Réflexion sur l’éducation des garçons

Réflexion sur l’éducation des garçons

citation éducation garçon

Dans son livre « Qui veut jouer avec moi ? », Lawrence Cohen écrit que notre société amène les garçons à souffrir de leur isolement et les filles de leur impuissance. On attend d’un garçon qu’il sacrifie ses émotions. Nous savons tous qu’il est destructeur d’interdire aux garçons de pleurer et pourtant nous continuons de réagir différemment aux larmes des garçons et des filles. Tous les garçons ont besoin d’aide face à la cruauté et la violence ambiante et aux attentes irréalistes qui pèsent sur eux de toujours se montrer durs et forts.

 

Il continue en disant qu’il est souvent difficile pour un homme d’entrer physiquement en contact avec un tiers sans violence, sans rivalité ni implication sexuelle.

Pour commencer, il est bon de rétablir des liens émotionnels. L’empathie, l’intelligence émotionnelle ou la gentillesse s’apprennent dans le cadre de relations intimes et non dans les livres ou des leçons de morale. Elles s’apprennent aussi par le jeu. Le malheur – pour ne pas dire le drame -, c’est que tout ce qui pourrait aider les garçons à se rapprocher de leur entourage passe pour des « trucs de fille » – les câlins, jouer à la poupée, lire ou écrire de la poésie, jouer d’un instrument, chanter, danser. Certains garçons s’y intéressent mais en général moins que les filles, plus valorisées dans ces domaines. Les garçons qui se livrent malgré tout à des activités dites « de fille » risquent d’en payer le prix fort : ils finissent souvent par y renoncer ou se faire traiter de « chochottes ».

Ironie du sort : il est facile d’inciter un garçon à jouer à la poupée. De nombreuses études ont montré que visionner des films où l’on voit des hommes pouponner donne envie aux écoliers en maternelle de suivre leur exemple. Seulement, notre société ne le souhaite pas forcément. Nous aimerions qu’en grandissant, les garçons deviennent des pères aimants, mais nous ne voulons pas assumer le risque qu’ils deviennent efféminés. – Lawrence Cohen

 

Cohen part du principe que la volonté d’agression de la plupart des garçons agressifs n’est qu’un piètre substitut au contact qui leur fait défaut. Le sentiment d’impuissance chez les garçons se cacherait souvent sous l’apparence de la force, parce qu’ils estiment tenus de passer pour costauds, forts et virils quoi qu’ils ressentent.

 

Quand un adulte punit un enfant qui éprouve des émotions fortes et désagréables et qui les extériorise, cet enfant aura du mal à se remettre de la contrariété qui en est à l’origine, faute d’avoir la possibilité de l’évacuer. Partager la souffrance par du contact physique et pleurer permet d’évacuer la tension émotionnelle.

On se moque des garçons qui pleurent et on s’étonne ensuite qu’ils frappent ou détruisent plutôt que verser une larme. – Lawrence Cohen

 

9 idées de jeu pour aider les garçons à sortir des stéréotypes de virilité et de refoulement de leurs émotions

Bon nombre d’attitudes perçues comme agaçantes et menaçantes par les adultes masquent en réalité une recherche de contact, une tentative de rapprochement. – Lawrence Cohen

 

Le pistolet d’amour : de la nécessité d’intégrer du contact au jeu, aussi agressif soit-il

Lawrence Cohen relate une anecdote dans laquelle il a transformé un pistolet en plastique en « pistolet d’amour ». Il a déclamé à un enfant qui tenait un pistolet en plastique que c’était le pistolet d’amour : on ne peut pas s’empêcher d’aimer celui qui nous tire dessus avec. Cohen s’est avancé vers le garçon qui venait de lui tirer dessus en ouvrant les bras pour le câliner, le bercer et lui dire des mots gentils.

Cette approche fonctionne dans le cadre d’un jeu, pas quand un garçon veut exprimer franchement sa colère. Dans ce cas-là, il vaut mieux lui prêter une oreille attentive via l’écoute active et le reflet des sentiments.

 

Heureusement, malheureusement : jeux sur les mots

Jouer sur les mots est un moyen de renouer le contact efficace avec les garçons car ce type de jeu ne sera pas rejeté d’emblée parce que pas assez masculins.

Cohen propose de débuter une histoire par le mot « heureusement… » puis de proposer au garçon de compléter avec une phrase qui commence par « malheureusement… ». Il s’agit d’explorer la thématique de la catastrophe et du sauvetage.

