5 questions pour mieux comprendre les crises de rage des enfants (et y faire face)

5 questions pour mieux comprendre les crises de rage des enfants (et y faire face)

5 questions pour mieux comprendre les crises de rage des enfants (et y faire face)

Dans son livre Qui veut jouer avec moi ?, Lawrence Cohen propose cinq questions pour mieux comprendre les crises de rage des enfants afin de pouvoir y faire face avec bienveillance :

1.A votre avis, que cherche à exprimer l’enfant au travers de sa crise de rage ? 

Traduire dans nos mots la colère de l’enfant nous permet d’accéder aux émotions qui le traverse :

  • quel a été le déclencheur ?
  • comment l’enfant se sent-il ?
  • de quoi a-t-il besoin ?
  • qu’essaie-t-il de dire ?
  • son réservoir émotionnel est-il rempli ?

Par exemple, le benjamin d’une fratrie peut se sentir frustré de ne pas arriver au niveau de ses aînés (c’est rageant de ne pas réussir ce que les autres réussissent facilement, de voir que le corps n’obéit pas ou ne peut pas suivre physiquement).

Raisonner en termes de besoins (physiologiques et/ou affectifs) et d’attachement permet souvent de mettre le doigt sur le noeud du problème, au-delà de ce qui est donné à voir (ou à entendre !).

 

2.Après une crise de rage, l’enfant parait-il plus heureux, détendu, ouvert, coopératif, intéressé par ce qu’il fait ?

Les crises de rage posent problème aux adultes parce que ce sont des moments pénibles… mais il s’avère qu’une crise de « vraie » rage représente un moyen pour l’enfant d’évacuer sa frustration et de réparer son intégrité (physique et/ou émotionnelle).

Quand l’émotion est légitime et saine, l’enfant, une fois libéré de sa rage, redevient lui-même et passe à autre chose. La colère, qui peut être intense face à une difficulté ou une frustration vécues comme intenses par les enfants, est une émotion utile et saine car elle a une valeur réparatrice. Il s’agit ici de ne pas confondre colère et violence ou encore colère et stress/ réaction émotionnelle parasite.

Quand un enfant ne peut pas exprimer sa frustration (par exemple, s’il est puni pour avoir fait une crise), elle reste en tension dans le corps et risque de sortir sous forme de crises de stress incontrôlables et répétitives qui ont de grandes chances de dégénérer en violence.

Lawrence Cohen écrit : Quand un enfant plus grand pique des crises de rage systématiques et répétitives, où loin de se sentir mieux, il se sent plus mal après, c’est qu’il peut ne jamais avoir le sentiment de s’être complètement exprimé.

Dans ces moments-là, le rôle de l’adulte consiste à tenir bon : à rester près de l’enfant plutôt que le repousser, le laisser seul ou l’importuner par des questions ou des suggestions.

Si les parents demeurent émotionnellement disponibles, même s’ils campent sur une position de refus, les crises de rage apprendront à l’enfant qu’il ne se retrouve pas seul dans la « nuit noire de l’âme ». – Lawrence Cohen

Cette disponibilité émotionnelle peut s’exprimer de plusieurs manières :

  • un regard tendre,
  • une présence physique,
  • un câlin,
  • des paroles accueillant et validant les émotions : « c’est vrai que c’est difficile », « c’est injuste », « tu aurais aimé…./ tu aurais préféré… », « tu peux pleurer »…
  • des mots d’amour : « je suis là », « je t’aime »…

 

3.Comment la famille réagit-elle d’ordinaire à la crise de rage ?

Souvent, nous avons tendance à « céder » (afin d’avoir la paix) ou à justement camper sur nos positions (afin de ne pas récompenser un comportement que nous estimons inapproprié). Or ces deux manières d’agir ne nourrissent pas le lien, ne témoignent pas d’une véritable attention portée aux besoins et aux émotions de l’enfant.

