Pourquoi il ne faut plus dire « Tu vas tomber ! »…

Pourquoi il ne faut plus dire « Tu vas tomber ! »…

Il est une ritournelle bien connue des parents : « tu vas tomber !« , « tu vas le casser ! », « tu vas tout renverser ! ».

Pourtant, neuf fois sur dix, il ne se passe rien. L’enfant monte sur le muret mais il ne tombe pas, l’enfant prend l’assiette mais ne la casse pas, l’enfant se sert de l’eau mais ne la renverse pas.

Pas toujours facile de concilier nos peurs de parents et les envies d’autonomie de nos enfants ! Mais nous gagnerions à vaincre ce mauvais réflexe pour favoriser la confiance en soi des enfants, leur capacité à prendre des initiatives, leur pleine mesure des risques et leur autonomie.

Comment remplacer les expressions du type « tu vas tomber » ?

  • Donner un renseignement sans avertissement ou jugement

On laisse ici l’enfant juge de sa capacité à gérer la situation.

« C’est dangereux de monter sur ce muret, il est très haut »

« Tu risques de casser le verre »

« Ce rocher est glissant »

 

  • Proposer des solutions ou laisser l’enfant trouver une solution par lui-même 

« Que préfères-tu : descendre ou me donner la main ? »

On pourra même rajouter : « Ou alors, trouve un autre moyen de monter sur le muret en me montrant que tu ne risques pas de tomber ».

Votre enfant va peut être trouver un moyen de s’appuyer contre un autre mur ou utiliser un bâton en guise de canne, il va peut-être vous dire qu’il fait juste 3 ou 4 pas et qu’il descend ensuite, ou encore qu’il va plutôt monter sur un muret moins haut…

« Comment faire pour être sûr(e) de ne pas renverser la bouteille ? »

J’ai posé cette question dernièrement à ma fille alors qu’on cuisinait. Elle remuait la sauce dans la casserole et la bouteille de lait était posée juste à côté. Comme je sentais la catastrophe arriver, je lui ai demandé ce qu’elle pouvait faire pour être sûre de ne pas renverser la bouteille de lait. J’étais sur le point de la reboucher mais finalement, ma fille l’a posée en hauteur sur le micro ondes. C’était en effet une autre manière de répondre au problème… comme quoi, il n’y a jamais une seule manière de résoudre un problème qui se pose à nous :-).

 

  • Exprimer ses sentiments 

« J’ai peur que tu casses l’assiette. « 

« ça me rend nerveux(se)/ ça me met mal à l’aise quand tu… »

 

  • Proposer de l’aide en respectant les besoins de l’enfant (sans s’imposer) 

« Tu peux escalader ce rocher et je reste à côté/ je suis prêt(e) à te tenir la main si tu en as besoin. »

« C’est parfois difficile de verser de l’eau, tu peux me demander de l’aide si tu trouves que la bouteille est trop lourde ! »

 

  • Donner des consignes positives

Suite à la remarque d’une lectrice, je complète l’article :-). Merci à Claudia Mallet de l’atelier Com’Unique pour les précisions suivantes.

Comme le cerveau de l’enfant fonctionne par images, l’expression « tu vas tomber » entraîne une image négative dans l’esprit de l’enfant : il se voit tomber. Il est alors plus difficile de réussir avec une image d’échec dans la tête. 

Les consignes « positives » déclencheront quant à elles des images positives. Par exemple :

« Accroche toi bien au mur »

« Prends bien appui sur les branches »

« Garde toujours une main accrochée » (c’est ce que je dis à ma fille quand elle est en haut de l’araignée pour qu’elle ne lâche jamais les deux mains en même temps)

confiance en soi enfant

  • Expliciter nos recommandations de prudence

Par ailleurs, l’expression  » fait attention », « prends soin de toi » ou « sois prudent(e) » ne fait pas image chez le jeune enfant :

– qu’est-ce que cela signifie ?

–  que faut-il faire pour « faire attention » ?

C’est comme lorsqu’on demande à un enfant de ranger sa chambre : d’accord, mais ça veut dire quoi ? par où commencer ? comment s’y prendre ?

Pourquoi remplacer les expressions du type « tu vas tomber » ?

Nous montrons à notre enfant que :

  1. nous lui faisons confiance,
  2. nous ne ferons pas à sa place,
  3. nous avons conscience de sa prise de risque,
  4. nous sommes là en cas de danger ou de difficulté.

L’idée principale à garder en tête est de se demander comment nous aimerions que notre enfant se comporte la prochaine fois qu’il ou elle se retrouvera dans une situation présentant un danger potentiel… sans ses parents à côté pour lui souffler les « bonnes » attitudes à adopter.  

C’est en agissant ainsi qu’il ou elle apprendra à développer une attitude sécuritaire :

  • se projeter,
  • anticiper,
  • savoir dire non,
  • prévoir les aléas,
  • évaluer le danger
  • (parfois tomber… pour mieux se relever et recommencer 🙂 )

Par ailleurs, la formulation « tu vas… » peut avoir un effet pervers : si l’enfant ne tombe pas, il risque de penser que les dires de ses parents n’ont pas valeur de vérité. La parole parentale perd alors de sa légitimité.

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12 réponses

  1. Sophie dit :

    Bonjour, merci pour cette article.
    Je suis avec mon fils de 3 ans dans la responsabilisation et l’autonomie. Je lui expliques qu’il risque tomber pu renverser tel ou tel chose… Votre article me permet de mieux voir ou je pechais dans mes paroles… Lui demander de trouver le moyen de… Super Merci beaucoup.
    Je partage sur FB

  2. Tout à fait d’accord! On peut aussi réfléchir au sens caché des phrases que l’on emploie à longueur de journée et à leur pouvoir de suggestibilité: « tu vas tomber » peut etre perçu comme une demande cachée de la part du parent. Voici la liste des phrases les plus employées: http://www.droledemaman.com/les-deux-choses-a-interdire-a-ses-enfants-la-fin-du-terrible-two-age-du-non/

  3. AssMat31 dit :

    Wouah, merci merci merci pour toutes ces astuces !! Je connaissais, et appliquais déjà, le « j’ai peur que tu tombes », mais je ne savais pas qu’il existait autant de variantes 😀

  4. Celine dit :

    J’aime bcp le « sois bien prudente en te tenant bien au mur et en allant doucement » qd ma fille de 3 ans veut descendre seule les escaliers en beton et tjr en travaux donc sans rampes 🙂

  5. Maeminha dit :

    …qu’est-ce qu’on en fait des erreurs, en tant que parents…
    Parfois je me demande si ce n’est pas plus mauvais pour eux de nous sentir hésiter avant de dire quelque chose, par peur de causer des traumas.
    Et, même, de nous sentir culpabiliser quand on se rend compte d’avoir placé un mauvais mot dans une bête phrase ou avoir levé la voix…
    A la longue je suis sur qu’on va finir par payer le trop de zèle… le manque de simplicité et de confiance dans notre héritage culturel.

    • Caroline dit :

      Ce sont juste des habitudes à prendre. Comme toutes habitudes, cela demande des efforts conscients au départ puis cela devient inconscient.

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