Se socialiser signifie souvent s’adapter à la cruauté (causes et conséquences des violences éducatives ordinaires)

Se socialiser signifie souvent s’adapter à la cruauté (causes et conséquences des violences éducatives ordinaires)

Se socialiser signifie souvent s'adapter à la cruauté

Se socialiser signifie souvent s’adapter à la cruauté. Pourquoi les gens ne supportent-ils pas un enfant plein de spontanéité et de vitalité, pourquoi le considèrent-ils comme « en faute » et veulent essayer, par tous les moyens, de casser son être afin qu’il devienne comme eux ? – Alice Miller

Alice Miller considère que la créativité et la vitalité d’un enfant peuvent déclencher, chez les parents ou d’autres adultes, la souffrance de ressentir que leur propre vitalité a été étouffée dans leur enfance. Les anciens enfants, devenus adultes, ont peur de cette douleur et mettent tout en oeuvre pour bloquer ce déclencheur. En exigeant une obéissance à tout prix, les adultes tuent la vitalité des enfants, ils les sacrifient, comme, autrefois, eux-mêmes ont été sacrifiés.

Alice Miller reconnaît que la plupart des parents n’ont pas l’intention de blesser leurs enfants, ils le font automatiquement à travers la répétition de ce qu’ils ont vécu eux-même dans leur enfance.

Or il est possible, en tant qu’adultes, d’abandonner nos comportements destructeurs envers les enfants en comprenant les mécanismes de ces comportements et leurs dangers. En effet, les « miracles » sont rares. Si des parents disent « J’ai pris des fessées et j’en suis pas mort », « Avoir été tapé ne m’a pas fait de mal », ils feront probablement la même chose aux enfants sans se poser de questions. Mais s’ils sont capables de voir que la manière dont leurs parents les ont traités a impacté négativement leur vie, ils essaieront d’épargner ce sort à leurs enfants, chercheront à s’informer et n’accepteront plus de se laisser mener par le déni et l’ignorance.

A partir du moment où nous ne tentons plus de nier notre passé, nous sommes libres de faire confiance à nos émotions. Celles-ci nous parlent, souvent inconsciemment et à travers des messages du corps (maladies, douleurs, mal-être…), de notre histoire. Connaître nos émotions et notre histoire émotionnelle protège dans la vie. Mais si, au contraire, nous les combattons, nous les nions, nous les ignorons, nous les refusons, nous nous sentons perpétuellement en danger. Adultes, nous avons toujours peur d’événements survenus il y a des décennies mais qui, aujourd’hui, ne constituent plus une menace réelle.

On (nos parents, la société, les médias, le personnel médical et enseignant, les autorités religieuses…) nous a fait croire que les coups et la maltraitance émotionnelle (chantage, cris, menaces, punitions, retraits d’amour..) seraient inoffensifs, et même pire, bénéfiques ! Nous avons dû avaler ce mensonge dans l’enfance pour survivre tout en subissant les coups et les abus émotionnels. Arrivés à l’âge adulte, nous ne voulons pas savoir que ces actes de violence éducative (dite ordinaire tels que les fessées, les claques, les isolements…) sont nocifs.

Alice Miller remarque qu’il est intéressant de voir le nombre élevés d’adultes qui deviennent agressifs quand on leur dit de ne pas donner de fessée aux enfants. Ils deviennent encore plus agressifs quand on leur dit que c’est parce qu’ils ont eux-mêmes été tapés dans leur enfance et qu’ils en ont souffert qu’ils ont été obligés de nier cette souffrance pour survivre. Ces adultes préféreraient presque mourir plutôt que de reconnaître la vérité et et ressentir la douleur de se voir maltraités, mal aimés, humiliés, tapés, privés d’affection et de soutien par leurs parents, ces personnes qui sont pourtant supposer les aimer de manière inconditionnelle et les protéger.

Alice Miller insiste sur le fait qu’un enfant doit réprimer cette vérité car il ne pourrait la supporter. Mais les adultes peuvent se confronter avec la réalité, la douleur et les messages contradictoires (« je t’aime et je te fais mal », « je te fais du mal pour ton bien parce que je suis un adulte et que je sais mieux ce qui est bon pour toi que toi-même », « tu ne dois pas faire confiance à tes ressentis », « une personne qui t’aime a le droit de te faire du mal », « tu dois respect et gratitude à tes parents quoiqu’ils fassent »…). En tant qu’adultes, nous sommes moins isolés, nous pouvons chercher des témoins empathiques, nous avons une conscience des événements dont l’enfant n’était pas capable, nous ne sommes plus dépendants financièrement et affectivement de nos parents, nous avons accès à l’information et sommes en capacité de la comprendre.

L’ignorance de notre société est le résultat des corrections. Nous avons été battus afin de devenir aveugles. […] Nous avons été éduqués à ne rien éprouver. Mais dès qu’une seule personne commence à ressentir les choses, beaucoup de choses changent nécessairement. – Alice Miller

Ainsi, on comprend tout l’enjeu d’éveiller la sensibilité de tous les adultes aux souffrances qui leur furent infligées dans leur enfance au nom de l’éducation. Alice Miller rappelle que la sensibilité à notre propre sort est la condition nécessaire à l’éclosion de notre capacité d’aimer. Les gens qui nient ou minimisent les maltraitances subies (qu’elles soient physiques ou émotionnelles, même celles dites ordinaires), qui sont fiers d’être imperméables à tout sentiment, répercuteront leur expérience sur leurs propres enfants (et ceux des autres s’ils sont en position de le faire ou de le conseiller comme les enseignant.e.s, les pédiatres ou les pédopsychologues). Inversement, les gens capables de sentir ce qui leur est arrivé sont capables de sentir la souffrance d’un enfant fessé, d’un enfant isolé, d’un enfant humilié, d’un enfant tiré par l’oreille.

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Source : Ta vie sauvée enfin de Alice Miller (éditions Champs Essais Flammarion) Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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