Pour vous aider dans la construction de ce type d’histoire, vous pouvez vous appuyer sur le livre « Heureusement » de Remy Charlip.

livre enfant heureusement

 

Le dessin à compléter

Ce jeu consiste à tracer sur une feuille de papier des gribouillis ne ressemblant à rien de particulier. Le garçon complétera ensuite le dessin de manière à ce qu’il représente quelque chose. On pourra inversa les rôles.

L’objectif consiste à poser les bases de la communication.

 

« A ton tour ! »

Juste dire « à ton tour ! » à un enfant permet de renouer l’attachement en lui redonnant du pouvoir. « A ton tour ! » signifie qu’il peut prendre la parole, qu’il peut parler de tout ce qu’il veut ou emmener l’adulte où il le souhaite.


 

Jouer sur les émotions

Les jeux qui mettent l’accent sur les émotions aident les enfants à entrer en relation :

  • mimer une émotion et leur demander quelle émotion est mimée selon eux, puis comment nous nous sentons d’après eux dans cet état,
  • montrer à l’enfant un visage expressif dans un magazine et leur demander quelle émotion est exprimée,
  • demander de mimer une émotion : prendre un air effrayé, triste, menaçant (et y réagir en tant qu’adultes de manière appropriée),
  • camper un personnage de théâtre qui exprime ses émotions avec grandiloquence et exagération (gestes, paroles, mimiques…). Les enfants pourront donner les directives (mime la tristesse/ la colère…).

 

Le crieur désigné

Quand un garçon se fait mal ou connaît une blessure émotionnelle mais qu’il reste stoïque, qu’il ravale ses émotions et sa douleur, Cohen propose de une idée pour l’aider à se libérer sans « perdre la face ».

C’est ce qu’il appelle le « crieur désigné » : par le jeu et l’exagération, l’adulte imite la réaction normale que l’enfant aurait dû avoir, l’adulte se charge de crier à la place de l’enfant en souffrance, invitant ce dernier par l’effet comique et grossissant à relâcher la tension et à pouvoir s’exprimer.

 

L’homme qui ne pleure jamais

Lawrence Cohen a inventé le personnage de « l’homme qui ne pleure jamais » face à la pression que subissent de nombreux garçons pour ne pas pleurer. D’un ton solennel, il déclare : « Je suis l’homme qui ne pleure jamais » avant de fondre en larmes à la moindre occasion.

Ce jeu donne aux garçons le recul nécessaire pour remettre en cause les images stéréotypées (et absurdes) que les médias et la société renvoient.

Ce jeu est adaptable pour d’autre stéréotypes (la femme qui ne vit que pour la mode, le prince qui ne s’intéresse qu’à l’apparence physique des princesses…).

 

Inciter garçons et filles à jouer ensemble

Plus les garçons et les filles grandissent, moins ils se rendent compte des bons moments qu’ils pourraient passer ensemble s’ils acceptaient de plus partager leurs jeux « sexués » culturellement.

Cohen propose plusieurs pistes à cet effet :

  • donner des jouets non connotés,
  • proposer des travaux manuels et créatifs,
  • imaginer un terrain d’entente (par exemple une Barbie militaire ou un GI Joe top model),
  • tordre le coup aux idées reçues et aux stéréotypes (quand GI Joe dit que les talons aiguilles font des armes redoutables ou que Barbie cherche un treilli à sa taille, un vaisseau de guerre tout chou et mignon avec ses canons sur le côté).

 

Multiplier les occasions de rapprochement et de contact physique

Le parentage ludique recommande de rejoindre l’enfant dans son monde afin de le sortir peu à peu de la situation où il se trouve piégé. Un enfant à qui nous infligeons un sermon, ou avec lequel nous refusons de jouer, parce qu’il se montre trop violent ou trop gnangnan à notre goût, nous repoussera. – Lawrence Cohen

Quelques exemples :

  • s’écrouler raide mort sur un garçon qui joue à la guerre,
  • se cacher derrière lui pour échapper à l’ennemi,
  • l’agripper pour qu’il nous soigne/ sauve,
  • jouer à des jeux de chahuts (voir les 10 règles des jeux de chahut ici)

 

Pour compléter cet article, un autre billet que j’ai écrit au sujet de l’éducation des garçons : 8 choses sexistes que nous devrions arrêter de dire aux garçons

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Source : Qui veut jouer avec moi ? de Lawrence Cohen (éditions Poche Marabout). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

Commander Qui veut jouer avec moi ? sur Amazon ou sur Decitre

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1 réponse

  1. 16 juin 2017

    […] Réflexion sur l’éducation des garçons […]

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