Pourquoi (et comment) ne pas abuser du mot « non » avec les enfants ?

Pourquoi (et comment) ne pas abuser du mot « non » avec les enfants ?

En de nombreuses occasions, en tant que parents, nous devons contrecarrer les désirs de nos enfants. Certains enfants perçoivent le simple « non » comme un appel aux armes, comme une attaque directe à leur autonomie. Ils mobilisent toute leur énergie pour contre attaquer. Ils crient, font des crises lancent des injures, deviennent maussades. Ils bombardent leurs parents d’un déluge de : « Pourquoi pas ?/ Tu es méchant(e) !/ Je te déteste ! » – Faber et Mazlish

 

Les tensions autour des interdits sont épuisantes, même pour les parents les plus patients. Pour autant, céder et dire oui à tout ne rend pas service aux enfants. « Pareille approche nourrit la tyrannie de l’enfant gâté » écrivent Faber et Mazlish. Jesper Juul renchérit : « Si au nom de la bonté et de l’amour, les parents laissent les désirs des enfants être leur guide, la responsabilité de la vie de famille finira chez les enfants. Si cela se prolonge cependant plusieurs années, les enfants ne développeront pas leurs capacités empathiques et sociales, et la relation entre parents et enfants sera à long terme bien discordante. »

 

Les parents sont dans un double rapport aux droits que les enfants ont de dire oui ou non à eux-mêmes.

Nous souhaitons qu’ils nous disent oui, qu’ils disent oui à nos demandes et à nos attentes, et nous sommes effrayés qu’ils ne puissent pas dire non à tout ce que nous estimons mauvais ou nuisible, aux mauvaises fréquentations etc. Et c’est justement ce que sont les « mauvaises » fréquentations : des amis qui profitent du fait que votre enfant ne puisse pas se dire oui à lui-même et qui justement ont le pouvoir de manipuler votre enfant. – Jesper Juul

comment dire non aux enfants éducation positive

12 propositions (conciliant fermeté et bienveillance) pour remplacer non

1.Donner des renseignements ou une simple information

Donner les faits, qui empêchent la réalisation d’un souhait permet aux enfants d’arriver eux-mêmes à la conclusion :

L’enfant : – Je peux aller jouer maintenant ?

Le parent : – On passe à table dans 10 minutes.

 

2.Accueillir les sentiments et émotions

La résistance diminue quand quelqu’un comprend ce qu’on ressent.

La plupart des parents ne se rendent pas compte qu’il est futile d’essayer de convaincre les enfants que leurs plaintes ne sont pas justifiées, que leurs perceptions sont erronées. Cela mène tout simplement à des querelles et à des sentiments de colère. – Haïm Ginott

Le parent : – Tu aimerais tellement rester plus longtemps, tu voudrais rester (au parc/ au zoo/ au manège…) jusqu’à cette nuit même ! C’est difficile de partir d’un endroit qu’on aime bien et où on s’amuse bien. (tout en lui prenant la main pour partir)

 

3.Décrire le problème

Plutôt que dire « Non, je ne peux pas », on pourra décrire objectivement le problème (sans critique, sans attaque personnelle, mais en restant fidèle aux faits):

Le problème, c’est que…

 

4.Remplacer « non » par « oui » quand c’est possible

Ajouter une donnée de temps permet de remplacer un « non » par un « oui », de remplacer un « si » par un « quand ».

Par exemple,

  • « oui, tu pourras aller jouer dès que tu as fini de manger« ,
  • « tu peux regarder la télé une fois que tu auras terminé de…« ,
  • « oui, tu peux y aller tout de suite après…« .

 

5.Se donner le temps de réfléchir

On peut exprimer aux enfants notre hésitation :

Laisse moi y penser. Je te donne une réponse dans XXX minutes/ heures/ jours.

Ce temps de pause a deux avantages :

  • assurer à l’enfant que sa demande est prise au sérieux
  • donner l’opportunité aux parents de sonder leurs émotions (est-ce que ça me fait oui ou non à l’intérieur ? quelles sont mes émotions ? de quoi ai-je peur ? mon « non » est-il négociable ? sous quelles conditions pourrais-je accepter ?) et éventuellement de se concerter entre adultes

 

6.Offrir des choix et solliciter l’avis

Comment te sentirais-tu si… ?

