Je souhaite commencer cet article sur un rappel de vocabulaire. Dans le livre Sanctionner sans punir, Elisabeth Maheu n’utilise jamais le mot bêtise : elle parle de transgression ou de contravention.

livre sanctionner sans punir

Quelle est la différence entre sanction et punition ? 

La punition

La punition est l’expression d’un rapport de force dans lequel le dominant (l’adulte) exerce son pouvoir sur le dominé (l’enfant). La punition s’exerce dans le cadre d’un pouvoir personnel et peut paraître arbitraire car elle dépend du bon vouloir de l’individu en position de supériorité (de son niveau d’agacement ou de fatigue, de sa préférence pour tel enfant avec lequel il sera plus souple, de son rejet de tel autre enfant qui sera systématiquement et sévèrement puni…).

humiliation des élèves sanctionner sans punir

Illustration extraite de Sanctionner sans punir d’Elisabeth Maheu

La sanction

Par opposition à la punition, la sanction peut être définie comme « la conséquence prévue à l’avance d’une infraction ou d’un non respect d’une règle ou d’une loi explicitement formulée et reconnue » (Jean-Pierre Carrier – Docteur en Sciences de l’Education).

Les comportements  non acceptés considérés comme des infractions ainsi que les sanctions correspondantes sont donc définies au préalable.

Les réparations (symboliques – comme une lettre d’excuse ou matérielle – comme la réparation d’un objet cassé ou le nettoyage d’une maladresse) sont connues et adaptées au type et à la gravité de l’infraction.

Contrer les croyances communes au sujet des punitions pour apprendre à sanctionner sans punir

autonomie ou docilité sanctionner sans punir

Dans le livre Sanctionner sans punir, Elisabeth Maheu rappelle quelques principes au sujet des punitions :

1. Ce n’est pas la douleur du puni qui répare le dommage.

Une sanction à but éducatif ne peut être ni un châtiment ni une punition. La sévérité de la punition apparaît souvent comme ce qui va soulager les victimes. Nombre de parents et d’ enseignants, aux rôles d’éducateurs, pensent que les enfants doivent souffrir pour réparer leur faute (pas toujours physiquement mais parfois par l’humiliation, par des lignes à recopier, par de la culpabilisation, par des dévalorisations publiques).

Or ce n’est pas la douleur du puni qui répare le dommage mais la prise en considération de la victime. C’est la reconnaissance du statut de victime qui va permettre à la personne qui a souffert de se sentir dédommagée et d’abandonner son désir de vengeance.

Est éducatif tout ce qui est structurant.

 fessée sanctionner sans punir

2. L’éducateur accompagne, il ne se contente pas de contraindre.

Un éducateur (parent ou enseignant) est le garant de la loi et de la règle du groupe mais il est aussi un accompagnateur. Pour que la transgression et ses conséquences deviennent une occasion de progrès, Elisabeth Maheu propose un triple accompagnement :

  • Obligation de réparation

Pour que la réparation soit éducative, c’est l’auteur du dommage lui-même qui devrait proposer la forme de la réparation et l’exécuter. Pour que les enfants apprennent la notion de responsabilité, il est important de leur demander la réparation directe et matérielle du dommage. C’est souvent la réponse la plus simple, la plus juste et la plus compréhensible pour le “fautif” et la victime.

Quand la réparation directe et matérielle n’est pas possible, l’enfant peut exécuter une réparation symbolique comme des excuses ou compensatrice comme rendre un service (par exemple demander à un adolescent qui tague les murs du collège de mettre en place un panneau de bois sur lequel les adolescents pourront taguer).

  • Rappel de la règle

La transgression peut être l’occasion de travailler sur la compréhension de cette règle. Cette règle sert le groupe (la classe, la famille, la fratrie…) et l’éducateur doit en redonner le sens. Une invitation à la réflexion peut donc être ajoutée à l’exigence de réparation.

  • Mise en mots

Il s’agit de mettre des mots sur les intentions, motifs, malaises, souffrances ou besoins non satisfaits qui ont entraîné la “bêtise”. L’enfant qui a commis la transgression sera amené à parler de lui et de ses difficultés, l’éducateur pourra alors l’aider à trouver des solutions et à devenir acteur de sa propre vie.

