Un enfant sait mieux que nous s’il a faim…

enfant sait mieux que nous s'il a faim

Dans son livre Le quotidien avec mon enfant, Jeannette Toulemonde, influencée par Maria Montessori, Emmi Pikler ou encore Alice Miller, nous livre plusieurs réflexions issues de son expérience de mère de 7 enfants.

Elle estime qu’en ce qui concerne l’alimentation, c’est l’enfant qui sait.

Comment arrêter de se gâcher la vie (la nôtre et celle de nos enfants) avec des problèmes d’alimentation ?

Les nourrissons : ne pas forcer à finir le biberon ou à têter

Si un enfant n’a pas faim, Jeannette Toulemonde déconseille de le forcer à manger. Au besoin, on peut lui proposer de l’eau (au biberon ou à la cuillère pour les enfants allaités) puis attendre qu’il veuille à nouveau téter ou qu’il réclame le biberon.

On peut lui présenter le sein ou le biberon et ne pas insister s’il ne le prend pas, ni lui mettre de force dans la bouche. Idem pour la cuillère plus tard : on peut la lui présenter sans qu’elle touche la bouche et ne la lui donner que s’il ouvre la bouche. S’il ne l’ouvre pas, c’est qu’il n’a plus faim ou qu’il désire un petit répit entre deux bouchées.

Si nécessaire, la mère qui allaite peut tirer son lait pour éviter l’engorgement mais sans le donner au bébé dans la foulée (il est possible de congeler le lait maternel ou de l’utiliser pour des soins médicaux comme nettoyer les yeux de bébé).

En pratique, il vaut mieux éviter de tirer sur le sein ou sur le biberon pendant que le bébé tête pour qu’il se remette à boire, si cela ne va pas assez vite pour nous. Cela peut être angoissant pour le tout-petit de devoir rattraper cette nourriture qui fuit.

Forcer un bébé à manger et/ou lui donner à manger à heures fixes bloque son instinct naturel de satiété.

 

Pour les jeunes enfants, pratiquer la diversification menée par l’enfant

On appelle DME également diversification menée par l’enfant, diversification consciente et diversification autonome; ou en anglais baby led weaning. Cette diversification consiste à ne pas donner des purées ou des compotes, mais à commencer directement avec des morceaux, afin que l’enfant découvre en toute autonomie le plaisir de manger.

Pour aller plus loin : Qu’est-ce que la DME (diversification menée par l’enfant) ?

dme diversification menée par l'enfant

 

Il existe de petits et de gros appétits

L’enfant qui n’a plus faim commence par ne pas accepter de finir le fond de son biberon ou le reste de son assiette qu’on veut lui forcer à avaler. Puis très vite, il refuse toute nourriture à l’heure des repas car le moment du repas devient lié au pouvoir des adultes sur lui et est source à la fois d’anxiété et de résistance.

Quand un enfant mange peu, on met peu d’aliments, quitte à le resservir à nouveau s’il en redemande.

 

Finir son assiette n’est pas une question de morale (et ne met pas fin à la famine dans le monde)

Ce n’est pas « bien » de manger (sous entendu de finir la quantité d’aliments qu’un adulte a estimé normale, indépendamment de l’appétit de l’enfant puisque par définition lui seul en éprouve la sensation) et, a contrario, « mal » de ne pas manger.

Dans les deux cas, manger, c’est manger à sa faim et c’est naturel (quand l’instinct est encore capable de faire son travail de régulation correctement).

Ce n’est pas parce que le tout-petit aura fini son assiette sans laisser de reste que le problème du tiers-monde sera résolu. – Jeannette Toulemonde

 

L’enfant qui refuse une catégorie d’aliments a une raison

Jeannette Toulemonde propose plusieurs explications au refus d’un enfant concernant un aliment :

  • son organisme n’a pas besoin de cet aliment pour le moment,
  • il sent que cet aliment est nocif pour lui (en raison par exemple d’une allergie ou d’une intolérance),
  • il n’aime pas un aliment (les adultes aussi ont leurs goûts.. et leurs dégoûts 🙂 ).

De temps en temps, on peut demander aux enfants de faire un petit essai. S’ils n’aiment toujours pas, on laisse tomber. Il est très possible qu’un jour, à nous voir manger de tout de bon appétit, ils s’y mettent aussi.