Que penses-tu de… ?

C’est la seule boîte de gâteaux que j’achète cette semaine. Tu peux décider de la manger d’un seul coup ou de la faire durer pour le reste de la semaine. C’est à toi de choisir.


Penses-tu que tu seras capable de faire ça (sortir, jouer, regarder la télé…) et ça (faire les devoirs, aider aux tâches ménagères…) ? Comment vas-tu faire pour que l’un n’entrave pas l’autre ?

J’ai besoin de… Quand penses-tu pouvoir m’aider ?

Les enfants, vous avez le choix : vous jouez à la balle dehors ou vous restez dans la maison mais vous rangez le ballon. A vous de décider.

 

7.Traiter les enfants avec respect de leurs limites personnelles

Si on traite les enfants avec affection et respect de leurs limites personnelles, ils écoutent ce que les adultes leur disent, et ils font la plupart des choses qu’on leur demande (peut-être pas tout de suite, et pas toujours avec grand enthousiasme, mais ils finissent souvent par le faire par respect pour nos besoins).

Pour aller plus loin : Le respect ? Et si cela commençait par le respect des limites personnelles des enfants ?

 

8.Chercher le « oui » derrière le « non » de l’enfant

A quoi mon enfant dit-il oui quand il me dit non à moi/ quand il réagit avec excès quand je dis non ?

Par exemple :

Mon fils réagit fortement au pique nique raté. Il est déçu. C’est par l’expression de la colère qu’il me fait part de sa déception. Il a le droit à ses émotions. La meilleure façon de l’aider, c’est de lui montrer que je comprends et respecte ses sentiments.

 

9. Inviter à une résolution de problème

Quand la situation est bloquée et que les deux parties campent sur leurs positions, on peut rechercher des solutions ensemble :

  • l’enfant lui même ou l’enfant et le(s) parent(s) listent des solutions potentielles au problème.
  • Cela peut se faire sous forme de brainstorming où chaque idée est accueillie puis évaluée en fonction des besoins de chacun.
  • Les différentes options sont étudiées
  • Seule(s) est(sont) retenue(s) la(les) idée(s) qui convienne(nt) à chacun.

 

10. Transformer les interdits en consignes positives

consignes positives éducation bienveillante

11. S’exprimer en langage personnel

Le langage du cœur n’est ni positif, ni négatif, il est personnel. – Jesper Juul

Quand on s’exprime en langage personnel, les paroles et le corps (mimiques, postures, ton de la voix, regard…) sont en accord. Les signaux envoyés sont alors plus efficaces.

Un langage personnel passe par des messages-je et par l’expression de nos émotions, de nos peurs, des conditions qui feraient qu’on serait rassuré…

 

12.Utiliser l’humour et/ou l’imagination

Voir ces deux articles  en complément :

Les pouvoir (magiques) de l’humour dans l’éducation

Les immenses pouvoirs de l’imagination à la rescousse des parents

 

………………………………………………………………

Sources :

Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent de Faber et Mazlish (éditions Le Phare)

L’art de dire non aux enfants en ayant la conscience tranquille de Jesper Juul (éditions Chronique Sociale)

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7 réponses

  1. Rym dit :

    Bravo pour le magnifique job!

    • Caroline dit :

      Merci pour votre message 🙂
      Les retours des lecteurs et des lectrices sont mes meilleurs encouragements pour continuer la rédaction du blog !

  2. Badia dit :

    Merci pour vos efforts
    Article intéressant

  1. 22 août 2016

    […] >>> Pour aller plus loin : Pourquoi et comment ne pas abuser du mot « non » dans l’éducation des e… […]

  2. 4 octobre 2016

    […] lieu de dire « non » avec le visage crispé, dites « stop » ! Ainsi, vous interromprez le mouvement de […]

  3. 6 octobre 2016

    […] lieu de dire « non » avec le visage crispé, on pourra dire « stop » ! Ainsi, nous interrompons le mouvement de […]

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