Le Test du marshmallow : pourquoi et comment apprendre aux enfants à gérer la frustration ?

Le Test du marshmallow

Test marshmallow apprendre enfants à gérer la frustration 

Le Test du marshmallow est mondialement connu. Il a été initialement conduit par Walter Mischel dans les années 1960 à l’université de Stanford. Le test consiste à proposer à un enfant soit un marshmallow tout de suite, soit deux plus tard.

Mais il existe une condition pour pour en recevoir deux plus tard : l’enfant doit attendre tout seul le retour de l’expérimentateur face au bonbon posé sur une assiette devant lui. L’enfant a à sa disposition une sonnette pour appeler un adulte s’il n’a plus la patience d’attendre avant de manger le marshmallow, mais l’enfant perd alors le second bonbon.

Il est évident que la plupart des enfants veulent deux bonbons plutôt qu’un. Mais, une fois soumis à la tentation, ils ne parviennent pas tous à gérer leur frustration et à différer la gratification au bénéfice d’une deuxième bonbon.

En dessous de trois ans, aucun enfant ne réussit, tout au moins spontanément. Certains craquent puis regardent avec consternation leur main qui a attrapé la friandise et l’a glissée dans leur bouche sans que leur cerveau l’ait décidé.

À cinq ans, un tiers des enfants résistent.

Les enfants soumis au test du marshmallow ont été suivis pendant plusieurs années. L’équipe de Walter Mischel a trouvé que, vingt ans plus tard, les enfants qui ont résisté à la tentation de manger le premier bonbon ont des caractéristiques communes :

  • ils montrent une plus grande persévérance dans leurs projets,
  • ils ont une plus grande réussite dans l’atteinte de leurs objectifs,
  • ils font de plus longues études,
  • ils consomment moins de drogues dures
  • ils ont un indice de masse corporel inférieur.

Comment apprendre aux enfants à gérer la frustration ?

Être capable de tolérer la frustration, de subordonner son présent à un futur est une compétence extrêmement utile dans la vie. Mischel a donc tenté de comprendre ce qui permettait aux enfants de réussir à gérer la frustration et à différer la satisfaction (le fait de pouvoir attendre le retour d’un adulte sans manger le premier bonbon dans l’espoir de manger deux bonbons plutôt qu’un).

Mischel  a montré que, si un adulte fournit aux enfants des idées et des techniques pour gérer la frustration (comme imaginer que le bonbon n’est qu’un bout de coton ou le regarder dans un cadre, ou penser dans sa tête à des choses agréables), les enfants utilisent ces techniques et réussissent à attendre le second marshmallow pour des temps allant jusqu’à dix-huit minutes (alors que sans stratégie, ils craquent en général au bout d’une minute.)

Mischel en déduit donc que, si les enfants échouent à respecter les règles imposées par les adultes, ce n’est que rarement par manque de bonne volonté mais plutôt par manque de stratégies, d’outils et de ressources pour atteindre les objectifs qui leur sont fixés.

N’en déplaise aux tenants d’une éducation autoritaire, l’expérience montre que les enfants cherchent à bien faire, agissent de leur mieux pour contenter leurs parents. – Isabelle Filliozat

Les enfants, et les adultes les encadrant, gagneraient donc à formuler des attentes et des consignes dans un langage positif (ce qui est attendu et autorisé plutôt que ce qui est interdit) et à fournir des ressources aux enfants pour qu’ils adoptent les comportements attendus (par exemples, des stratégies de retour au calme plutôt qu’ordonner « calme toi! »).

Souvent les formulations des parents ne permettent pas aux enfants de se représenter correctement ce qu’il y a à faire, et surtout, ils reçoivent des interdits et savent ce qu’il ne faut pas faire mais pas encore ce qu’ils doivent faire à la place. Ils reçoivent des ordres sans forcément disposer des compétences nécessaires pour y obéir. Nombre de parents intiment « Calme-toi ! » sans enseigner à leur enfant aucune technique pour rétablir le calme dans leur corps. Certains les découvrent seuls, la plupart se contentent de se figer. – Isabelle Filliozat


Mischel a montré que si l’on propose une technique même à un petit, il arrive à maîtriser son impulsion. Par ailleurs, cet enfant sera heureux et fier de réussir.

Pourquoi certains enfants n’arrivent-ils pas à gérer leur frustration ?

Il existe par ailleurs des enfants qui veulent tout, tout de suite… Le test du marshmallow a montré qu’un bon nombre d’enfants mangeaient le premier bonbon en moins d’une minute.

La gestion de la frustration dépend du cerveau préfrontal. Isabelle Filliozat indique que cette zone du cerveau est peu développée avant l’âge de trois ans, chez les enfants de parents autoritaires, chez les enfants issus de milieux instables, chez les enfants n’ayant pas appris à maîtriser leur impulsivité, à réguler leur stress ou à diriger leur attention.

Isabelle Filliozat rappelle trois piliers pour aider les enfants à gérer leur frustration :

  • La qualité de l’attachement

Plus les enfants ont un attachement sécure à leurs parents, plus ils ont de chances de manger deux marshmallows plutôt qu’un. Avec des parents autoritaires et interventionnistes laissant peu de liberté et d’autonomie, les enfants craquent plus vite pour le premier bonbon.

Par ailleurs, les enfants ont besoin d’avoir une confiance profonde et inébranlable dans les personnes qui leur proposent une gratification. Bien que les tests d’inhibition cérébrale (tel que le test du Marshamallow) activent le cerveau pré frontal (siège de la réflexion) mais la gratification différée n’a du sens pour le cerveau que s’il y a confiance dans la personne qui va activer la récompense (le fait d’attendre et de différer une action va dépendre de la confiance que l’enfant place en l’adulte qui est à l’origine du test puisqu’avec des adultes non fiables, l’enfant n’est pas sûr que ses efforts de résistance à la frustration soient récompensés par une gratification réelle à terme).

  • Des stratégies pour savoir « comment » faire

La parentalité positive consiste justement à donner des ressources aux enfants pour qu’ils construisent eux-mêmes les compétences dont ils ont besoin.

citation éducation

 

  • La joie et la liberté comme « récompenses » intrinsèques

Dans son livre, Walter Mischel décrit la joie des enfants qui réussissent à obtenir les deux marshmallows. Il a pu lire dans les yeux de ces enfants le triomphe et la fierté liés à la maîtrise et au contrôle. Certains enfants sont si fiers qu’ils ne veulent pas manger les bonbons  avant de les avoir montrés à leurs parents. Tout se passe comme si avoir résisté est plus gratifiant que le bonbon en lui-même !

Faire des efforts, ça rend heureux, à condition que ce soit librement ! – Isabelle Filliozat

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Source : Les chemins de la joie de Isabelle Filliozat (éditions Poche Marabout). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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1 réponse

  1. Coralie dit :

    Ce test est également évoqué par Céline Alvarez, dans la partie des lois naturelles de l’enfant où elle parle des compétences executives.
    Le fait de savoir resister à la frustration est effectivement une force fondamentale pour avancer !
    https://les6doigtsdelamain.com/revolution-dans-education/

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