7 clés pour consolider l’estime de soi des enfants

Je me suis appuyée sur le livre Petites leçons de vie de Sophie Carquain pour rédiger cet article. Je vous le conseille vivement, il propose à la fois des contes philosophiques pour les enfants et des précis de psychologie à destination des parents.

Qu’est-ce que l’estime de soi ? 

L’estime de soi est la valeur que l’on s’accorde. Elle est différente de la confiance en soi dans le sens où la confiance en soi est la croyance en ses propres capacités pour surmonter une situation donnée.

Estime de soi = croyance en sa valeur

Confiance en soi = croyance en ses capacités

L’estime de soi vient d’abord de l’amour et du regard des parents dès la naissance. C’est par des gestes d’attention, des témoignages d’intérêt, du temps consacré à lui que les parents vont nourrir l’estime de soi de l’enfant : « je suis unique », « je suis aimé ».

Plus tard, vers 3/4 ans, une nouvelle source complémentaire vient nourrir l’estime de soi de l’enfant : les relations avec les camarades, notamment à l’école. Toute marque d’intérêt, d’amitié vient consolider l’estime de soi : se faire des copains, être invité à un anniversaire…

Les enfants qui ont une forte estime de soi n’ont pas besoin de plaire à tout prix, ne sont pas à l’affût de ce que les autres pensent d’eux. Ils sont capables de s’absorber dans une activité sans se soucier de l’approbation ou des félicitations d’autrui ni du résultat (échec ou réussite, beau ou moche). Un enfant qui a une mauvaise estime de soi va être plus sensible aux marques d’acceptation : craindre de ne pas avoir le bon look, la bonne marque, être dévasté par le fait de ne pas être invité à un anniversaire, chercher à plaire même si cela va à contre courant de ce qu’il est.

7 clés pour consolider l’estime de soi des enfants

 

1. Valorisation des tentatives qu’elles se soldent par un succès ou un échec

« Certains enfants craignent tant l’échec qu’ils en viennent à refuser de jouer à un jeu de société ou de commencer un exercice de maths » dixit la psychologue Emmanuelle Rigon.

On peut alors encourager le processus par lequel ils sont passés ou vont devoir passer plutôt que le résultat.

« Fais ce que tu as à faire, à ton rythme. »

« Je t’aiderai autant que tu en auras besoin. »

« Fais le quand tu te sentiras prêt(e) »

« Continue sur ta lancée »

« J’aime bien la manière dont [tu as résolu le problème/ tu as examiné les détails]… »

« Tu n’es tombé(e) qu’une seule fois ? »

« Tu as eu de nombreuses idées même si elles n’ont pas toutes fonctionné »

« Tu es capable de rebondir »

« Tu as tout ce qu’il faut pour réussir la prochaine fois, je t’aiderai si tu en éprouves le besoin »

« Tu sais déjà faire ça et ça. Comment tu peux t’en servir ? »

« Les notes sont un reflet de ton travail qui à un moment donné n’a pas répondu aux attentes de ton prof, mais n’est pas un jugement sur ta valeur en tant qu’être. »

« J’ai confiance en ton intelligence, tu y arriveras en temps voulu. »

« Je ne connais aucun autre enfant qui ait, comme toi, à ce point le sens de… »

Par exemple, si l’enfant casse une assiette, nous pouvons commencer par valoriser sa tentative : « Merci d’avoir essayé de nous aider, j’apprécie ton effort » puis indiquer comment réparer « La pelle et la balayette sont dans le placard » ou lui permettre de trouver une solution : « Comment faire pour ramasser les morceaux par terre maintenant ? » ou enfin lui faire comprendre comment éviter ce désagrément la prochaine fois : »Comment tu vas t’y prendre la prochaine fois pour nous aider tout en évitant de casser quelque chose ? ».

 

2. Protection sans hyperprotection

tu vas tomber

Nous avons tendance à abuser des petites phrases hyper-protectrices :

« Tu vas tomber »,

« C’est dangereux »,

« Il suffit d’une fois pour… »,

« Fais donc comme ci ou comme ça »…

Le problème est que nous renvoyons à l’enfant deux idées sur le monde avec cette attitude :

  • l’image d’une monde très dangereux à ne surtout pas explorer,
  • un manque de confiance dans ses capacités comme s’il n’était pas capable de se débrouiller seul.