Cela me fait penser à un passage du livre du pédiatre catalan Carlos Gonzalez « Serre-moi fort » dans lequel il estime que nos « nons » non négociables ne laissent pas d’ouverture à négociations justement et, quand ils sont fermement ancrés en nous, ne laissent pas d’ouverture possible dans lesquelles les enfants viendraient s’immiscer. Sinon, laisserions-nous nos enfants boire de l’eau de Javel ou sauter du cinquième étage ? A l’inverse, il n’y a pas de raisons qui justifieraient que tous nos nons devraient être non négociables. Si l’on compare la famille à un pays, comment qualifierait-on un pays dans lequel ses dirigeants ne prendraient jamais en compte l’avis de leurs administrés et imposeraient chaque décision sans aucune possibilité d’inflexion ? Quel type de famille voulons-nous être ?

Par ailleurs, les enfants sont capables de distinguer entre céder à leurs crises et revenir sur une position à l’issue d’une réflexion prenant en compte leurs besoins. Ils sont également capables de faire la différence entre une exception à la règle dans des circonstances exceptionnelles (par exemple, se coucher plus tard en vacances ou manger des bonbons/ boire des sodas lors d’une fête) et la règle habituelle qui s’applique au quotidien.

Les conseils de Lawrence Cohen :

  • ne pas se détourner des enfants, même quand ils débordent de sentiments hostiles;
  • nous pouvons avoir besoin de respirer un bon coup, de prendre l’air, de nous calmer mais il est impératif de montrer aux enfants que ce qu’ils ressentent ne les exclura pas de la communauté des gens civilisés;
  • écouter les émotions et les besoins des enfants et se tenir éventuellement prêt à adopter une solution gagnant-gagnant qui concilie les besoins des uns et des autres.

 

4.Qu’avez-vous tenté pour mettre un terme aux crises de rage ?

Cette question permet de prendre conscience des stratégies adoptés auparavant, avec plus ou moins de succès. Elle permet également d’ouvrir la voie vers d’autres stratégies inexploitées jusqu’alors, en fonction de ce qui a été identifié grâce aux questions précédentes.

Quelques exemples :

  • Si la crise de rage apparaît quand l’enfant a du mal à gérer sa frustration : proposer des jeux autour de la difficulté d’admettre la frustration comme « Jacques a dit », « Ni oui, ni non » ou « 1,2,3 Soleil ».

 

  • Si la crise de rage apparaît quand des jalousies ou rivalités apparaissent dans la fratrie : réserver un temps de jeu spécifique à chaque enfant, jouer à des jeux qui remplissent le réservoir affectif (comme l’oeuf d’amour ici).

 

  • Si la crise de rage apparaît à chaque transition (départ du parc, passage à table…) : poser des questions d’anticipation avant de partir, telles que « Comment as-tu envie que ça se passe, aujourd’hui ? », « Qu’aimerais-tu qu’il se passe, quand viendra l’heure de rentrer ? », « Qu’allons-nous faire si… ? ».

 

  • Si la crise de rage est l’expression d’une difficulté à accepter les règles et limites : inventer toutes sortes de règles absurdes et de « nons » pour permettre à l’enfant de jouer autour de fausses limites établies (pas le droit de rire ! pas le droit de se tenir sur les deux pieds à la fois ! pas le droit de respirer !) puis mimer la colère quand l’enfant enfreint cette règle (se lancer à sa poursuite et, bien sûr, tomber, s’entraver, courir n’importe comment).

Quoiqu’il en soit, une approche ludique en amont permet de désamorcer des crises de rage : proposer une bataille de pouce, un concours de hurlement, une séance de yoga du rire

 

5.Les crises de rage suivent-elles un schéma ?

Souvent, les crises de rage nous préoccupent tellement que nous perdons de vue ce qui l’a déclenchée. Une fois la dynamique à l’origine de crises de rage répétitives élucidée, le problème devient en général facile à résoudre : d’abord du contact, du lien, de la restauration d’attachement (toujours se connecter avant de penser à rediriger un comportement).

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Source : Qui veut jouer avec moi ? Jouer pour mieux communiquer avec nos enfants de Lawrence Cohen (édition Poche Marabout). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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