Parents efficaces : 3 règles d’or de la communication entre parents et enfants

Parents efficaces : 3 règles d’or de la communication entre parents et enfants

Dans son livre Parents efficaces, Thomas Gordon explique qu’il existe trois types de problèmes dans la relation entre parents et enfants :

  • L’enfant a un problème parce qu’il ne peut pas satisfaire un de ses besoins personnels. Ce n’est pas le problème du parent puisque le comportement de l’enfant ne l’empêche pas de satisfaire son propre besoins (par exemple, quand un enfant s’est disputé avec son meilleur ami à l’école). Le problème appartient alors à l’enfant
  • Les besoins de l’enfant sont satisfaits (l’enfant n’a aucune raison d’être frustré). Cependant, son comportement pose un problème au parent car cela empêche le parent de satisfaire ses propres besoins. Le problème appartient alors au parent.
  • Ni les besoins de l’enfant ni ceux des parents ne sont satisfaits. Les besoins des uns et des autres sont incompatibles. Parents et enfants sont tous impliqués dans le problème. Le problème appartient alors à la relation.

communication entre parents et enfants

1. Ecoute active : quand le problème appartient à l’enfant

Qu’est-ce que l’écoute active ?

Dans l’écoute active, le parent essaie de comprendre ce que ressent l’enfant, de saisir ce que son message veut dire. Ensuite, le parent transforme sa compréhension dans ses propres mots et retourne le message à l’enfant pour vérification.

Le plus important pour le parent est de transmettre son propre message « décodé » sans évaluation, sans opinion, sans conseil ni raisonnement ou encore analyse. Il retourne seulement ce qu’il pense être le sens véritable du message de l’enfant : rien de plus, rien de moins :-).

L’objectif de l’écoute active est d’aider l’enfant à en dire plus, à approfondir, à mieux développer sa pensée.

 

Quels avantages de l’écoute active ? 

  • L’écoute active aide les enfants à réduire leur peur des sentiments désagréables. Thomas Gordon écrit que nos sentiments sont nos amis. En exprimant ses émotions négatives et désagréables en présence d’une personne qui accepte et comprend, l’enfant se sent soulagé et aidé.

Il vaut mieux accepter les sentiments de vos enfants tels qu’ils sont, plutôt que de prendre l’approche directive qui consiste à tenter de se débarrasser du pleurnichage et des cris en essayant de rassurer ou de menacer l’enfant. Les enfants veulent que vous sachiez qu’ils éprouvent des sentiments pénibles et que vous vous rendiez compte de leur importance. – T. Gordon

  • L’écoute active établit des liens chaleureux entre le parent et l’enfant. Ces liens fonctionnent dans les 2 sens : les enfants se sentent compris et écoutés tandis que les parents se sentent plus proches de leur enfant qu’ils écoutent avec empathie.

Les parents qui apprennent l’écoute active découvrent une nouvelle sorte d’appréciation et de respect et une plus grande sollicitude envers leur enfant; en retour, ce dernier éprouve à l’égard du parent des sentiments semblables. – T. Gordon

  • L’écoute active aide les enfants à résoudre eux-mêmes leurs propres problèmes. Nommer les émotions, narrer un événement marquant, « en parler » aide les enfants à clarifier un problème.
  • L’écoute active amène l’enfant à être plus réceptif aux opinions et aux idées de ses parents.

Les enfants sont plus enclins à être réceptifs aux messages de leurs parents si ceux-ci ont tout d’abord écouté les leurs. -T. Gordon

  • L’écoute active laisse à l’enfant l’initiative de la conversation. Un enfant qui est écouté avec empathie est encouragé à penser par lui-même, à trouver sa propre définition du problème et à découvrir ses propres solutions.

 

Comment pratiquer l’écoute active ?

L’écoute active nécessite un ensemble d’attitudes pour qu’elle soit efficace. On doit vouloir :

  • prendre le temps d’écouter ce que l’enfant veut dire
  • aider l’enfant à résoudre son problème sans conseiller ni raisonner ou encore imposer sa propre solution
  • accepter les sentiments de l’enfant sans imposer ce qu’il « devrait » ressentir
  • faire confiance aux capacités de l’enfant à réfléchir et trouver ses propres solutions
  • comprendre que les émotions évoluent (il n’y a pas lieu de s’effrayer des émotions qui sont exprimés car elles ne sont pas permanentes… elles passeront d’autant plus facilement qu’elles seront entendues, accueillies et comprises)
  • voir son enfant comme une personne différente de soi : on se met dans la peau de l’enfant pour comprendre son ressenti, sa vision des choses, sa perception de la réalité pour la lui refléter en miroir.
  • accepter de changer nos opinions et nos attitudes : adopter le point de vue de l’enfant peut nous amener à redéfinir notre propre manière de voir les choses.

L’écoute active peut passer par des expressions du type :

Tu sembles (fâché contre)…

Tu es tellement (en colère) que tu as envie de…

Tu n’aimerais pas…

Tu aimerais mieux…

Tu crois que…/ Tu as cru que…

Tu as l’impression que…

Tu te sens…

Quelque chose (te fait peur/ te met en colère/ te rend triste), c’est ça ? 