Pour remplacer ces expressions hyperprotectrices, je vous propose quelques pistes :

  • Donner un renseignement et laisser un choix : « C’est dangereux de monter sur ce muret, que préfères-tu : descendre ou me donner la main ? »
  • Laisser l’enfant trouver une solution par lui-même : « Comment faire pour être sûr(e) de ne pas renverser la bouteille ? »
  • Exprimer ses sentiments : « J’ai peur que tu casses l’assiette. »
  • Proposer de l’aide sans l’imposer : « C’est parfois difficile de verser de l’eau, tu peux me demander de l’aide si tu trouves que la bouteille est trop lourde ! »
  • Remplacer « Tu vas » par « Tu risques de… »
  • Donner des consignes positives : « accroche toi bien au mur », « prends bien appui sur les branches »

 

3. Un comportement exemplaire de la part des parents 

Comme on le lit souvent dans les livres d’éducation, les enfants prennent exemples sur nos faits et gestes plutôt que sur nos belles paroles :-). Le fait que les enfants répètent nos comportements est dû aux neurones miroir. Pour identifier et comprendre le geste d’une autre personne, les cellules de notre cerveau correspondant à ce geste sont activées sans que le geste soit reproduit « en vrai ». Voir un acte et l’accomplir par nous-mêmes activent les mêmes zones cérébrales.

Ainsi, quand nous nous énervons, l’énervement est reproduit dans le cerveau de l’enfant et il apprend ce comportement. Quand nous nous disons « Je suis nul(le) », l’enfant apprend la fatalité face à l’échec.


Catherine Gueguen écrit dans « Pour une enfance heureuse » que l’enfant nous imite et nous lui transmettons en priorité ce que nous faisons et ce que nous sommes.

Pour que les enfants acquièrent une certaine aisance sociale, il est donc plus pertinent de discuter avec des personnes au jardin public que de rester assis sur un banc, caché par le journal :-).

 

 

4. De l’écoute et de l’attention

Isabelle Filliozat conseille d’offrir du temps exclusif à l’enfant, au moins 10 minutes par jour, que ce soit à travers des jeux, des massages, des câlins ou simplement de l’écoute sans distraction (ordinateur et téléphones éteints).

jeu blokus

Par cette attitude attentive, l’enfant intégrera qu’il n’est pas quantité négligeable, qu’il ne vient pas après les courses, le ménage, la cuisine ou encore le travail.

 

 

5. Pas de pression ni d’emploi du temps de ministre mais un stock suffisant de temps libre

Parfois, nous avons tendance à confondre stimulation et performance. Certes, la stimulation de l’enfant va participer à son développement moteur et intellectuel mais l’idée n’est pas de faire des enfants des « singes savants » ou des bêtes de course.

L’enfant a besoin de temps seul, de temps de jeu libre, de temps d’ennui : on peut avoir l’impression que c’est du temps inutile mais c’est au contraire par le jeu et l’ennui que l’enfant va trouver son propre chemin, va exercer sa créativité.  D’un point de vue biologique, le jeu est le moyen par lequel la nature s’assure que les jeunes mammifères, dont les petits d’homme, acquièrent les compétences dont ils ont besoin pour devenir des adultes.

Le jeu, c'est le travail de l'enfant, c'est son métier, c'est sa vie

Le Dr. Peter Gray, spécialiste de l’étude du jeu et neurobiologiste, explique que c’est à travers le jeu libre que les enfants apprennent qu’ils sont capables de contrôler leur vie, qu’ils expérimentent ce contrôle. Si on enlève le jeu libre aux enfants, on les prive de la possibilité de :

  • comprendre que le monde n’est pas si effrayant que ça
  • éprouver de la joie et de la fierté,
  • faire « comme si » et de s’échapper de la réalité par l’imaginaire
  • se frotter aux autres
  • confronter des points de vue
  • pratiquer l’empathie
  • surmonter leur narcissisme
  • créer et innover
  • guérir leurs blessures
  • libérer leurs émotions.

 

6. Des réponses à leurs questions et à leurs complexes

Les moqueries à cause de leur taille (trop grand ou trop petit), de leur poids (trop maigre ou trop gros), de leurs oreilles décollées, de leurs boutons… peuvent déstabiliser l’estime de soi des enfants. Comment continuer à s’aimer et à se trouver de la valeur quand on vous dit sans arrêt : « gros tas ! », « oreilles d’éléphant ! » , »t’as une calculette sur la figure! » ?

Il est important d’écouter les doutes et les souffrance de l’enfant, lui montrer que vous le comprenez et le soutenez, que ce sujet n’est pas tabou à la maison. Si vous avez été dans la même situation que votre enfant plus jeune,vous pouvez lui parler de votre expérience, de la manière dont cela vous a affecté et de comment vous l’avez surmontée.

Plusieurs solutions sont possibles si la souffrance est grande :

  • l’humour (sans moquerie ni ironie) pour dédramatiser (quelques exemples dans cet article sur l’humour dans l’éducation),
  • une réponse scientifique (proposer des lentilles à un enfant dont les lunettes sont un fardeau, une consultation chez le nutritionniste pour un enfant qui souffre de son surpoids, une opération de chirurgie pour recoller les oreilles décollées si l’enfant est trop gêné au quotidien),
  • outiller l’enfant. Dans une vidéo à propos du harcèlement scolaire que j’avais postée il y a quelques temps, Emmanuelle Piquet, auteur de Te laisse pas faire,  proposait une méthode qui consiste à « armer » l’enfant agressé en l’aidant à construire et décocher seul des flèches verbales, des flèches de résistance, de défense, d’arrêt. Les enfants ne se font pas harceler parce qu’ils sont roux ou gros mais bien parce qu’ils sont vulnérables et que ça se voit. Je vous invite à regarder cette vidéo ici.