3. Ecouter n’est pas céder.

Ecouter, c’est accepter de regarder une part de réalité qui nous échapperait autrement. L’autorité saine et non violente passe par cette volonté de faire avec l’enfant plutôt que contre l’enfant.

4. Les deux questions à se poser avant de sanctionner

Afin de déterminer une sanction appropriée, l’enseignant ou le parent peut se poser deux questions :

  • “Ai-je abandonné l’idée de vengeance en  mon nom ou au nom de la victime ?”

  • “Le but de cette sanction est-il sa pénibilité ou une prise de conscience de la part de l’enfant ?”

sanctionner sans punir des règles pour mieux vire ensemble

5. Reconnaître la colère, c’est aussi éduquer

Manifester de la reconnaissance offre aux enfants un espace de discussion. Quand ils crient ou tapent, c’est souvent qu’ils n’ont pas les mots, le vocabulaire pour exprimer ce qu’ils ont dans la tête ou qu’ils ont peur de ne pas être entendus. Ce qu’on appelle “bêtise” dans le langage commun est souvent la conséquence d’un manque de paroles pour exprimer un message de demande d’aide, de colère ou de frustration.

La colère aura tendance à s’apaiser si elle est reconnue et accueillie sans jugement : “Je vois que c’est insupportable pour toi.” Décoder l’agressivité d’accord mais tout en la maintenant dans un cadre : celui que les règles ou la loi ont fixé !

Il est important de recentrer le débat sur l’objet du conflit plutôt que sur le comportement de l’enfant pendant la crise.

Dans son livre Sanctionner sans punir, Elisabeth Maheu propose d’apporter à la fois des signes de reconnaissance mais aussi des propositions de projets à des jeunes qui pensent n’avoir aucune importance aux yeux des adultes, qui se croient trop nuls pour les intéresser.

Moins les enfants ou les adolescents ont de mots à leur disposition, plus ils risquent de parler par l’action violente. Certains linguistes parlent de “langue illetrée”.

6. La culpabilité est nécessaire mais pas suffisante : c’est la responsabilité qui fait avancer vers l’autonomie

La culpabilité est un signe d’empathie mais l’abus de culpabilité peut entraîner des idées morbides (“je suis mauvais, je mérite de mourir”) ou alors de stratégies de justification (“j’ai simplement fait ce qu’on m’a demandé, c’est pas de ma faute”, “de toute façon, il l’avait bien cherché”…).

Il est souhaitable que la culpabilité (“je suis désolé(e) de t’avoir blessé”) soit en tremplin vers la responsabilité (“j’ai commis un acte gênant que je regrette : je vais le réparer.”)

7. Exclure oui… mais après ? 

L’exclusion temporaire a du sens quand elle sert à sécuriser le groupe (la classe, la famille, la fratrie…) et à calmer les protagonistes (enfants et adultes). Il est possible à la maison ou à l’école de prévoir un lieu où l’enfant très en colère pourrait être extrait du groupe (de lui-même ou sur invitation d’un adulte) : on pourrait imaginer mettre à disposition dans ce lieu des balles anti stress, des crayons et des feuilles pour mettre la colère ou la frustration sur papier, des coussins à taper… Certains enseignants aménagent des espaces dédiés au retour au calme dans leurs classes mais ces espaces ne sont pas des “coins”. L’exclusion permet donc un retour au calme et peut être accompagnée d’une invitation à revenir dans le groupe dès que l’enfant est calmé et prêt à accepter la règle.

L’exclusion peut être la seule solution pour la survie du groupe mais dans ce cas, la sanction doit être expliquée. L’absence de sanction serait pire ! Le raisonnement est le suivant : “Nous ne pouvons te laisser mettre en danger le groupe et nous n’avons pas les moyens de faire avec toi””. Cette exclusion n’est pas en soi un règlement du problème pourtant puisque ce sont souvent les mêmes enfants qui sont exclus régulièrement : un travail de rappel de la règle, de verbalisation des motifs mais aussi des modalités de réinsertion contribuera à l’adhésion aux règles.

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