 

L’enfant qui souffre de refus d’appétit

Jeannette Toulemonde propose des « efforts de non intervention » pour permettre à l’enfant de surmonter par lui-même ses difficultés et de « rééduquer » son appétit (même si cela peut prendre un certain temps à l’encontre des conventions sociales ou de nos principes d’adultes) :

  • proposer sans forcer et toujours arrêter quand il n’en veut plus;
  • ne pas faire durer les repas plus que celui des autres personnes à table;
  • servir peu d’aliments à la fois;
  • ne pas attacher d’importance au fait qu’il mange ou ne mange pas (plus facile à dire qu’à faire…);
  • servir des plats que l’enfant aime régulièrement sans se servir de la nourriture comme chantage (« si tu manges des épinards, je ferai des spaghetti ce soir »), punition (« privé de dessert ») ou récompense (« tu as mangé de la salade, tu as le droit de prendre deux assiettes de frites/ deux desserts »);
  • faire des gâteaux aux fruits ou des crèmes (s’il n’a rien mangé d’autre, l’enfant qui mange une part de gâteau ou une crème dessert aura au moins eu des oeufs, du lait, de la farine, du sucre, des fruits et du beurre pour un apport en protides, glucides, lipides et vitamines);
  • ne pas trop s’attacher aux principes : l’enfant peut s’alimenter au début de sa « rééducation » de manière étrange mais, peu à peu, il retrouvera son instinct et équilibrera son alimentation. Cela est d’autant plus vrai quand il est entouré de membres de sa famille qui mangent de manière équilibrée et diversifiée et que les aliments à disposition sont sains (pâtisseries maison, fruits et légumes frais, eau à volonté…);
  • enlever toutes les assiettes, y compris la sienne même si elle est encore pleine, sans faire de commentaire ou de réflexion (les restes pourront être mangés le repas suivant, réintégrer dans une autre recette…). Plus on laisse la paix à l’enfant, plus la rééducation sera rapide car il n’aura pas besoin de lutter pour affirmer son autonomie et préserver son intégrité physique/émotionnelle;
  • faire des repas des moments agréables, des discussions sans confrontation;
  • ne pas parler en présence de l’enfant de son alimentation ou de ses « problèmes » d’appétit;
  • faire une jolie table, de jolies présentations;
  • mettre le couvert avec l’enfant s’il est en âge de le faire et s’il en a envie, lui permettre de faire le service et de se servir seul;
  • lui procurer, en dehors des repas, une vie saine, du grand air, des occasions de prendre des initiatives, d’être un « grand », des câlins et de la tendresse.

L’idée principale est de détendre l’atmosphère autour de la question de nourriture, de détourner notre attention d’adultes du problème de l’appétit de l’enfant. Mais il faut bien admettre que cela prend du temps… et que cela nous demande de revoir nos conventions culturelles, sociales et nos priorités, nos croyances éducatives.

Le fait de se nourrir est un acte de survie et c’est la raison pour laquelle les parents ont tendance à se crisper sur ce sujet par peur que leur enfant ne soit pas en bonne santé… mais cette peur justifie-t-elle de prendre le risque que l’enfant se coupe de son instinct naturel pouvant conduire à des troubles alimentaires et, pire, de mettre en péril la relation parent/enfant en entrant dans des jeux de pouvoir… alors qu’on sait qu’un enfant ne se laisse pas mourir de faim ?

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Source : Le quotidien avec mon enfant de Jeannette Toulemonde (éditions L’Instant Présent). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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6 réponses

  1. Clara dit :

    Je suis bien d’accord ! j’ai été longtemps forcée à manger et je ne compte jamais imposer ça à mes enfants. Je pense qu’un enfant sait aussi bien qu’un adulte si il a faim ou pas, malheureusement les adultes continuent à culpabiliser les enfants avec cette histoire de « faim dans le monde » et autres tactiques !

  2. AS dit :

    « alors qu’on sait qu’un enfant ne se laisse pas mourir de faim »
    « Le fait de se nourrir est un acte de survie »
    Je pense que vous faites une grave erreur de dire cela. Renseignez vous sur les maladies qui impliquent des problèmes d’alimentation.
    Avoir eu 7 enfants ne fait pas de cette dame un Medecin je pense, et à dire cela vous culpabilisez les mamans pour rien. Avoir eu 7 enfants ne fait Pas de cette dame une mère parfaite, et les parents d’enfants ayant des problèmes d’oralite de mauvais parents. Vous ne parlez même pas du fait qu’un/une orthophoniste peut aider dans la rééducation des problèmes d’oralité.

    • Caroline dit :

      Bonsoir

      avez-vous des ressources scientifiques pour étoffer la question ? je pourrai compléter l’article.

