La question des repas est épineuse pour de nombreux parents.

enfant mange peu

Crédit illustration : freepik.com

 

Dans son livre Le manuel de survie des parents, Héloïse Junier, psychologue en crèche, propose des pistes bienveillantes pour aborder les repas avec les enfants. La question des repas est épineuse pour de nombreux parents car ces derniers ont peur pour la santé des enfants qui ne mangent pas assez (ou trop).

Les repas revêtent également un enjeu de socialisation important : un enfant qui mange avec les doigts, qui se lève de table, qui ne mange pas assez pendant les repas au risque de grignoter en dehors des heures dévolues aux repas risquerait de ne pas pouvoir s’intégrer dans la société car il n’en aurait pas acquis les codes.

Le moment des repas peut également être un moment de crispation quand il est un déclencheur de mémoire traumatique. Certains parents peuvent effectivement avoir vécu eux-mêmes des maltraitances au moment des repas (avoir été forcés à manger ou au contraire privés de nourriture, avoir été empêchés de se resservir ou culpabilisés sur la quantité d’aliments ingurgités, avoir été obligés de rester assis et silencieux pendant le repas, avoir été punis de dessert pour diverses raisons…).

Héloïse Junier estime qu’il y a une forte dimension psychologique dans l’alimentation. Les enfants peuvent être amenés à redouter les repas et à peu manger. Il se peut qu’un enfant dit “petit mangeur” soit influencé par la manière dont se déroule les repas (plutôt que par ce qui lui est servi dans l’assiette).

Quand on y réfléchit, les aliments que contient l’assiette ne sont que la partie visible de l’iceberg du repas ! Sur ce temps clé, l’enfant nécessite autant d’être nourri sur le plan affectif que nutritionnel.- Héloïse Junier

Quand un enfant mange peu (ou rien), comment réagir ? Souplesse et plaisir au menu.

Héloïse Junier rappelle qu’il est important de distinguer le contenu de l’assiette du contexte du repas, à savoir les personnes présentes autour de la table, l’ambiance qui y règne, la disponibilité de l’adulte, la manière dont ce dernier accompagne l’enfant dans sa découverte des aliments, le rythme du repas, l’éventuelle pression dont l’enfant peut faire l’objet. La psychologue propose des pistes pour que le temps du repas (re)devienne un moment de plaisir.

  • Créer une bonne ambiance

Le temps du repas est avant tout un temps de relation entre les différents membres de la famille qui se réunissent tous ensemble pour un temps convivial partagé. La dimension conviviale du repas est quasiment aussi importante pour l’enfant que les aliments proposés.

  • Lâcher prise

Héloïse Junier avertit que plus un parent est convaincu que son enfant ne mangera pas beaucoup au prochain repas, plus ce parent appréhendera ce repas, et sera donc nerveux et stressé. Les enfants sont particulièrement sensibles aux émotions ressenties par les parents. Par contagion émotionnelle, les enfants deviendront nerveux et stressés à l’idée du repas.

  • Continuer à présenter les plats

Les enfants auront davantage tendance à accepter de goûter un aliment ou un plat si celui-ci est présenté plusieurs fois de manière identique dans le temps afin qu’il puisse bien le reconnaître (entre 6 et 10 fois sont nécessaires en moyenne). Et, même après plusieurs présentations, c’est OK que l’enfant n’aime pas tel ou tel aliment. Les adultes ont également leurs goûts personnels et, en général, les adultes bien attentionnés veillent à ne pas cuisiner un plat que leurs invités adultes n’aiment pas.

  • Ne pas forcer à manger ni même à goûter

Plus on met la pression à un enfant pour qu’il mange, moins il mangera. Comme les adultes, les enfants ne mangent pas avec appétit quand ils ont l’estomac noué par le stress ou la frustration.

  • Ne pas poser l’étiquette de petit mangeur

Les étiquettes comme le fait de présenter un enfant comme un “petit mangeur” ou “l’enfant qui ne mange rien” enferment les enfants dans leur comportement et ont valeur de prophétie auto-réalisatrices.

  • Laisser l’enfant bouger (se lever notamment)

Héloïse Junier explique que la position assisse est inconfortable pour les enfants de moins de 4 ans du fait du volume disproportionné de leur tête par rapport à leur corps. C’est réellement difficile pour un enfant de rester assis et de ne pas gigoter à table.

  • Laisser l’enfant manger avec les doigts

Les enfants ont besoin de manipuler la nourriture avec les doigts. L’exploration multisensorielle est un besoin fondamental pour les enfants.

  • Jouer

Le jeu et l’humour permettent de détendre l’atmosphère et d’éviter les rapport de force.  Par exemple, il est possible de chanter pour éviter d’exploser de colère contre l’enfant.

Par exemple, Delphine Hemptinne (dans livre Jouons malin ! Du petit-déjeuner au coucher) propose de jouer aux stars pendant le repas. L’idée est que chaque membre de la famille se comporte comme un personnage choisi à table. Jusqu’à la fin du repas, chacun se comporte comme le personnage qu’il/elle a choisi (il est même possible de se déguiser pour encore mieux endosser le rôle !). Cette idée m’a fait sourire car ma fille aime beaucoup manger comme une Lady anglaise (avec le petit doigt en l’air, s’il-vous-plaît, et l’accent British !). Souvent, je la suis dans son jeu et nous nous retrouvons à parler franglais au cours du repas.

Les parents sont bien sûr invités à jouer le jeu pour que petits et grands partagent ce moment de complicité. Il est possible que les joueurs ne révèlent pas le nom du personnage qu’ils ont choisi d’endosser et les autres membres de la famille essaient de deviner au cours du repas de qui il s’agit.

Attention toutefois à ne pas confondre approche ludique et manipulation : “faire l’avion” revient à forcer un enfant à manger.

  • Reconnaître l’appétit et la satiété de l’enfant

Le plus important à garder en tête est de laisser à l’enfant la responsabilité de ses sensations. Si un enfant ferme la bouche ou repousse son assiette, il suffit de reconnaître avec empathie qu’il n’a plus faim : “Oh, tu n’as plus faim”. En mangeant seul, à son rythme et en se laissant guider par sa satiété, l’enfant gère lui-même le rythme du repas et la quantité ingérée en fonction de son appétit et ses besoins.

 

Si les problèmes persistent (avec une incidence sur le poids de l’enfant notamment), il est recommandé de consulter un pédiatre. Certains enfants ont en effet des problèmes d’oralité et des troubles alimentaires (notamment en lien avec l’autisme). En cas de doute, les pédiatres et médecins généralistes pourront aiguiller vers des professionnels capables de poser des diagnostics (orthophonistes ou psychomotricien par exemple).

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