C’est vraiment….  qui (te fait peur/ te met en colère/ te rend triste) ?

Tu en as assez de…

Tu aimes vraiment… ? / …, ça te plait beaucoup, on dirait.

Tu as peur de…

Tu es déçu de…

Tu veux dire que…

…., c’est ça qui t’embête ? 

Tu n’as pas assez de temps pour…

Ça doit être (douloureux/ gênant) de…

Tu as ressenti (de la honte/ de la peine/ de la peur/ de la colère) ?

Tu te demandes pour quelle raison….

Il te semble (difficile/ risqué) de…

Faire comme ça/ comme ci ne te donne pas ce que tu voudrais

2. Message Je  : quand le problème appartient à l’adulte

Qu’est-ce qu’un message je ?

Quand un parent communique le sentiment que provoque chez lui le comportement de son enfant qui va à l’encontre de ses besoins, le message est en général un « message-je » (« je n’ai pas envie de jouer quand je suis fatigué », « j’ai peur que nous ne soyons pas prêts à temps », « je n’aime pas quand on tire sur ma manche »).

Les « messages-je » s’opposent aux « messages-tu » qui sont orientés vers ce que l’autre fait de mal (« tu ne devrais pas faire ça », « tu es insupportable », « tu ne respectes rien »).

 

Quels avantages des messages je ? 

  • Un message je dit simplement à l’enfant de quelle façon son comportement nous affecte.
  • Un message je laisse à l’enfant la responsabilité de modifier son comportement. Les messages je aident les enfants à assumer la responsabilité de leurs actes.
  • Un message je envoie un message positif à l’enfant car il témoigne de notre confiance en ses capacités à prendre la situation en main de manière à respecter nos besoins.
  • Un message je laisse entrevoir notre propre vulnérabilité de manière franche et honnête. On apprend alors l’empathie et on développe l’intelligence émotionnelle des enfants. On leur révèle que nous sommes nous-mêmes des personnes capables d’être blessées, déconcertées, découragées, déçues, fâchées… Quand l’enfant apprend à connaître ses parents tels qu’ils sont, il est plus enclin à se révéler tel qu’il est.
  • Un message je pousse l’enfant à s’exprimer lui aussi avec des messages relevant de la responsabilité individuelle (sans reprocher, accuser, sans juger, sans se mettre sur le défensive).

 

Comment pratiquer les messages je ?

Il ne s’agit pas de déguiser un message tu en message je :-). L’important est de mettre l’accent sur nos sentiments, nos émotions et de décrire la situation sans jugement. Ces deux phrases ne produisent pas le même effet :

Samedi dernier, j’étais fâché contre toi parce que tu t’es sauvé sans tondre la pelouse et je trouve que c’est irresponsable. –> message tu déguisé (tu es irresponsable et tu t’es sauvé exprès pour fuir tes responsabilités, tu n’es pas fiable)

J’étais déçu car je pensais que tu étais d’accord pour tondre la pelouse le samedi. –> message je qui ouvre à la discussion

Les messages je servent à exprimer les sentiments premiers et authentiques (sans les atténuer). Ces derniers ne sont pas toujours négatifs : quand on enfant n’a pas respecté le couvre feu, on peut être déçu, voire en colère mais le sentiment premier est du soulagement. Les messages je servent aussi à dire des sentiments positifs d’affection.  

Voici quelques exemples de message je :

Je suis très inquiète et j’ai peur quand tu…. 

Je suis (terriblement) déçu.

Je n’aime pas qu’on me tire le bras/ qu’on me coupe la parole. 

Je suis fatigué, je veux me reposer. 

Je suis vraiment découragé quand je vois le salon dans un tel désordre. 

Je ne peux pas réparer ton vélo parce qu’il me manque plusieurs de mes outils. 

Ça m’agace de voir que…

Quand j’ai passé du temps à ranger la chambre, je n’aime pas la retrouver en désordre aussitôt que tu reviens de l’école. C’est décourageant. 

Je n’aime pas être harcelé quand je parle avec quelqu’un d’autre.

Je suis surpris que tu n’aies pas effectué ta part du marché.

 

Quand les messages je ne fonctionnent pas

Parfois, les enfants ne sont pas réceptifs aux messages je. On pourra alors le répéter avec plus d’insistance (je suis vraiment…., je me sens terriblement…, je n’aime pas ça du tout). On pourra ajouter un message du type :

Je t’explique ce que je ressens. C’est important pour moi et je n’aime pas qu’on m’ignore. Je déteste que tu t’éloignes de moi et que tu ne m’écoutes même pas exprimer mes sentiments. Je n’aime pas ça du tout. C’est insupportable car j’ai vraiment un problème.

Parfois, les enfants vont répondre à un message je par un autre message je. Dans ce cas, on peut passer en mode écoute active car c’est l’enfant qui a un problème. Le message je du parent a créé un problème chez l’enfant.

Parfois, l’enfant refuse de modifier son comportement même s’il a compris l’impact de ce comportement sur son parent. Les besoins des parents et des enfants entrent alors en conflit. En cas de conflit de besoins, Thomas Gordon propose une troisième voie.

