de la période de Saint Nicolas dus aux peurs enfouies du Père Fouettard dont les enfants étaient menacés dans le Nord et l’Est de la France, en Belgique et en Hollande.

Le génosociogramme : un outil de psychogénéalogie

Un des moyens privilégiés du changement est de commencer par faire son « génosociogramme« . Un génosociogramme est un arbre généalogique qui inclut les événements importants et marquants de la vie familiale et personnelle et les liens importants qui les unissent, compris dans leur contexte. C’est une sorte de « psycho histoire » de la personne et de sa famille, dans leur contexte de l’époque.

Comme nous répétons les événements, et surtout ceux qui sont dramatiques, vécus par nos parents, nos grands parents et nos ancêtres, souvent sans le savoir ni le vouloir (à notre insu donc), constater à travers un génosociogramme les répétitions, de génération en génération, de choses vécues autrefois, libère des mécanismes inconscients (répétition, loyauté, réparation…).

Le génosociogramme tel que le propose Anne Ancelin Schützenberger suit des règles d’élaboration précises à suivre, notamment en termes de conventions graphiques et d’informations à noter (événements de vie personnels tels que mariage, suicides, avortements, adoption, enfant mort né ou batard, qui habite avec qui, qui élève qui… mais également historiques nationaux ou locaux, prénoms, métiers, niveau d’étude, déménagement, pathologies). Elle recommande de remonter sur 7 à 9 générations.

psychogénéalogie

Source : Psychogénéalogie : guérir les blessures familiales et se retrouver soi de Anne Ancelin Schützenberger

psychogénéalogie sociogénogramme

Anne Ancelin Schützenberger conseille de recourir à un thérapeute formé pour réaliser un génosociogramme. Par ailleurs, le travail de psychogénéalogie est plus efficace quand il est effectué au cours d’ateliers en petits groupes et sur plusieurs jours. En effet, la mémoire des uns réveille la mémoire des autres. Une liste des thérapeutes formés à la psychogénéalogie : ici

Les bénéfices de la psychogénéalogie

La psychogénéalogie ouvre donc des possibles :

  • maintenir les loyautés qui nous conviennent,
  • faire émerger tout ce qui a pu être joyeux, honorable, agréable et paisible,
  • déposer le fardeau des erreurs, souffrances, plaies et « fautes » du passé,
  • accepter qu’il peut y avoir du mauvais, des hontes et des non dits, des drames non résolus dans notre famille, des pertes impossibles à admettre,
  • prendre du recul avec tout cela pour vivre sa vie à soi.

Il y a souvent tout un travail de deuil et de clôture à faire, de demande de pardon aux vivants, des rituels à inventer mais le pré requis est bien de connaître les faits de la vie, les actes et situations de nos divers ancêtres.

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Sources :

Que se passe-t-il en moi ? : mieux vivre ses émotions au quotidien de Isabelle Filliozat (éditions Poche Marabout)

Psychogénéalogie : guérir les blessures familiales et se retrouver soi de Anne Ancelin Schützenberger (édition Petite Bibio Payot)

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