Les mouvements de l’enfant en crise ne devraient pas être entravés mais plutôt redirigés et régulés

les mouvements de l'enfant en crise ne devraient pas être entravés mais plutôt redirigés et régulés

Un enfant en crise a besoin d’action et de relation

Quand un enfant est en crise, nous pouvons être tentés de le contenir, de l’empêcher de fuir ou de bouger en le contenant. Pourtant, ce dont un enfant en crise a le plus besoin est à la fois d’action (pouvoir bouger, pleurer, fuir, s’isoler) et de relation (présence non jugeante ni intrusive d’une personne qu’il aime).

Si un enfant tente de taper, il vaut mieux rediriger son geste plutôt que le taper en retour ou lui hurler dessus. Ainsi, il est possible de transformer un geste agressif en jeu (jeu de bagarre, course poursuite…). Le but de ce type de jeu est de faire vivre une situation aux enfants au cours de laquelle leurs émotions vont être atténuées et régulées plutôt qu’étouffées et au cours de laquelle les enfants vont avoir du pouvoir personnel.

L’idée est de permettre à l’enfant de faire ce qu’il a envie de faire mais de manière atténuée pour deux bénéfices :

  • se livrer à l’agression “pour de rire” réduit le besoin de céder aux impulsions dans la vraie vie (l’énergie est libérée dans un cadre de sécurité où la pulsion agressive se transforme en interaction positive);
  • modifier légèrement le geste agressif pour que l’enfant apprenne à contrôler son impulsivité.

Par exemple, le parent peut dégainer une épée magique de son fourreau et entamer un duel avec l’enfant (sur le ton de l’humour). Il pourrait aussi simuler la peur et s’enfuir en courant avec exagération et moults cris avant de se cacher de cet enfant si en colère qu’il risque de cracher du feu. L’enfant entrera dans le jeu… ou non. L’objectif n’est pas de forcer l’enfant à entrer dans le jeu mais de désamorcer la crise en intégrant de l’humour (non moqueur) qui rétablit le lien. Ce type de jeu permet aux enfants de vivre leurs émotions de manière non humiliante, non traumatisante et non violente.

Ainsi, les mouvements de l’enfant en crise ne devraient pas être entravés mais plutôt redirigés et régulés. Serrer un enfant très fort dans les bras pour empêcher ses mouvements brusques risque d’accroître l’intensité de sa colère car il se sent impuissant et l’émotion ne peut pas se décharger jusqu’au bout. Il est toutefois possible de prendre un enfant dans les bras pour le changer d’environnement afin de le laisser courir, pleurer ou crier.

Penser le contexte pour adapter la réaction 

Forcer un enfant en crise à rester immobile, le contenir et le forcer à rester dans les bras ne doit pas être le premier réflexe mais le dernier recours, en cas d’agressivité extrême ou d’impossibilité à changer d’environnement (impossibilité de s’isoler, d’aller dehors ou de trouver un espace où laisser libre cours au mouvement) .

Dans le cas d’un enfant qui fait des crise interminables dont il ne sort pas même en ayant la possibilité de sortir dehors ou de bouger ou dans le cas d’un enfant qui cherche le contact avec le parent en revenant constamment vers lui avec des contacts agressifs (frapper, mordre, hurler), alors le parent peut s’isoler avec l’enfant et le maintenir sur ses genoux. Toutefois, le parent permettra à l’enfant de bouger ses membres. L’idée n’est pas de faire mal à l’enfant ou de le calmer par contention mais de lui permettre de sortir des tensions sans se blesser ou blesser autrui, dans un contexte sécurisé et en lien avec une personne aimante, compréhensive. Les gestes de l’enfant peuvent être frénétiques au début puis s’apaiser peu à peu. Le parent pourra relâcher sa poigne quand il sent que l’enfant s’apaise, et tenter des caresses (si l’enfant les accepte). C’est toujours l’enfant qui doit initier le mouvement, sans être forcé à sauter, courir ou mettre la tête en bas. Ainsi, il est normal de trembler après avoir eu peur et avoir été immobilisé par la peur. En effet, en cas de peur ou de stress, le corps mobilise de l’énergie pour fuir ou attaquer. Quand il ne peut ni fuir ni attaquer et qu’il se fige, alors l’énergie est bel et bien là mais ne peut pas être déchargée par le mouvement (fuite ou attaque en l’occurrence).Les tremblements consécutifs à la peur ou au stress sont la manière que trouve l’organisme de décharger cette énergie : il est donc utile d’accueillir ces tremblements et ne pas chercher à les faire cesser. Ils sont précisément le signe que le corps est en train de se remettre de la peur ou du stress. Trembler est non seulement normal mais que cela aide les personnes à se libérer du choc. Lorsque la décharge sera terminée, elles se sentiront alors soulagées et auront peut-être une impression de chaleur au niveau des pieds et des mains, puis leur respiration devrait devenir plus ample et aisée. Ainsi, face à une peur ou un stress, il est toujours utile d’encourager les enfants à vivre leurs sensations corporelles telles que les secousses ou tremblements, les sensations de froid ou de chaud.

Réfléchir aux causes des crises fréquentes et intenses de l’enfant

En parallèle, il est utile de réfléchir aux causes des crises fréquentes et intenses de l’enfant.

  • Y-a-t-il eu des changements importants dans la vie de l’enfant (divorce, déménagement, naissance d’un frère ou soeur, entrée à l’école ou à la crèche, décès…) ?
  • A-t-on attendu trop longtemps avant d’intervenir sur les circonstances, conduisant à une crise explosive (par méconnaissances de la psychologie de l’enfant, de ses stades de développement, par inattention aux signes précurseurs..) ?
  • Les besoins physiologiques de l’enfant sont-ils satisfaits (quantité de sommeil suffisante, nourriture ni trop sucrée ni salée, possibilité d’aller aux toilettes librement…) ?

méthode crac

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Sources :

Qui veut jouer avec moi ? Jouer pour mieux communiquer avec nos enfants de Lawrence Cohen (éditions Poche Marabout)

Un pas vers une écologie de l’enfance de Olivier Lafay et Deborah Heynen (auto édition)

Réveiller le tigre : guérir le traumatisme de Peter Levine (InterEditions)