 

3. Approche gagnant gagnant : quand le problème appartient à la relation

Qu’est-ce que la solution gagnant gagnant ?

communication parents enfants

La solution gagnant gagnant est une méthode sans perdant. Les conflits sont résolus sans que personne ne perde : la solution trouvée doit être acceptable pour les 2.

Thomas Gordon propose une méthode pour résoudre les conflits, sans proposer de solutions toutes faites pour chaque type de problème. C’est dans l’interaction entre les parents et les enfants qu’une solution sera trouvée. Face à un même problème, différentes familles se mettront d’accord sur différentes solutions acceptables par tous les membres de la famille.

 

Quels avantages de l’approche gagnant gagnant 

Les enfants sont motivés pour appliquer la solution car ils ont participé à son élaboration.

Il y a de plus grandes chances de trouver une solution de bonne qualité. En coopérant, parents et enfants trouvent des solutions originales aux quelles ils n’auraient pas pensé seuls.

Les enfants sont encouragés à penser, à imaginer, à raisonner, à se mettre à la place des autres, à faire preuve de créativité.

Le niveau d’hostilité et les jeux de pouvoir diminuent. Les relations familiales sont consolidées et un climat plus serein apparaît.

Les rappels, les réprimandes et les mises en garde disparaissent quasiment.

L’approche gagnant gagnant plait aux enfants car ils sont traités comme des adultes

 

Comment pratiquer la solution gagnant gagnant ?

Les 6 étapes de la méthode sans perdant :

Première étape : identifier et définir le conflit

Deuxième étape : énumérer les solutions possibles

Troisième étape : évaluer les solutions énumérées

Quatrième étape : choisir la solution la plus acceptable

Cinquième étape : établir les moyens d’appliquer la décision

Sixième étape : réviser et réévaluer la décision

Je vous invite à lire cet article pour le détail de ces différentes étapes : Comment favoriser l’adhésion des enfants aux règles de la vie collective ? 

 

Quand l’approche gagnant gagnant ne fonctionne pas

L’écoute active et les messages je sont les meilleurs soutiens en cas de résistance des enfants face à la recherche de solution sans perdant.

Si une solution n’est pas trouvée, il vaut mieux persévérer que d’imposer une décision unilatéralement :

  • continuer à parler
  • retourner à la 2° étape et trouver d’autres solutions possibles. « Avons-nous fait le tour de toutes les solutions possibles ? »
  • suspendre la séance et reprendre une nouvelle conversation plus tard
  • voir s’il n’y a pas d’autres problèmes cachés qui empêchent de trouver la solution

Si les ententes ne sont pas respectées, il sera nécessaire de confronter l’enfant au non respect de son engagement avec des messages je sans menaces ni jugement. « Je suis déçu de voir que tu n’as pas accompli la tâche que tu avais promis de faire ». En fonction de la réaction de l’enfant, plusieurs scénarios sont possibles :

– reconsidérer le problème et revenir à la recherche de solutions plus efficaces

– proposer de l’aide à l’enfant pour qu’il se souvienne de ses engagements (un minuteur ? un message dans la cuisine ? une affiche dans sa chambre ?)

– réaffirmer les besoins par des messages je (« Je suis à bout. Avec ta mère/ ton père, nous soulevons un problème qui nous préoccupe et tu te dérobes. Je crois que tu n’as aucune considération pour nos besoins. Je n’aime pas ça et je trouve cela inacceptable. Nous voulons régler ce problème tout de suite. Nous ne voulons pas te faire perdre mais nous n’allons pas non plus perdre pour te laisser gagner. Je pense que nous pouvons trouver une solution qui nous permettra tous d’être gagnants, mais nous ne pouvons pas le faire si tu ne viens pas t’asseoir à table avec nous. Maintenant, est-ce que tu voudrais bien revenir à la table afin que nous puissions essayer de trouver une bonne solution ?« )

 

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17 réponses

  1. Weena dit :

    Article très intéressant.
    A partir de quel âge peut-on pratiquer ce type de communication? Mon fils à actuellement 9 mois et nous commençons l’apprentissage du « non » (non, ne touche pas à ça parce que … / non, laisse ça … / ect.). Est-ce qu’à cet âge il serait déjà capable de comprendre « je n’aime pas que tu joue avec les câbles parce que j’ai peur que tu fasses tomber les ordinateurs » plutôt que « non, ne joue pas avec les câbles, c’est dangereux »?

    • Caroline dit :

      Bonjour

      merci pour votre message.
      Certains auteurs disent que les enfants ne sont pas capables de comprendre avant l’âge de 5/6 ans. Ils peuvent entendre ce que nous leur disons, ils comprendront le message car ils perçoivent les signaux non verbaux (mimique, ton de la voix, posture). Cela ne dispense pas pour autant de dire ces phrases car cela montre qu’on peut résoudre les problèmes avec des mots et que vous assumez votre autorité de manière personnelle. Je vous propose cet autre article pour aller plus loin : 30 propositions pour poser des limites aux enfants tout en les respectant

      Bonne journée
      Caroline

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