      Merci

      • Aline dit :

        Les troubles de l’oralité sont peu connus actuellement, mais les parents qui sont confrontés à ça souffrent d’entendre « qu’un enfant ne se laisse pas mourir de faim » car pour eux (pour nous mon fils en souffre) c’est faux. Et oui il faut trouver un orthophoniste formé en oralité pour faire un bilan et avoir une prise en charge, un site bien conçu qui en parle : http://oralite-alimentaire.fr/les-troubles-de-loralite
        Sinon il y a aussi les articles de Véronique Leblanc, psychologue à l’hôpital Robert Debré, faites une recherche sur « dysoralité sensorielle » par exemple, il faut savoir que ces troubles alimentaires très fréquents chez les enfants atteints d’un handicap se retrouve chez environ 25 % de la population sans handicap, chez nous par exemple la dysoralité serai héréditaire, je ne mangeais que des petits pots jusqu’à l’age de 2 ans, mon homme quand à lui présentait d’autres symptômes comme la difficultés à toucher certaines textures etc……aucuns de nous n’a eu de problème de croissance, mais voilà, notre fils se retrouve avec un gros trouble et lui, sa courbe de croissance en a été fortement perturbée, en partie parce que j’ai suivi les conseils de mon pédiatre qui m’a demandé de ne plus donner les aliments qu’il acceptait de manger. Bilan,un an après, à 3 ans il est toujours malade, pèse moins lourd qu’à 2 ans, ne parle toujours pas bien (c’était lié), et seul le hasard nous a fait rencontrer une orthophoniste qui nous a aidé. Aujourd’hui mon fils n’a plus de trouble de la parole, il vomis encore un peu lorsqu’il est surpris par un morceau, a toujours sont petit pot en plus de ce que je lui propose, et surtout il m’a avoué qu’il avait faim, mais qu’il ne POUVAIT pas manger les morceaux, c’est dur de s’apercevoir qu’on a affamé son enfant pour un problème physique non décelé et toujours nié à l’heure actuelle par mon pédiatre.

  3. Corine dit :

    Bonjour,
    J’hésitais à faire un commentaire, mais je pense qu’il est nécessaire de modérer les propos de cet auteure, qui croit détenir la vérité.
    Je parle en tant que maman de 2 enfants : 7,5 ans et 5 ans.
    Il ne faut pas oublier que l’alimentation est un des rares domaines où les enfants peuvent faire pression sur les parents. Parfois la grève de la faim pour gagner la bataille ! Et c’est tellement facile de dire que l’on n’a pas faim pour les crudités ou la soupe, et « se rattraper » sur les pâtes, le yaourt et les biscuits ! A nous de faire des légumes qu’ils aiment (et de faire goûter les autres), et parfois ce seront les fruits qui rattraperont l’absence de légumes (ma fille de 5 ans est tellement « difficile » parfois !). Toujours avec bienveillance et amour ! Savoir expliquer que les desserts gourmands (= sucrés) font moins de mal si le repas est riche en fibres (légumes, fruits, légumineuses), ce n’est pas une histoire de récompense, comme le dit l’auteure, mais de diététique (eh oui, je suis diététicienne), et il faut savoir l’expliquer aux enfants, ils comprennent très bien. Idem pour la part de gâteau aux fruits comme seul repas, c’est une bêtise, car c’est gavé de sucre ! S’il n’a pas faim, on laisse l’enfant tranquille.
    Par contre, elle dit vrai quand elle suggère d’écouter l’appétit des enfants. Mais les goûters (souvent trop sucrés et trop copieux) leur coupent l’appétit pour le soir : faites l’expérience d’alléger/supprimer le goûter, ils apprécieront plus les carottes râpées le soir !
    Bref des bonnes choses, mais il lui manque l’approche diététique.
    Caroline, j’anticipe, je n’ai pas de références biblio à vous proposer, désolé. Mais par contre, j’ai plein d’encouragements pour vous inciter à poursuivre tous vos articles, qui nous aident énormément au quotidien !! Et bonne année à vous !

    • Caroline dit :

      Bonjour

      je me rends compte que je n’ai peut-être pas réussi à rendre compte correctement de ce qu’avance l’auteure dans son livre. Elle ne dit pas qu’il faut laisser les enfants manger seulement des gâteaux. On parle ici d’une sorte de période de transition temporaire, entre le « je force mon enfant à manger » et le retour à un équilibre alimentaire qui se basera sur les goûts propres de l’enfant et sa satiété propre.

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