harcèlement à l'école

 

 

 

7. Une juste mesure à trouver entre plaisir et contrainte

A priori, tous les parents sont d’accord pour dire que trop de règles et pas assez de règles sont aussi néfastes l’un que l’autre. Toute la difficulté du rôle de parent est de savoir être solide sans être écrasant. Il y a des règles non négociables : on ne tape personne, on s’exprime avec des mots, on respecte l’autre (son corps, ses « nons », ses besoins), on attend le feu vert des piétons pour traverser, on ne vole pas, on ne méprise et on n’ignore pas l’existence de l’autre . D’autres règles sont fonction de chaque famille et chaque vécu : dire bonjour peut se faire par un signe de reconnaissance ou par un sourire, pas forcément par un bisou par exemple.

Voici quelques phrases clés à offrir en cadeau à vos enfants :

Chacun décide pour lui-même de savoir qui il aime.

Chacun décide de recevoir des baisers ou non.

On n’a pas le droit de donner un baiser à celui ou celle qui n’en a pas envie.

Tout animal, tout être vivant, avec un coeur qui bat, a droit au respect.

On n’a pas le droit de faire mal à un être humain.

………………………………………………………………………………………….

Sources :

Commander Petites leçons de vie : pour l’aider à s’affirmer sur Amazon.

 


Pour aller plus loin sur la différence entre confiance en soi et estime de soi, je vous propose de lire cet article :

Confiance en soi et estime de soi, liées mais différentes : les développer pour mieux apprendre 

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9 Réponses

  1. PATRICIA PIERRON dit :

    merci beaucoup pour cette prise de conscience

    • Caroline dit :

      Bonjour,

      merci pour votre message :-). Je suis très heureuse que les informations que vous pouvez lire sur le blog vous ouvrent de nouvelles perspectives.

      Très belle fin d’année,
      Caroline

  2. Gaelle St-Pierre dit :

    une seul chose ne jamais comparer un enfant a un autre et la seul phrase je suis pas d acore est « Je ne connais aucun autre enfant qui ait, comme toi, à ce point le sens de… » l enfant dois garder l humilité et ne pas ce sentir au dessus des autre

    • Caroline dit :

      Bonjour

      merci pour votre message.

      C’est vrai que le fait de ne pas comparer parait tellement évident que je ne l’avais pas mentionné. Mais à la réflexion, la phrase dont vous parlez est une sorte de comparaison finalement. Je l’avais plus envisagée comme un renforcement positif et un encouragement mais la formulation peut être maladroite. On pourra alors plutôt décrire les actions de l’enfant et résumer le point fort de l’enfant en un mot : « C’est ce que j’appelle de la persévérance/ de l’hospitalité/ de la générosité… ».

      Très bon début d’année :-)
      Caroline

  3. Xavier dit :

    Bonjour et meilleurs voeux à vous et vos lecteurs,
    nombre de ces conseils peuvent sembler être simplement du bon sens, mais les adultes et parents les oublient trop souvent. Je me souviens d’avoir feuilleté un livre intitulé « T’es toi quand je parle » ou quelque chose de proche, longtemps avant la naissance de mon fils. Lorsqu’Augustin est venu au monde, j’ai recherché ce livre, mais je suis tombé sur une publication plus récente et très décevante. Je me rappelle avoir lu des passages à propos de la manière de parler à ses enfants, notamment de ne pas leur dire, par exemple: « Arrête de faire du bruit, tu m’énerves! » mais « arrête de faire du bruit, ça m’énerve », puisque dans ce cas c’est bien le bruit qui énerve et pas l’enfant.
    Pareillement, combien de fois ai-je dû reprendre les grands-parents dans leur façon de mettre en garde mon fils: « Fais pas ça, tu vas tomber! », où les raccourcis inconscients des adultes débouchent sur l’impossibilité de comprendre pour un enfant qui n’a pas expérimenté la chute depuis une bordure de canapé…

    • Caroline dit :

      Bonsoir,

      merci pour votre message et vos voeux. Je vous souhaite également une très belle année 2015.

      En effet, vous avez bien raison. Mais nous luttons tous les jours contre des paroles inadéquates qui sont devenues des réflexes de communication à force de les avoir entendues nous-mêmes.

      Vous parlez du livre de Jacques Salomé il me semble : je l’ai lu et j’en ai parlé sur le blog, certains passages sont intéressants et d’autres moins. J’ai gardé seulement ceux qui me semblaient pertinents sur le blog :-).

      Excellente soirée,
      Caroline

  1. 4 février 2015

    […] Carquain propose elle aussi des recueils de contes pour aider les enfants à grandir et à s’affirmer. Je vous conseille vivement Petites leçons de vie qui propose à la fois des contes […]

  2. 5 avril 2015
  3. 12 juin 2016

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